Topic : « Histoires de soldats »

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Le maréchal Lannes : https://image.noelshack.com/minis/2019/09/4/1551360131-julie-volpeliere-d-apres-gerard-le-marechal-lannes-1769-1809-1834.png

Jean Lannes nait le 10 avril 1769 (un an avant Davout) dans le Gers, au sein d’une famille française roturière. Son frère ainé reçoit la meilleure instruction et deviendra prêtre. Le petit Jean est assigné à des travaux domiciles. Les annales ne s’étendent qu’assez peu sur cette période d’anonymat rural.

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C’est à vingt-trois ans que nous retrouvons le jeune homme : il s’engage dans l’armée révolutionnaire et sa signature est attestée en 1792. Il est déjà sergent-major et est affecté au 2ème bataillon de volontaires du Gers. Deux de ses frères sont aussi engagés dans cette troupe, inclus dans l’armée des Pyrénées. Jean se fait alors remarquer en mai 1793 – il est désormais sous-lieutenant – lors de la guerre du Roussillon (petite guerre aux seins des grandes conflagrations européennes, qui voit la France révolutionnaire balayée une Espagne amorphe). Après quelques coups d’éclats locaux et des actes de bravoure communicative, il est déjà adjudant-général à la fin de l’année 1793. Le général Basset apprécie sa conduite et lui donne une brigade de grenadiers.

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Lannes en 1792

En convalescence à Perpignan pour soigner une blessure, il rencontre sa future femme, Jeanne Méric, qu’il épouse le 19 mars 1795. De retour au front pyrénéen, Lannes continue de servir avec entrain les armées françaises. De fil en baïonnette, il se retrouve dans l’armée d’Italie et sert sous le commandement de Masséna. Il remplace efficacement, en pleine bataille de Loano, le général Banel, blessé lors d’un assaut.

Les chefs d’état-major envisagent de le débarquer de ses fonctions après une cascade de réorganisation militaire mais Bonaparte choisit finalement de conserver près de lui bon nombre d’officiers menacés de licenciement. Lannes s’illustre alors à la bataille de Dego, où il commande avec panache une attaque à la baïonnette. Quelques erreurs administratives plus tard, on le retrouve aux premiers rangs des batailles de Fombio et du pont de Lodi. Il dirige des grenadiers et un bataillon de carabiniers. Bonaparte l’apprécie de plus en plus et l’élève au range de général de brigade à la suite de l’importante victoire de Bassano. La fidélité du jeune général pour son chef, non moins jeune, se dévoile largement : malgré une blessure assez grave, il suit le « petit Caporal » jusqu’à Arcole.

Sa témérité au combat et ses dons de meneurs sont salués par Bonaprate qui écrit en ces termes au Directoire : « Jamais champ de bataille n'a été aussi disputé que celui d'Arcole. Je n'ai presque plus de généraux. Leur dévouement et leur courage sont sans exemple. Le général de brigade Lannes est venu au champ de bataille, n'étant pas encore guéri de la blessure qu'il a reçue à Governolo. Il fut blessé deux fois pendant la première journée de la bataille, il était à trois heures après-midi étendu sur son lit et souffrant lorsqu'il apprend que je me porte moi-même à la tête de la colonne. Il se jette à bas de son lit, monte à cheval et revient me trouver ; comme il ne pouvait être à pied, il fut obligé de rester à cheval ; il reçut à la tête du pont d'Arcole un coup qui l'étendit sans connaissance. Je vous assure qu'il fallait tout cela pour vaincre… ». Le général en chef remet à son ardent subalterne le drapeau que ce dernier agita pour remonter le moral de ses grenadiers et refouler les Autrichiens.

Lannes termine la campagne d’Italie entre convalescence et escarmouches, certes moins glorieuses, mais d’une grande portée stratégique. Il fait capituler Mantoue et met en déroute, sous les ordres d’Augereau, les troupes papales. C’est en Egypte que s’écrit son prochain chapitre.

Il tient un rôle secondaire dans les premières batailles ; il officie dans la division du général Kléber. Pendant la campagne de Syrie, il s’illustre lors de plusieurs sièges. Il est blessé au cou lors d’un assaut contre Saint-Jean d’Acre et est sauvé in extremis par un grenadier qui le conduit au médecin militaire Larrey. Bonaparte le promeut au rang de général de division. Il commande alors l’attaque lors de la seconde bataille d’Aboukir. Il est ensuite à nouveau blessé, à la jambe, pendant le siège, qui sera achevé par Davout. Il rentre en France avec Bonaparte et participe au coup d’état du 18 brumaire en veillant à faire régner le calme à Paris. Il assure le soutien des officiers d’infanterie au général Bonaparte. Ensuite, il s’ébat quelques temps dans ses terres méridionales.

Il est rappelé en 1800 pour prendre le commandement de l’armée de réserve qui franchi les Alpes et affronter les Autrichiens en Italie. Il nettoie toute la vallée d’Aoste en un temps éclair, la plaine du Piémont s’ouvre devant lui. L’avancée française est spectaculaire et Bonaparte félicite les miracles opérés par Murat et Lannes notamment. Jean prend Pavie, menace Turin et s’empare finalement de Stradella, au-delà du Pô. Il se porte au secours de Masséna, près de Gênes mais ce dernier capitule. Obéissant, zélé et brave, Lannes arme ses 7000 hommes contre les 16 000 coalisés campés près de Montebello : c’est la fameuse bataille du même nom. Après de nombreux assauts impétueux et enfin grâce à l’arrivée de quelques renforts, Lannes oblige les Autrichiens à décamper. Il a pris une nouvelle dimension : il s’étoffe militairement en osant des mouvements audacieux. Malgré son infériorité numérique, il parvient à menacer les Autrichiens d’encerclement ! Il rempote là sa première bataille personnelle au cours de laquelle il a encore prouvé ses qualités de meneur d’hommes.

En préparatif de la prodigieuse victoire de Marengo, Lannes orchestre un magnifique mouvement de retraite qui empêche ses bataillons de rompre devant une colonne de 30 000 Autrichiens tentant de rallier leurs positions orientale en se frayant un chemin dans le dispositif éparpillé des Français. Lannes qui compte environ 15 000 hommes doit pivoter et encaisser la marche ennemie pour permettre aux autres armées tricolores de le rallier. Bonaparte arrive avec sa garde à cheval. Il ravive les troupes. Lannes et Gardanne contre-attaquent pour fixer les troupes autrichiennes. La mêlée est intense. La garde consulaire se place entre les deux armées. Le bloc français menace de céder mais l’arrivée de Desaix et Kellermann scellent la victoire. Les Autrichiens sont piégés.

Lannes a brillé dans un rôle moins habituel : Il défendit ardemment une position, tout en organisant une retraite progressive. On note son sang-froid inattendu pour un homme plus connu pour ses actions offensives. Il commande avec une exemplarité placide. Les hommes sont galvanisés par son assurance et son intelligence tactique.

Avant l’avènement de l’Empire, Lannes tombe en semi-disgrâce mais réalise avec brio les taches peu ragoutantes qu’on lui confie : retoqué par son chef et ami pour une question de dépassement de budget de la garde consulaire, il est envoyé en mission diplomatique au Portugal. Il doit contrer les complots anglais – ce qui lui plait assez, étant un anglophobe convaincu. Après quelques difficultés premières, il s’avère être un bon diplomate. Il est court-circuité par Talleyrand dans le projet de signature de la neutralité Portugaise mais il pousse ensuite à la ratification d’un traité plus avantageux encore. Napoléon le rappelle et l’élève au titre de Maréchal d’Empire. En sus, Lannes obtient le commandement de la poétique armée des côtes de l’Océan.

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La prise d'Ulm

A la tête de l’avant-garde avec Murat, il participe à l’incroyable encerclement de l’armée autrichienne dans Ulm. En accord avec Ney, contre Murat, il obtient gain de cause, quant au déroulement des opérations, auprès du nouvel empereur. Ils remportent quelques victoires (Wertingen, ponts d’Elchingen). Ulm capitule le 20 octobre 1805 : 30 000 prisonniers.
Il fond ensuite sur l’Autriche même : il prend Linz, Braunau ; défait les Russes à Amstetten et occupe les coalisés à Holabrunn. A Austerlitz, l’action concertée de son infanterie (les grenadiers toujours !) et de la cavalerie de Murat atomise le flanc droit russe. En effet, fixé sur leur gauche et menacé sur leur centre, les coalisés se font complètement renversés par leur droite. Lannes et Murat coupent la retraite sur la route la plus aisée. Malgré la victoire, Lannes rentre en France visiblement très remonté contre l’Empereur : nul n’en connait les raisons mais une correspondance avec son ancien aide-de-camp montre bien que Lannes ne veut plus servir sous les ordres ne Napoléon. Les circonstances sont d’autant plus énigmatiques que la victoire fut totale ; Lannes y fut peu éprouvé tant son mouvement fut parfait. Le mystère demeure.

Il revient cependant, le 5 octobre 1806, commander le 5ème corps d’armée mal tenu par Lefebvre. Il dirige une nouvelle fois l’avant-garde de la colonne ouest des armées napoléoniennes. A la petite mais assez importante bataille de Saalfeld, son corps de hussards tue le prince Louis de Prusse, grand artisan de l’entrée en guerre de son royaume. Lannes reçoit de chaleureuses félicitations de son empereur.

Pendant que Davout brille à Auerstädt, Lannes participe grandement à la prodigieuse calotte infligée à l’armée prussienne. Profitant d’un épais brouillard, en accord avec Napoléon, il entasse des régiments au plus près des Prussiens qui, bien qu’avertis par les bruits de préparatifs, ne peuvent rien opposer. Il charge le centre prussien et s’empare du plateau décisif. Sa percée permet aux troupes de Ney et d’Augereau de venir renforcer le front et d’entamer encore plus les défenses ennemies. La victoire est totale, la débâcle allemande humiliante.

Cependant, les lauriers élogieux sont tressés pour la grosse tête de Murat. Injustice selon Lannes, surtout envers ses hommes et ceux de Davout ou Augereau, qui sont les divisions les plus employées par Napoléon. Par un concours de circonstances tactiques et climatiques, Lannes se retrouve seul face aux gros des forces russes, le 26 décembre 1806 : c’est la bataille de Pultusk, fort méconnue. A un contre trois environ et sans artillerie lourde, Lannes attaque ! Et met en déroute les Russes ! Le général Laffargue en témoigne : « En tous cas, c'est lui seul, alors qu'il était rongé par la fièvre depuis huit jours, qui a osé l’engager ; osé avec moins de vingt mille hommes, en défier cinquante mille ; osé marcher sans canon, sans une artillerie formidable. Et ce malade a trouvé en lui-même un dynamisme capable d'imprimer à sa troupe une telle force vive que Benningsen, pris à la gorge, a été vaincu parce qu'il s'est persuadé qu'il était vaincu. Voilà le miracle dû à la seule supériorité de la force d'âme, réalisé par Lannes à Pułtusk ».

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Plan de la bataille de Pultusk

La maladie le contraint à la convalescence durant l’hiver 1807. Il reprend du service dans la réserve et se plaint de ce traitement qu’il juge indigne. La campagne reprenant en intensité, il réussit toutes ses petites missions et se retrouve alors aux avant-postes pour la grande bataille de Friedland. 150 000 hommes se font face. Encore une fois, c’est cet incroyable maréchal qui orchestre en infériorité tout le début de la bataille. Avec son corps, il rivalise d’ingéniosité pour occuper le plateau et empêcher les Russes de se déployer correctement. Ces derniers affichent 70 000 hommes mais les 20 000 de Lannes occupent les meilleures positions. Pour contrecarrer les plans ennemis, il ploie et riposte avec ses corps légers ou sa cavalerie autour d’un centre compact et ferme. Ses talents de défenseurs mobiles sont incomparables. Seul Davout a démontré une telle aptitude. A midi, Napoléon arrive enfin et lance les corps de Ney et Victor. Ces derniers peuvent facilement se déployer et atomiser les flancs russes. Ney culbute par la gauche les forces du tsar et l’armée adverse est finalement entièrement encerclée.

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La victoire de Freidland

Pendant la paix qui suit le traité de Tilsit, Lannes est couvert d’honneurs, peut profiter de sa famille et d’un repos mérité. Le tsar Alexandre lui octroiera le cordon de l’ordre de Saint-André en marque de profond respect, lors du fameux entretien d’Erfurt. Lannes l’arborera sur les champs de bataille, avec l’accord de Napoléon.

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La famille du maréchal

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Et Lannes en Duc de Montebello

En 1808, il accompagne l’empereur en Espagne où la situation est devenue dramatiquement complexe. Les Espagnols, aidés par les perfides rosbeefs, ont provoqué la première capitulation d’un général de la Grande Armée. Il n’est donné aucun commandement à Lannes, Nap’ le conserve comme un As de pique, dans sa manche. Il ne tardera pas longtemps avant de jouer sa carte bonus : mécontent des maladresses de Moncey, Napoléon lui substitut Lannes qui regroupe une armée d’environ 30 000 hommes, qu’il s’empresse de jeter contre 50 000 Espingouins… Il va sans dire qu’il les atomise le 23 novembre, à la bataille de Tuleda. On dénombre 460 pertes, mortes ou blessés, chez les tricolores pour environ 7000 incapacités côté ibériques. Ces derniers cèdent en deux colonnes que Lannes fait poursuivre par ses généraux. La défaite espagnole n’est pas transformée en désastre total en raison de la mollesse de Ney, persuadé que Lannes avait été défait…

Il s’illustre en 1809, en prenant le commandement des troupes assiégeant la capitale aragonaise : Saragosse. Du 22 janviers au 20 février, il mène le premier siège moderne : une armée régulière doit s’emparer d’une ville entièrement retranchée et armée : chaque maison est une casemate, les monastères sont des forteresses. Il réorganise les armées autour de la ville et préconise des assauts prudents, se focalise sur des objectifs tangibles. Pas à pas, usant de toutes les techniques destructrices du génie des sapeurs, il grignote la ville. Les forces des assiégés s’amenuisent rapidement face à cette avancée létale et chirurgicale. Le témoignage élogieux du général Thoumas est sans appel : « Au point de vue militaire, ce siège doit être considéré comme un des principaux titres de gloire de l'armée française et de Lannes en particulier. Pour le juger il faut tenir compte de la grande infériorité numérique des assaillants, des difficultés qu'il éprouvait pour s'approvisionner de vivres et de munitions, de la constance avec laquelle ils supportèrent des privations et des fatigues inouïes, du courage qu'ils opposèrent pendant cinquante-trois jours et cinquante-trois nuits à des dangers continus. L'activité du maréchal Lannes, qui ne s'épargnait à aucun moment la peine et la fatigue, le sang-froid qu'il montra dans les dispositions les plus critiques, l'ardeur et la patience dont il donna l'exemple aux troupes, furent pour beaucoup dans le succès ».

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La prise de Saragosse

Lannes s’efforce d’apaiser la poudrière aragonaise. Le 6 mars, il assiste au Te Deum célébré dans la cathédrale Notre-Dame del Pilar. Il rentre en France le 26 du même mois pour ne souffler que quelques jours : déjà les Autrichiens menacent de faire céder la Bavière, faible allié. Masséna et Davout rassemblent leurs armées à Augsbourg et Ratisbonne, soutenant par les flancs l’armée bavaroise repliée hors de sa capitale. Le 19 avril, Lannes rejoint son empereur pour une nouvelle campagne.

Le début de campagne est marqué par la réorganisation effectuée par Napoléon qui prend le commandement du corps central. Une succession de batailles de moyenne ampleur stabilise le front, grâce à la bonne tenue de ses meilleurs maréchaux. Le plan méticuleux est orchestré à la note près et les armées autrichiennes sont coupées en deux corps affaiblis. De ces opérations, la bataille d’Eckmühl est certainement l’affrontement le plus décisif. Tous les corps d’armée des deux ennemis sont plus ou moins engagés. Ce sont près de 400 000 hommes qui se font face. Au final, cette bataille n’est qu’un vaste mouvement de replis des Autrichiens, surpris par l’attaque française du 21 avril, alors qu’ils espéraient rétablir leurs lignes et reprendre l’initiative. Ils perdent 6000 hommes et abandonnent une dizaine de milliers de prisonniers. Lannes participa avec son brio presque habituel aux mouvements, répondant au doigt et à l’œil aux ordres de son maitre stratège. Il lance notamment plusieurs assauts sur les flancs ennemis et menace de les encercler, ce qui précipite leur retraite. Il mène l’attaque final contre la forteresse de Ratisbonne et reçoit encore de chaleureuses louanges de la part de Napoléon.

Les armées autrichiennes étant fortement démoralisées par cette cascade d’escarmouches perdues, la famille impériale tente l’ouverture de pourparlers pacifiques avec l’ogre français qui frappe à la porte, encore une fois. L’archiduc Charles se fend d’une élogieuse lettre à Napoléon où il le félicite pour ses prouesses militaires et se propose comme médiateur, afin de rétablir la paix. Napoléon n’y prête pas attention.

La guerre de manœuvres fait rage. Après une opération d’espionnage proposée par Lannes, Napoléon apprend que la route de Vienne est libre de toute résistance. Il laisse les forces autrichiennes manœuvrant vers la Bohème et fond sur la capitale des Habsbourg. L’archiduc Maximilien arrive juste à temps pour organiser l’abandon de la ville et le repli des armées.
Lannes commande avec Masséna et Bessières la terrible bataille d’Essling : les troupes françaises traversent le Danube via l’île de Lobau, sous le couvert de bois, profitant d’un terrain très favorable (rive sud protégée par l’île, rive nord facilement défendable). Elles se mettent en position pour attaquer les villages d’Essling et Aspern. Le 20 mai 1809, les combats sont déjà féroces. L’armée française, bien qu’encore amputée de nombreux corps restés sur l’autre rive, tient le choc et s’empare d’une partie des villes. Les Autrichiens se replient sur le plateau au Nord-Est. Dans la nuit, Masséna doit séparer Bessières et Lannes qui s’étripaient verbalement et menaçaient de déclencher une rixe mal venue.

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Lannes à Essling

Le 21, Lannes reçoit quelques renforts et dirige les principales opérations. Il passe à l’offensive et malgré des effectifs encore en infériorité numérique, enfonce les lignes ennemies, par le centre. Malheureusement, Napoléon est contraint d’ordonner la retraire de son armée. En effet, les Autrichiens ont jeté des débris contre les ponts artificiels et ces derniers ont cédé plusieurs fois. Malgré des réparations miraculeuses, les renforts et le matériel expédiés sur la rive du combat sont trop faibles. Les troupes françaises se replient alors en bon ordre, ne laissant le terrain aux Autrichiens qu’au prix d’ardents corps-à-corps. Comprenant la manœuvre française, les Germains redoublent d’ardeur. Pour soutenir la retraite, de nombreux d’officiers français se portent au front pour galvaniser l’arrière-garde. Le général Saint-Hilaire tombe. Lannes le relaie, sous le feu ennemi. Il brise l’avancée de la cavalerie archiducale et s’octroie quelques instants de repos. Il parcourt le champ de bataille avec le général Pouzet, son instructeur lorsqu’il n’était que volontaire dans l’armée du Gers. Ce dernier est foudroyé par une balle perdue et succombe rapidement. Bouleversé, Lannes s’assied à l’écart et reçoit un maudit petit boulet de trois livres qui vient lui scier les jambes. Rapatrié sur l’île de Lobau, il y est amputé de la jambe gauche, complètement broyée. Sa jambe droite n’est plus en danger.

Il est définitivement éloigné du champ de bataille dans la matinée du 23, lors de la fin de la retraite bien menée par Masséna. Son état s’améliore quelques jours mais, dans la nuit du 27 au 28, Lannes voit sa fièvre grimper. Il délire. La gangrène ronge sa jambe et aucun médecin ne parvient à la faire reculer. Napoléon passe au chevet de son ami et maréchal, qu’il sait condamné, le 29 mai. Lannes expire le 31 mai au levé du soleil.

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Lannes mourant

Voilà ce qu’écrivit l’empereur à la veuve du maréchal Lannes : « Ma cousine, le maréchal est mort ce matin des blessures qu'il a reçues sur le champ d'honneur. Ma peine égale la vôtre ; je perds le général le plus distingué de mes armées, mon compagnon d'armes depuis seize ans, celui que je considérais comme mon meilleur ami. »

Un témoignage d’O’Meara sur les propos de Napoléon développe les gentillesses de circonstance adressées à la maréchale : « Lannes, le plus brave de tous les hommes était assurément un des hommes au monde sur lesquels je pouvais le plus compter… L'esprit de Lannes avait grandi au niveau de son courage, il était devenu un géant. Lannes, lorsque je le pris pour la première fois par la main, n'était qu'un ignàrantaccio. Son éducation avait été très-négligée ; néanmoins, il fit beaucoup de progrès, et, pour en juger, il suffit de dire qu'il aurait fait un général de première classe. Il avait une grande expérience pour la guerre ; il s'était trouvé dans cinquante combats isolés, et à cent batailles plus ou moins importantes. C'était un homme d'une bravoure extraordinaire : calme au milieu du feu, il possédait un coup d'œil sûr et pénétrant, prompt à profiter de toutes les occasions qui se présentaient, violent et emporté dans ses expressions, quelquefois même en ma présence. Il m'était très-attaché. Dans ses accès de colère, il ne voulait permettre à personne de lui faire des observations, et même il n'était pas toujours prudent de lui parler, lorsqu'il était dans cet état de violence. Alors, il avait l'habitude de venir à moi, et de me dire qu'on ne pouvait se fier à telle et telle personne. Comme général il était infiniment au-dessus de Moreau et de Soult »

Avec Davout, il fut incontestablement le meilleur général de la Grande Armée.
Avatar de GordonCole GordonCole
Rien d'étonnant, dans notre pays en déréliction, que Davout et Lannes soient les généraux les moins connus... Dans le cerveau de gens qui connaissent encore quelques noms de généraux d'empire.
Avatar de HeinzGuderian HeinzGuderian
Encore une superbe histoire merci

Incroyable comme à chaque fois et bien souvent en infériorité numérique il arrive à défaire ses ennemis.

Y'a de sacrée anecdotes dans certains passages de ton récit ça donne des frissons

Une malheureuse fin pour un si grand homme respecté pas ses hommes comme ses ennemis
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