Par Etienne Gilson:
Les athées se plaisent à dénoncer les insuffisances des preuves traditionnelles de l'existence de Dieu et, en effet, si l'on admet d'autres preuves que celles du type mathématique ou de la science expérimentale, il n'y en a pas de suffisante, mais certaines preuves apparaissent nécessaires à la réflexion métaphysique lorsque celle-ci pousse, par delà la preuve dialectique, jusqu'au principe de la preuve.
On ne prétend pas ici qu'il n'y ait pas d'athées; nous avons même dit qu'il en existe des variétés différentes, mais nous n'en avons pas rencontré dans leur nombre une seule qui proposât des preuves métaphysiques de l'inexistence de Dieu. La plupart des athées qui philosophent se contentent de dénoncer l'insuffisance des preuves de son existence que l'on propose, ce qui est tout différent. Le fait même qu'on désire des preuves de l'inexistence de Dieu suggère que la croyance en son existence occupe déjà la place. Ce que les hommes appellent "perdre leur foi" ne leur apparaît jamais comme un heureux événement. C'est bien pour eux une perte, sans qu'on voie pourquoi. Il n'y a pas de raison pour qu'il en soit ainsi. S'être débarrassé de ce que l'on en est venu à tenir pour une erreur, au moins comme un préjugé, devrait être plutôt une cause de réjouissance. On ne voit pas les hommes réunir leurs amis pour fêter ensemble ce bonheur. La littérature abonde au contraire en récits romantiquement tragiques de circonstances dans lesquelles les écrivains ont perdu leur foi. Pour démontrer que Dieu n'existe pas, il faudrait le remplacer par quelque chose d'équivalent, capable d'expliquer tout ce qu'il explique et dont l'existence fut démontrée. C'est ainsi qu'on a démontré l'inexistence du phlogistique, Lavoisier l'a éliminé en le remplaçant. Rien de tel ne se passe quand un athée "perd sa foi", c'est une perte sèche. Bien qu'il fût avare de confidences sur ces questions. Mallarmé écrivit un jour à son ami Henri Cazalis qu'il sortait à peine d'une crise épuisante au cours de laquelle il avait enfin vaincu, non sans de terribles efforts, "ce vieux plumage, Dieu". Pourquoi cette force de résistance dans quelque chose qui n'existe pas ? C'est que le départ de Dieu n'est compensé par l'arrivée de rien, qu'un vide infini comble la place qu'il occupait. Rejeter l'idée de Dieu comme notion métaphysique est donc d'une grande naïveté. Assurément elle est métaphysique, mais l'athéisme l'est aussi.
- L'athéisme difficile
Piouffff
Plus que 4 paragraphes 
Les athées se plaisent à dénoncer les insuffisances des preuves traditionnelles de l'existence de Dieu et, en effet, si l'on admet d'autres preuves que celles du type mathématique ou de la science expérimentale, il n'y en a pas de suffisante, mais certaines preuves apparaissent nécessaires à la réflexion métaphysique lorsque celle-ci pousse, par delà la preuve dialectique, jusqu'au principe de la preuve.
On ne prétend pas ici qu'il n'y ait pas d'athées; nous avons même dit qu'il en existe des variétés différentes, mais nous n'en avons pas rencontré dans leur nombre une seule qui proposât des preuves métaphysiques de l'inexistence de Dieu. La plupart des athées qui philosophent se contentent de dénoncer l'insuffisance des preuves de son existence que l'on propose, ce qui est tout différent. Le fait même qu'on désire des preuves de l'inexistence de Dieu suggère que la croyance en son existence occupe déjà la place. Ce que les hommes appellent "perdre leur foi" ne leur apparaît jamais comme un heureux événement. C'est bien pour eux une perte, sans qu'on voie pourquoi. Il n'y a pas de raison pour qu'il en soit ainsi. S'être débarrassé de ce que l'on en est venu à tenir pour une erreur, au moins comme un préjugé, devrait être plutôt une cause de réjouissance. On ne voit pas les hommes réunir leurs amis pour fêter ensemble ce bonheur. La littérature abonde au contraire en récits romantiquement tragiques de circonstances dans lesquelles les écrivains ont perdu leur foi. Pour démontrer que Dieu n'existe pas, il faudrait le remplacer par quelque chose d'équivalent, capable d'expliquer tout ce qu'il explique et dont l'existence fut démontrée. C'est ainsi qu'on a démontré l'inexistence du phlogistique, Lavoisier l'a éliminé en le remplaçant. Rien de tel ne se passe quand un athée "perd sa foi", c'est une perte sèche. Bien qu'il fût avare de confidences sur ces questions. Mallarmé écrivit un jour à son ami Henri Cazalis qu'il sortait à peine d'une crise épuisante au cours de laquelle il avait enfin vaincu, non sans de terribles efforts, "ce vieux plumage, Dieu". Pourquoi cette force de résistance dans quelque chose qui n'existe pas ? C'est que le départ de Dieu n'est compensé par l'arrivée de rien, qu'un vide infini comble la place qu'il occupait. Rejeter l'idée de Dieu comme notion métaphysique est donc d'une grande naïveté. Assurément elle est métaphysique, mais l'athéisme l'est aussi.
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