Topic : « [POEME] Ici on poste les poèmes que l'on aime ! »

Avatar de jahtari jahtari
Un classic :noelpipe:
Demain dès l'aube - Victor Hugo

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Avatar de Gilberos Gilberos
Citation de jahtari
Un classic :noelpipe:
Demain dès l'aube - Victor Hugo
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


Victor Hugo est effectivement un classique et un très très bon classique ! (avec Prévert,etc...)
Avatar de Suze-Blero Suze-Blero
Le couvercle, Charles Baudelaire

En quelque lieu qu'il aille, ou sur mer ou sur terre,
Sous un climat de flamme ou sous un soleil blanc,
Serviteur de Jésus, courtisan de Cythère,
Mendiant ténébreux ou Crésus rutilant,

Citadin, campagnard, vagabond, sédentaire,
Que son petit cerveau soit actif ou soit lent,
Partout l'homme subit la terreur du mystère,
Et ne regarde en haut qu'avec un oeil tremblant.

En haut, le Ciel ! ce mur de caveau qui l'étouffe,
Plafond illuminé par un opéra bouffe
Où chaque histrion foule un sol ensanglanté ;

Terreur du libertin, espoir du fol ermite :
Le Ciel ! couvercle noir de la grande marmite
Où bout l'imperceptible et vaste Humanité.

Avatar de Volodio Volodio
Perso j'aime pas la poésie, du coup à part Mignonne de Ronsard... https://image.noelshack.com/minis/2017/31/5/1501857511-jesussmile.png

A la limite quand c'est des chansons, genre Belle qui tient ma vie (je sais, c'est pas de la poésie, mais bon...), ça va, mais c'est tout :(
Avatar de Gilberos Gilberos
Citation de Suze-Blero
Le couvercle, Charles Baudelaire
En quelque lieu qu'il aille, ou sur mer ou sur terre,
Sous un climat de flamme ou sous un soleil blanc,
Serviteur de Jésus, courtisan de Cythère,
Mendiant ténébreux ou Crésus rutilant,
Citadin, campagnard, vagabond, sédentaire,
Que son petit cerveau soit actif ou soit lent,
Partout l'homme subit la terreur du mystère,
Et ne regarde en haut qu'avec un oeil tremblant.
En haut, le Ciel ! ce mur de caveau qui l'étouffe,
Plafond illuminé par un opéra bouffe
Où chaque histrion foule un sol ensanglanté ;
Terreur du libertin, espoir du fol ermite :
Le Ciel ! couvercle noir de la grande marmite
Où bout l'imperceptible et vaste Humanité.


Un poète maudit https://image.noelshack.com/minis/2016/47/1480030477-1474829067-picsart-09-25-08-39-47.png
J'adore Baudelaire pour ses prises de position en plus de ses œuvres.
Avatar de Gilberos Gilberos
Citation de Volodio
Perso j'aime pas la poésie, du coup à part Mignonne de Ronsard... https://image.noelshack.com/minis/2017/31/5/1501857511-jesussmile.png
A la limite quand c'est des chansons, genre Belle qui tient ma vie (je sais, c'est pas de la poésie, mais bon...), ça va, mais c'est tout :(

C'est dommage il existe de très belles poésies qui ne sont pas là que pour faire jolie ou pour jouer les dark sasuke sur FB avec des citations.
Personnellement je n'aime pas Ronsard...mais c'est un grand lui aussi !
Avatar de JudeoMaconnerie JudeoMaconnerie
Brise Marine de Mallarmé

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux,
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe,
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend,
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !

Avatar de Gilberos Gilberos
Citation de JudeoMaconnerie
Brise Marine de Mallarmé
La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux,
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe,
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend,
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !


Pas mal je connaissais pas https://image.noelshack.com/minis/2016/47/1480030477-1474829067-picsart-09-25-08-39-47.png
Avatar de Ak74 Ak74
L'op tu me conseillerais quoi pour commencer en poésie francaise romantique ?

J'écris moi meme des ptit poèmes mais comme dit plus haut a pars les fleurs du mal j'ai rien lu :noel:
Avatar de Gilberos Gilberos
Citation de Ak74
L'op tu me conseillerais quoi pour commencer en poésie francaise romantique ?
J'écris moi meme des ptit poèmes mais comme dit plus haut a pars les fleurs du mal j'ai rien lu :noel:

Je ne m'y connais pas trop au niveau des poèmes romantique vu que pour moi un poème doit avoir une visée politique et sociétal cependant j'ai celui ci que j'aime bien dans le registre romantique.

http://poesie.webnet.fr/l[...]_de_lamartine/le_lac.html
Apercite http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartine/le_lac.html


Lamartine est aussi très connu.
Avatar de Ak74 Ak74
Citation de Gilberos
Citation de Ak74
L'op tu me conseillerais quoi pour commencer en poésie francaise romantique ?
J'écris moi meme des ptit poèmes mais comme dit plus haut a pars les fleurs du mal j'ai rien lu :noel:
Je ne m'y connais pas trop au niveau des poèmes romantique vu que pour moi un poème doit avoir une visée politique et sociétal cependant j'ai celui ci que j'aime bien dans le registre romantique.
http://poesie.webnet.fr/l[...]_de_lamartine/le_lac.html
Apercite http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartine/le_lac.html

Lamartine est aussi très connu.

Pas assez explicite et pornographique pour moi :noel:

J'vais plutot me relire les fleurs du mal :noel:
Avatar de Gilberos Gilberos
Citation de Ak74
Citation de Gilberos
Citation de Ak74
L'op tu me conseillerais quoi pour commencer en poésie francaise romantique ?
J'écris moi meme des ptit poèmes mais comme dit plus haut a pars les fleurs du mal j'ai rien lu :noel:
Je ne m'y connais pas trop au niveau des poèmes romantique vu que pour moi un poème doit avoir une visée politique et sociétal cependant j'ai celui ci que j'aime bien dans le registre romantique.
http://poesie.webnet.fr/l[...]_de_lamartine/le_lac.html
Apercite http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/alphonse_de_lamartine/le_lac.html

Lamartine est aussi très connu.
Pas assez explicite et pornographique pour moi :noel:
J'vais plutot me relire les fleurs du mal :noel:

Bordel...normal c'est du lamartine...pas du marc dorcel https://image.noelshack.com/minis/2016/46/1479341443-issou.png
Baudelaire est un cas spécial en tant que poète maudit.
Avatar de MuagE MuagE
Gérard de Nerval, Le Christ aux Oliviers
Attention, c'est un peu long
I.

Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras,
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats ;

Il se tourna vers ceux qui l'attendaient en bas
Rêvant d'être des rois, des sages, des prophètes...
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier : « Non, Dieu n'existe pas ! »

Ils dormaient. « Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
J'ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !

Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme !
Le dieu manque à l'autel où je suis la victime...
Dieu n'est pas ! Dieu n'est plus ! » Mais ils dormaient toujours !

II.

Il reprit : « Tout est mort ! J'ai parcouru les mondes ;
Et j'ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes,
Répand des sables d'or et des flots argentés :

Partout le sol désert côtoyé par des ondes,
Des tourbillons confus d'océans agités...
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n'existe en ces immensités.

En cherchant l'œil de Dieu, je n'ai vu qu'une orbite
Vaste, noire et sans fond, d'où la nuit qui l'habite
Rayonne sur le monde et s'épaissit toujours ;

Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l'ancien chaos dont le néant est l'ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !

III.

« Immobile Destin, muette sentinelle,
Froide Nécessité !... Hasard qui t'avançant
Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,
Refroidis, par degrés, l'univers pâlissant,

Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,
De tes soleils éteints, l'un l'autre se froissant...
Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,
Entre un monde qui meurt et l'autre renaissant ?...

Ô mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?
As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?
Aurais-tu succombé sous un dernier effort

De cet ange des nuits que frappa l'anathème ?...
Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir,
Hélas ! et, si je meurs, c'est que tout va mourir ! »

IV.

Nul n'entendait gémir l'éternelle victime,
Livrant au monde en vain tout son cœur épanché ;
Mais prêt à défaillir et sans force penché,
Il appela le seul — éveillé dans Solyme :

« Judas ! lui cria-t-il, tu sais ce qu'on m'estime,
Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
Je suis souffrant, ami ! sur la terre couché...
Viens ! ô toi qui, du moins, as la force du crime ! »

Mais Judas s'en allait, mécontent et pensif,
Se trouvant mal payé, plein d'un remords si vif
Qu'il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrites...

Enfin Pilate seul, qui veillait pour César,
Sentant quelque pitié, se tourna par hasard :
« Allez chercher ce fou ! » dit-il aux satellites.

V.

C'était bien lui, ce fou, cet insensé sublime...
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !

L'augure interrogeait le flanc de la victime,
La terre s'enivrait de ce sang précieux...
L'univers étourdi penchait sur ses essieux,
Et l'Olympe un instant chancela vers l'abîme.

« Réponds ! criait César à Jupiter Ammon,
Quel est ce nouveau dieu qu'on impose à la terre ?
Et si ce n'est un dieu, c'est au moins un démon... »

Mais l'oracle invoqué pour jamais dut se taire ;
Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère :
— Celui qui donna l'âme aux enfants du limon.
Gérard de Nerval.

Avatar de Gilberos Gilberos
Citation de MuagE
Gérard de Nerval, Le Christ aux Oliviers
Attention, c'est un peu long
I.
Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras,
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats ;
Il se tourna vers ceux qui l'attendaient en bas
Rêvant d'être des rois, des sages, des prophètes...
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier : « Non, Dieu n'existe pas ! »
Ils dormaient. « Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
J'ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !
Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme !
Le dieu manque à l'autel où je suis la victime...
Dieu n'est pas ! Dieu n'est plus ! » Mais ils dormaient toujours !
II.
Il reprit : « Tout est mort ! J'ai parcouru les mondes ;
Et j'ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes,
Répand des sables d'or et des flots argentés :
Partout le sol désert côtoyé par des ondes,
Des tourbillons confus d'océans agités...
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n'existe en ces immensités.
En cherchant l'œil de Dieu, je n'ai vu qu'une orbite
Vaste, noire et sans fond, d'où la nuit qui l'habite
Rayonne sur le monde et s'épaissit toujours ;
Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l'ancien chaos dont le néant est l'ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !
III.
« Immobile Destin, muette sentinelle,
Froide Nécessité !... Hasard qui t'avançant
Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,
Refroidis, par degrés, l'univers pâlissant,
Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,
De tes soleils éteints, l'un l'autre se froissant...
Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,
Entre un monde qui meurt et l'autre renaissant ?...
Ô mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?
As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?
Aurais-tu succombé sous un dernier effort
De cet ange des nuits que frappa l'anathème ?...
Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir,
Hélas ! et, si je meurs, c'est que tout va mourir ! »
IV.
Nul n'entendait gémir l'éternelle victime,
Livrant au monde en vain tout son cœur épanché ;
Mais prêt à défaillir et sans force penché,
Il appela le seul — éveillé dans Solyme :
« Judas ! lui cria-t-il, tu sais ce qu'on m'estime,
Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
Je suis souffrant, ami ! sur la terre couché...
Viens ! ô toi qui, du moins, as la force du crime ! »
Mais Judas s'en allait, mécontent et pensif,
Se trouvant mal payé, plein d'un remords si vif
Qu'il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrites...
Enfin Pilate seul, qui veillait pour César,
Sentant quelque pitié, se tourna par hasard :
« Allez chercher ce fou ! » dit-il aux satellites.
V.
C'était bien lui, ce fou, cet insensé sublime...
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !
L'augure interrogeait le flanc de la victime,
La terre s'enivrait de ce sang précieux...
L'univers étourdi penchait sur ses essieux,
Et l'Olympe un instant chancela vers l'abîme.
« Réponds ! criait César à Jupiter Ammon,
Quel est ce nouveau dieu qu'on impose à la terre ?
Et si ce n'est un dieu, c'est au moins un démon... »
Mais l'oracle invoqué pour jamais dut se taire ;
Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère :
— Celui qui donna l'âme aux enfants du limon.
Gérard de Nerval.


Un peu long mais facile à lire.
L'inspiration chrétienne lui a permit de faire un joli poème ! (enfin mettre la bible sous la forme d'un poème n'est pas à la portée de tous !).
Avatar de MuagE MuagE
Citation de Gilberos
Citation de MuagE
Gérard de Nerval, Le Christ aux Oliviers
Attention, c'est un peu long
I.
Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras,
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats ;
Il se tourna vers ceux qui l'attendaient en bas
Rêvant d'être des rois, des sages, des prophètes...
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier : « Non, Dieu n'existe pas ! »
Ils dormaient. « Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
J'ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !
Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme !
Le dieu manque à l'autel où je suis la victime...
Dieu n'est pas ! Dieu n'est plus ! » Mais ils dormaient toujours !
II.
Il reprit : « Tout est mort ! J'ai parcouru les mondes ;
Et j'ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,
Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes,
Répand des sables d'or et des flots argentés :
Partout le sol désert côtoyé par des ondes,
Des tourbillons confus d'océans agités...
Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,
Mais nul esprit n'existe en ces immensités.
En cherchant l'œil de Dieu, je n'ai vu qu'une orbite
Vaste, noire et sans fond, d'où la nuit qui l'habite
Rayonne sur le monde et s'épaissit toujours ;
Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,
Seuil de l'ancien chaos dont le néant est l'ombre,
Spirale engloutissant les Mondes et les Jours !
III.
« Immobile Destin, muette sentinelle,
Froide Nécessité !... Hasard qui t'avançant
Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,
Refroidis, par degrés, l'univers pâlissant,
Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,
De tes soleils éteints, l'un l'autre se froissant...
Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,
Entre un monde qui meurt et l'autre renaissant ?...
Ô mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?
As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?
Aurais-tu succombé sous un dernier effort
De cet ange des nuits que frappa l'anathème ?...
Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir,
Hélas ! et, si je meurs, c'est que tout va mourir ! »
IV.
Nul n'entendait gémir l'éternelle victime,
Livrant au monde en vain tout son cœur épanché ;
Mais prêt à défaillir et sans force penché,
Il appela le seul — éveillé dans Solyme :
« Judas ! lui cria-t-il, tu sais ce qu'on m'estime,
Hâte-toi de me vendre, et finis ce marché :
Je suis souffrant, ami ! sur la terre couché...
Viens ! ô toi qui, du moins, as la force du crime ! »
Mais Judas s'en allait, mécontent et pensif,
Se trouvant mal payé, plein d'un remords si vif
Qu'il lisait ses noirceurs sur tous les murs écrites...
Enfin Pilate seul, qui veillait pour César,
Sentant quelque pitié, se tourna par hasard :
« Allez chercher ce fou ! » dit-il aux satellites.
V.
C'était bien lui, ce fou, cet insensé sublime...
Cet Icare oublié qui remontait les cieux,
Ce Phaéton perdu sous la foudre des dieux,
Ce bel Atys meurtri que Cybèle ranime !
L'augure interrogeait le flanc de la victime,
La terre s'enivrait de ce sang précieux...
L'univers étourdi penchait sur ses essieux,
Et l'Olympe un instant chancela vers l'abîme.
« Réponds ! criait César à Jupiter Ammon,
Quel est ce nouveau dieu qu'on impose à la terre ?
Et si ce n'est un dieu, c'est au moins un démon... »
Mais l'oracle invoqué pour jamais dut se taire ;
Un seul pouvait au monde expliquer ce mystère :
— Celui qui donna l'âme aux enfants du limon.
Gérard de Nerval.

Un peu long mais facile à lire.
L'inspiration chrétienne lui a permit de faire un joli poème ! (enfin mettre la bible sous la forme d'un poème n'est pas à la portée de tous !).

C'est très beau, c'est d'une telle noirceur, venant du personnage de Jésus, c'est superbe
Avatar de Koda Koda
L'homme est-il un soleil laborieux

Jeté dans une mer de ténèbres oublieux,

Ou est-il cet éternel chien errant

Chassé, battu, traqué mais pensant,

A la recherche d'une fleur brisée,

Perdue dans la chevelure d'une piste ensablée ?

Un jour pourtant l'homme harassé

Se couche à l'ombre d'une croix oubliée

Et sentant le vent courir sur sa fosse,

Il regardera ses longues mains d'os

Comme un miroir de chair sans image,

Comme un grand livre sans page..

Il y cherchera longtemps, mais en vain,

Le sens de sa vie et de ses lendemains.

Écoutez dans le silence des vagues

Le chant des morts parmi les algues ;

Admirez dans la blancheur de l'écume

La pureté de leur innocence qui fume ;

Ô paysage désolé d'un amour sans nom

Tu as roulé au fond de mon cœur profond

Comme la vague immense de la vie

Qui emporte nos carcasses déjà noircies !



L'amour est-il cet élan d'orgueil

Jailli du fond d'un cœur trop seul,

Ou est-il ce fleuve-ouragan,

Sans cesse endigué, mais toujours débordant,

A la recherche d'une mer délaissée

Sur la plage d'un conte de Fée ?

Une nuit pourtant l'amour ne sera plus

Qu'un baiser déçu, qu'un baiser perdu,

Dévalant la pente d'un pauvre espoir,

En fermé au creux d'un mouchoir,

Comme une larme qu'on veut oublier,

Comme une fleur qu'on veut sécher..

Il criera l'inutilité de la vie

Et glacera l'amour avec l'envie.

Écoutez dans le déploiement d'un mouchoir

La pluie de larmes qui s'en échappe un soir ;

Admirez sur la blancheur d'un corps

Ces tâches rouges qui souffrent encore ;

Ô Amour jamais atteint, pétri

Dans une mare toujours jaunie,

Tu n'es plus qu'un roulement de tambour

Aux oreilles désolées d'un sourd !



La mort est-elle cette puissante vérité

Brassée dans un remous d'illusions trompées,

Ou est-elle cet impatient drapeau noir

Qu'on arrache à la vague d'un soir

Comme une amarre lorsqu'il est temps de partir

Et que le bonheur s'épargne au souvenir ?

Un soir la grande ombre du désespoir

Flottera sur une trop belle histoire

Et la mort ne sera qu'un drapeau sans retour

Planté par l'égoïsme au sommet de l'amour,

Comme un dernier défi jeté à l'humanité,

Comme un souvenir livré à l'éternité,

Elle emportera une moissons e saisons

Vers une autre vie, vers d'autres horizons.

Écoutez le silence de celui qui meurt,

Il a perdu son amour et n'a pas de rancœur ;

Admirez dans ses sursauts de démence

La grandeur de son geste immense ;

Ô Mort, suprême vérité des vérités,

Toujours chérie des cœurs désertés,

Tu es plus belle que l'amour,

Tu es plus vraie que le mot toujours.

https://image.noelshack.com/minis/2017/22/1496407702-hata-no-kokoro-drink.png
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