Topic : « La structure absolue par Raymond Abellio »

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Sur la nécessité de la foi :

De deux choses l'une : ou je veux que ma vie ait un sens et qu'elle soit une montée tâtonnante mais continue vers quelque chose, vers plus de science certaine, de vrai savoir, et cet Autre, je ne peux alors que sentir sa présence derrière moi, c'est lui qui dirige invisiblement mes pas, je n'existe pas sans lui, mais en même temps, à chaque instant, il dégrade en moi le sens de l'effort libre, de la réflexion personnelle, de l'autonomie morale, il appelle l'entière soumission ou la révolte totale, la foi obscure ou le blasphème, qui sont à des titres divers la marque de l'aliénation ; ou bien, pour nier la présence de cet Autre, je déclare ma vie absurde, ma personnalité inconsistante, ma mémoire infidèle, je m'érige en contradiction permanente de ma vie elle-même qui veut durer et être la vie d'un Je distinct et uni.

Sur l'impasse nietzschéenne :

Nietzsche posa le même problème en l'inversant. Il vécut cruellement le destin du Fils souffrant, et il le vécut suffisamment pour maudire le Père et réclamer le triomphe de Dionysos sur le Crucifié. Pourtant, il ne pouvait être Dionysos. Dionysos était pour lui le Dieu re-unifié, mais il ne pouvait y atteindre, lui non plus que par le mariage androgynique avec cette Ariane qu'il appela toute sa vie sans l'obtenir et sans se l'avouer à lui-même. Car Ariane, sous le nom de Cosima ou de Lou-Andréas Salomé, ne fut jamais que le symbole de la connaissance, et Nietzsche était, comme Kierkegaard et Kafka, un agnostique. Or, la gnose est la seule intensification possible de l'angoisse et sa seule résolution, le seul moyen de constituer le Fils en nous. Nous serons sans cesse renvoyés à la fonction gnosique de Fils et à la montée en lui de l'intelligence, qui correspond à sa féminisation transcendentale, au mariage à la fois perpétuel et final de l'Epoux et de la Sophia, l'ascension de l'un étant l'assomption de l'autre.

Sur la résolution du conflit éthique/esthétique:

Le conflit de l'esthétique et de l'éthique est le champ de prédilection de la vision naïve et inauthentique, celui qui lui fournit ses alibis les plus subtils. Il ne peut être résolu que par le pouvoir-être christique. C'est que le Christ est en effet non-consolation et non-compensation. Il ne veut pas la vérité par dépit de la beauté, ou inversement la beauté par dépit de la vérité, il veut la vérité et la beauté ensemble, et non l'illusion d'un échange d'illusions. La résolution christique transcende les deux champs de l'éthique et de l'esthétique et ne peut être, au sens étymologique du mot, que religieuse (religio, ce qui relie), c'est-à-dire intégrante.
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Sur le clitoris :

On sait d'ailleurs que chaque organe sexuel, mâle ou femelle, contient à l'état "régressif" la trace du sexe opposé. Ainsi le clitoris est, dans l'organe femelle, la trace de l'organe mâle, mais la plus grande erreur serait de croire que cette présence soit évanouissante et tende à la disparition, même si à la limite le clitoris se réduit à un point : de même que les éléments abyssaux des choses sont les supports de leur intensification en sur-chose et que toute "régression" exhausse en réalité le fond de la mer, de même la sensibilité et l'importance du clitoris sont intensifiées par sa régressivité même. Placé comme il l'est dans la zone vaginale, on ne saurait mieux comparer le clitoris qu'à ce point blanc du Yin-Yang annonçant la mutation de la zone noire dont il occupe le centre, et le clitoris apparaît donc chez la femme "normale" comme étant d'essence cérébrale active, il sera même le siège d'une sensibilité d'autant plus vivre qu'il s'effacera en apparence davantage. En d'autres termes, disparaissant en tant qu'organe mâle et "se réduisant" à un point. il est le siège d'un maximum de masculinité.
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Sur la dichotomie femme normale/femme virile :

C'est ici cependant qu'apparaît la différence fondamentale entre la femme normale et la femme dite virile, munie d'un cerveau mâle. C'est que la femme normale ne peut pas se contenter de la caresse et appelle en plus la possession, tandis que la femme dite virile finit par connaître sous la caresse une jouissance paroxystique, la jouissance clitoridienne, c'est-à-dire, pour elle, une jouissance invertie. La caresse clitoridienne, qui veut se suffire dans ce cas à elle-même, résulte pour la femme dite virile d'une parodie de possession rendant inutile la possession véritable.
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Sur la dichotomie homme/femme :

La prostitution apparaît ainsi comme l’expression de la plus haute essence et de la plus intime prédilection de la féminité, mais, en conformité de l’essence spatiale de la femme, on constate que cette vocation est aussi l’expression même de l’ampleur. Tandis que le cerveau de l’homme normal, qui passe de la dualité à l’unité, va de la gnose à la mystique intégrant la gnose, le cerveau de la femme normale, qui va de l’unité à la division, suit le chemin inverse.
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Sur la prêtrise et la femme :

Naturellement et originellement mystique, la femme aspire à la gnose, mais les mots dont elle s'y sert lui viennent du dehors, et le dernier d'entre eux, celui de jouissance, qui devrait s'effacer avec elle dans l'état de communion de la fin, lui sert pour maintenir le besoin de multiplicité dans le monde, même quand elle y est l'autel de la plus haute unité. Telles sont les limites de sa "prêtrise" et telle est par conséquent la loi de son exclusion de la prêtrise réelle : elle est l'autel nécessaire au prêtre, non le prêtre.
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Sur l'amitié féminine :

On dit assez communément que l'amitié entre femmes est presque impossible : c'est que les femmes, dont la vie est juxtaposition de détails, ne se passent rien, même pas les détails, car leur vie en est faite. Ne reliant rien, elles donnent trop d'importance à tout.
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Sur Proust :

Aussi, chez Proust, l'essence du temps retrouvé reste-t-elle celle d'une vaine et sommaire répétition, sans acquis ni présence intérieure, et son pathétique dissolvant, son entropie poétisée, sont-ils en effet le fait d'un névropathe condamné à émietter le temps pour ne pas s'avouer qu'il est émietté par lui. Proust fut ce névropathe : un attentif délirant, un attentif à des riens, le comble de la minutie vide. Aussi sert-il de révélateur à l'esthétique homosexuelle de l'époque. Ces phrases qui n'en finissent plus et où la sinuosité et la souplesse du trait cherchent à parer la confusion du prestige de l'indéfini et du perpétuel, ce miroitement de formes vides sur lesquelles l'accumulation en quelque sorte photographique des détails immédiats et l'abondance et l'incohérence des images déroutent le regard dans une sorte d'énervement sodomique, ne sont que des instruments de vampirisation au service des masochistes de l'envoûtement. On comprend que beaucoup de ces "artistes" finissent par prendre de l'opium : c'est plus franc.
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Citation de Novalis
Sur Proust :
Aussi, chez Proust, l'essence du temps retrouvé reste-t-elle celle d'une vaine et sommaire répétition, sans acquis ni présence intérieure, et son pathétique dissolvant, son entropie poétisée, sont-ils en effet le fait d'un névropathe condamné à émietter le temps pour ne pas s'avouer qu'il est émietté par lui. Proust fut ce névropathe : un attentif délirant, un attentif à des riens, le comble de la minutie vide. Aussi sert-il de révélateur à l'esthétique homosexuelle de l'époque. Ces phrases qui n'en finissent plus et où la sinuosité et la souplesse du trait cherchent à parer la confusion du prestige de l'indéfini et du perpétuel, ce miroitement de formes vides sur lesquelles l'accumulation en quelque sorte photographique des détails immédiats et l'abondance et l'incohérence des images déroutent le regard dans une sorte d'énervement sodomique, ne sont que des instruments de vampirisation au service des masochistes de l'envoûtement. On comprend que beaucoup de ces "artistes" finissent par prendre de l'opium : c'est plus franc.

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