Topic : « Ce passage de "Voyage au bout de la nuit" bouleverse l'Elite »

Avatar de Suze-Blero Suze-Blero
Je tente avec ce passage impressionniste du Voyage :

Les crépuscules, dans cet enfer africain, se révélaient fameux. On n'y coupait pas. Tragiques chaque fois comme d'énormes assassinats du soleil. Un immense chiqué. Seulement, c'était beaucoup d'admiration pour un seul homme. Le ciel, pendant une heure, paradait tout giclé d'un bout à l'autre d'écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu'aux premières étoiles. Après ça, le gris reprenait tout l'horizon et puis le rouge encore, mais alors fatigué le rouge et pas pour longtemps. Ca se terminait ainsi. Toutes les couleurs retombaient en lambeaux, avachies sur la forêt comme des oripeaux après la centième. Chaque jour sur les six heures exactement que ça se passait.

Et la nuit avec tous ses monstres entrait alors dans la danse parmi ses mille et mille bruits de gueules de crapauds.

La forêt n'attend que leur signal pour se mettre à trembler, siffler, mugir de toutes ses profondeurs.

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Citation de Suze-Blero
Je tente avec ce passage impressionniste du Voyage :
Les crépuscules, dans cet enfer africain, se révélaient fameux. On n'y coupait pas. Tragiques chaque fois comme d'énormes assasinats du soleil. Un immense chiqué. Seulement, c'était beaucoup d'admiration pour un seul homme. Le ciel, pendant une heure, paradait tout giglé d'un bout à l'autre d'écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu'aux premières étoiles. Aprés ça, le gris reprenait tout l'horizon et puis le rouge encore, mais alors fatigué le rouge et pas pour longtemps. Ca se terminait ainsi. Toutes les couleurs retombaient en lambeaux, avachies sur la forêt comme des oripeaux aprés la centième. Chaque jour sur les six heures exactement que ça se passait.
Et la nuit avec tous ses monstres entrait alors dans la dance parmi ses mille et mille bruits de geules de crapauds.
La forêt n'attend que leur signal pour se mettre à trembler, siffler, mugir de toutes ses profondeurs.


Ses passages sur l'Afrique sont magnifique, ils me font penser à ce film, enfin inversement : Coup de Torchon.
Tu lis son parcours en Afrique, tu sues tellement il t'oppresse https://image.noelshack.com/minis/2017/14/1491484186-risitasueur.png

New-York :

« Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New-York c’est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n’est-ce-pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur. »
Avatar de Suze-Blero Suze-Blero
Évidemment Alcide évoluait dans le sublime à son aise et pour ainsi dire familièrement, il tutoyait les anges, ce garçon, et il n’avait l’air de rien. Il avait offert sans presque s’en douter à une petite fille vaguement parente des années de torture, l’annihilement de sa pauvre vie dans cette monotonie torride, sans conditions, sans marchandage, sans intérêt que celui de son bon cœur. Il offrait à cette petite fille lointaine assez de tendresse pour refaire un monde entier et cela ne se voyait pas.

Il s’endormit d’un coup, à la lueur de la bougie. Je finis par me relever pour bien regarder ses traits à la lumière. Il dormait comme tout le monde. Il avait l’air bien ordinaire. Ça serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.

Avatar de Hitlounet Hitlounet
Ce passage de Bagatelles qui je trouve très drôle et tellement juste :
Le monde est plein de gens qui se disent des raffinés et puis qui ne sont pas, je l'affirme, raffinés pour un sou. Moi, votre serviteur, je crois bien que moi, je suis un raffiné ! Tel quel ! Authentiquement raffiné. Jusqu'à ces derniers temps j'avais peine à l'admettre... Je résistais... Et puis un jour je me rendis... Tant pis !... Je suis tout de même un peu gêné par mon raffinement... Que va-t-on dire ? Prétendre ?... Insinuer ?...
Un raffiné valable, raffiné de droit, de coutume, officiel, d'habitude doit écrire au moins comme M. Gide, M. Vanderem, M. Benda, M. Duhamel, Mme Colette, Mme Fémina, Mme Valéry, les "Théâtres Français"... pâmer sur la nuance... Mallarmé, Bergson, Alain... troufignoliser l'adjectif...goncourtiser... merde ! enculagailler la moumouche, frénétiser l'Insignifiance, babiller ténu dans la pompe, plastroniser, cocoriquer dans les micros... Révéler mes "disques favoris" ... mes projets de conférences... Je pourrais, je pourrais bien devenir aussi moi, un styliste véritable, un académique "pertinent". C'est une affaire de travail, une application de mois... peut-être d'années... On arrive à tout... comme dit le proverbe espagnol : "Beaucoup de vaseline, encore plus de patience, Eléphant encugule fourmi."

Vache, quel vocabulaire et quel vision du monde à venir : le notre !
Avatar de CHAUD-PIN CHAUD-PIN
« La trique finit par fatiguer celui qui la manie, tandis que l’espoir de devenir puissants et riches dont les blancs sont gavés, ça ne coûte rien, absolument rien. Qu’on ne vienne plus nous vanter l’Égypte et les Tyrans tartares ! Ce n’étaient ces antiques amateurs que petits margoulins prétentieux dans l’art suprême de faire rendre à la bête verticale son plus bel effort au boulot. Ils ne savaient pas, ces primitifs, l’appeler « Monsieur » l’esclave, et le faire voter de temps à autre, ni lui payer le journal, ni surtout l’emmener à la guerre, pour lui faire passer ses passions. Un chrétien de vingt siècles, j’en savais quelque chose, ne se retient plus quand devant lui vient à passer un régiment. Ça lui fait jaillir trop d’idées. »

Visionnaire
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Avant l'exil, c'était un BG notoire, quantité de témoignages de femmes séduites par ses yeux bleus, le type a rendu barjo d'amour sa propre secrétaire, il a partouzé avec ses potes pendant des décennies avant de se maquer à une danseuse plus jeune que lui et qui est toujours vivante en 2017.
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Citation de Suze-Blero
Avant l'exil, c'était un BG notoire, quantité de témoignages de femmes séduites par ses yeux bleus, le type a rendu barjo d'amour sa propre secrétaire, il a partouzé avec ses potes pendant des décennies avant de se maquer à une danseuse plus jeune que lui et qui est toujours vivante en 2017.

Et il passait son temps à se branler...
Avatar de GordonCole GordonCole
C’est au troisième, devant ma fenêtre que ça se passait, dans la maison de l’autre côté. Je ne pouvais rien voir, mais j’entendais bien.
Il y a un bout à tout. Ce n’est pas toujours la mort, c’est souvent quelque chose d’autre et d’assez pire, sur tout avec les enfants.
Ils demeuraient là ces locataires, juste à la hauteur de la cour où l’ombre commence à pâlir. Quand ils étaient seuls le père et la mère, les jours où ça arrivait, ils se disputaient d’abord longtemps et puis survenait un long silence. Ça se préparait. On en avait après la petite fille d’abord, on la faisait venir. Elle le savait. Elle pleurnichait tout de suite. Elle savait ce qui l’attendait. D’après sa voix, elle devait bien avoir dans les dix ans. J’ai fini par comprendre après bien des fois ce qu’ils lui faisaient tous les deux.
Ils l’attachaient d’abord, c’était long à l’attacher, comme pour une opération. Ça les excitait. « Petite charogne » qu’il jurait lui. « Ah ! la petite salope ! » qu’elle faisait la mère. « On va te dresser salope ! » qu’ils criaient ensemble et des choses et des choses qu’ils lui reprochaient en même temps, des choses qu’ils devaient imaginer. Ils devaient l’attacher après les montants du lit. Pendant ce temps-là, l’enfant se plaignotait comme une souris prise au piège. « T’auras beau faire petite vache, t’y couperas pas. Va ! T’y couperas pas ! » qu’elle reprenait la mère, puis avec toute une bordée d’insultes comme pour un cheval. Tout excitée. « Tais toi maman, que répondait la petite doucement. Tais-toi maman ! Bats-moi maman ! Mais taistoi maman ! » Elle n’y coupait pas et elle prenait quelque chose comme raclée. J’écoutais jusqu’au bout pour être bien certain que je ne me trompais pas, que c’était bien ça qui se passait. J’aurais pas pu manger mes haricots tant que ça se passait. Je ne pouvais pas fermer la fenêtre non plus. Je n’étais bon à rien. Je ne pouvais rien faire. Je restais à écouter seulement comme toujours, partout. Cependant, je crois qu’il me venait des forces à écouter ces choses-là, des forces d’aller plus loin, des drôles de forces et la prochaine fois, alors je pourrais descendre encore plus bas la prochaine fois, écouter d’autres plaintes que je n’avais pas encore entendues, ou que j’avais du mal à comprendre avant, parce qu’on dirait qu’il y en a encore toujours au bout des autres des plaintes encore qu’on n’a pas encore entendues ni comprises.
Quand ils l’avaient tellement battue qu’elle ne pouvait plus hurler, leur fille, elle criait encore un peu quand même à chaque fois qu’elle respirait, d’un petit coup.
J’entendais l’homme alors qui disait à ce moment-là « Viens toi grande ! Vite ! Viens par là ! » Tout heureux.
C’était à la mère qu’il parlait comme ça, et puis la porte d’à côté claquait derrière eux. Un jour, c’est elle qui lui a dit, je l’ai entendu : « Ah ! je t’aime julien, tellement, que je te boufferais ta merde, même si tu faisais des étrons grands comme ça... »
C’était ainsi qu’ils faisaient l’amour tous les deux que m’a expliqué leur concierge, dans la cuisine ça se passait contre l’évier. Autrement, ils y arrivaient pas.

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Mallarmé a décrit ce genre de scène avec plus d'ellipses.

Parce que de la viande était à point rôtie,
Parce que le journal détaillait un viol,
Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie
La servante oublia de boutonner son col,

Parce que d'un lit, grand comme une sacristie,
Il voit, sur la pendule, un couple antique et fol,
Et qu'il n'a pas sommeil, et que, sans modestie,
Sa jambe sous les draps frôle une jambe au vol,

Un niais met sous lui sa femme froide et sèche,
Contre ce bonnet blanc frotte son casque-à-mèche
Et travaille en soufflant inexorablement :

Et de ce qu'une nuit, sans rage et sans tempête,
Ces deux êtres se sont accouplés en dormant,
Ô Shakespeare, et toi, Dante, il peut naître un poète !

Avatar de CHAUD-PIN CHAUD-PIN
Citation de GordonCole
C’est au troisième, devant ma fenêtre que ça se passait, dans la maison de l’autre côté. Je ne pouvais rien voir, mais j’entendais bien.
Il y a un bout à tout. Ce n’est pas toujours la mort, c’est souvent quelque chose d’autre et d’assez pire, sur tout avec les enfants.
Ils demeuraient là ces locataires, juste à la hauteur de la cour où l’ombre commence à pâlir. Quand ils étaient seuls le père et la mère, les jours où ça arrivait, ils se disputaient d’abord longtemps et puis survenait un long silence. Ça se préparait. On en avait après la petite fille d’abord, on la faisait venir. Elle le savait. Elle pleurnichait tout de suite. Elle savait ce qui l’attendait. D’après sa voix, elle devait bien avoir dans les dix ans. J’ai fini par comprendre après bien des fois ce qu’ils lui faisaient tous les deux.
Ils l’attachaient d’abord, c’était long à l’attacher, comme pour une opération. Ça les excitait. « Petite charogne » qu’il jurait lui. « Ah ! la petite salope ! » qu’elle faisait la mère. « On va te dresser salope ! » qu’ils criaient ensemble et des choses et des choses qu’ils lui reprochaient en même temps, des choses qu’ils devaient imaginer. Ils devaient l’attacher après les montants du lit. Pendant ce temps-là, l’enfant se plaignotait comme une souris prise au piège. « T’auras beau faire petite vache, t’y couperas pas. Va ! T’y couperas pas ! » qu’elle reprenait la mère, puis avec toute une bordée d’insultes comme pour un cheval. Tout excitée. « Tais toi maman, que répondait la petite doucement. Tais-toi maman ! Bats-moi maman ! Mais taistoi maman ! » Elle n’y coupait pas et elle prenait quelque chose comme raclée. J’écoutais jusqu’au bout pour être bien certain que je ne me trompais pas, que c’était bien ça qui se passait. J’aurais pas pu manger mes haricots tant que ça se passait. Je ne pouvais pas fermer la fenêtre non plus. Je n’étais bon à rien. Je ne pouvais rien faire. Je restais à écouter seulement comme toujours, partout. Cependant, je crois qu’il me venait des forces à écouter ces choses-là, des forces d’aller plus loin, des drôles de forces et la prochaine fois, alors je pourrais descendre encore plus bas la prochaine fois, écouter d’autres plaintes que je n’avais pas encore entendues, ou que j’avais du mal à comprendre avant, parce qu’on dirait qu’il y en a encore toujours au bout des autres des plaintes encore qu’on n’a pas encore entendues ni comprises.
Quand ils l’avaient tellement battue qu’elle ne pouvait plus hurler, leur fille, elle criait encore un peu quand même à chaque fois qu’elle respirait, d’un petit coup.
J’entendais l’homme alors qui disait à ce moment-là « Viens toi grande ! Vite ! Viens par là ! » Tout heureux.
C’était à la mère qu’il parlait comme ça, et puis la porte d’à côté claquait derrière eux. Un jour, c’est elle qui lui a dit, je l’ai entendu : « Ah ! je t’aime julien, tellement, que je te boufferais ta merde, même si tu faisais des étrons grands comme ça... »
C’était ainsi qu’ils faisaient l’amour tous les deux que m’a expliqué leur concierge, dans la cuisine ça se passait contre l’évier. Autrement, ils y arrivaient pas.


Ce passage te noue la gorge https://image.noelshack.com/minis/2016/48/1480464805-1474567129-1471909771-risitasvictime.png

@Suze, très beau !
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