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Les yeux fermés, le bruit de la pluie qui tombe sur les cimes des arbres, l'eau qui dégouline sur mon visage. Et je compte, et je compte. Les oiseaux ne chantent plus depuis que le déluge a débuté, ou bien c'est lui qui couvre leurs cris, je ne sais pas. Et je compte, et je compte. La symphonie du vent dans les conifères commence à bercer mes songes. Et je compte plus vite. Des gouttes viennent fouetter mon visage comme pour me réveiller, cela fait dix minutes que je suis penché sur un tronc les yeux fermés à compter. Il est temps de se retourner et d'aller la chercher.
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Le vent et la pluie s'abattent toujours dans cette forêt mais ils m'apparaissent moins oppressants que lorsque j'étais aveugle. Comme si me priver de la vue avait augmenté mes autres sens. Je pourrais me servir de cela pour la trouver. Car il faut que je la trouve, j'en ai besoin, et je sais qu'elle aussi.
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e ferme de nouveau les yeux en posant mes pieds délicatement l'un devant l'autre. Je tends les bras afin de recueillir les larmes du ciel sur moi. Il me manque quelque chose, ou plutôt il y a des choses en trop entre moi et cette forêt. Je retire mes chaussures et vogue pieds nus dans le parterre de brindilles et de fougères. Mes pieds s'écorchent et se mettent à saigner. Ce mal est nécessaire, je commence à ne faire qu'un avec cette forêt, je commence à sentir, à ressentir quelque chose.
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Son parfum à la rose se fait de plus en plus perceptible. Il caresse mes narines avant de parcourir tout mon corps. Je me laisse guider par lui, les yeux toujours clos. J'ai besoin de laisser cette pluie recouvrir et entourer mon corps pour le masquer. Je retire le reste de mes vêtements et marche dans cette nature humide et sombre dont je ne suis dorénavant rien de plus que le prolongement. Je marche et marche encore durant ce qu'il me paraît comme être des heures, des jours, des semaines entières, je marche à la recherche de la source de ce parfum.
J'ai besoin de la trouver.
Elle a besoin que je la trouve.
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Elle est proche, si proche, je le sens. Elle est terrée derrière un buisson. Elle ne soupçonne pas ma présence. Après tout je n'existe plus. Il n'y a qu'elle et la forêt à présent, et elle ne peut pas la quitter, elle aurait trop peur de se perdre en chemin et de mourir dans ce dédale. Comme si je pouvais laisser faire cela. Comme s'il existait une réalité dans laquelle je ne pourrais pas la trouver.
Il faut que je la surprenne, que je contourne la flore pour passer derrière elle.
Elle tremble de froid. C'est à moi de la réchauffer. C'est à moi de la rassurer. De lui dire que je l'ai trouvée. Que je l'ai enfin trouvée.
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