Mon premier topic histoire de l'année 2022. Bonne lecture.
Pour devenir citoyen dans l'Athènes du Ve siècle avant J.-C., il ne suffisait pas de naître de deux parents athéniens. Loin d'être immédiate, l'acquisition de la citoyenneté s'effectuait par étapes et il fallait régulièrement fournir des preuves de bonne naissance. C’est ce long processus rituel et juridique qui est l'objet du topic.
Tout commence avec la naissance. Si le père décide de ne pas abandonner l'enfant à la mort dans un coin reculé du territoire (souvent en raison des infirmités du nourrisson, parfois faute de moyens pour l'élever), il le prend dans ses bras et court autour du foyer de la maison : c'est la fête des Amphidromies, du grec "amphi" (autour) et "dromos" (course).
Ces Amphidromies marquent la reconnaissance paternelle de l'enfant et c'est alors que l'on accroche un signe sur la porte d'entrée pour indiquer aux passants le sexe du nouveau-né -un brin de laine si c'est une fille, un rameau d'olivier pour un garçon.
Source : Platon, Théétète
http://remacle.org/bloodw[...]laton/cousin/theetete.htm
Peu de temps après (le dixième jour, le septième selon Aristote, Histoire des animaux), l'enfant reçoit un nom lors d'une nouvelle fête (dékatè), en puisant dans le répertoire onomastique de la famille : le fils aîné prend souvent le nom du grand-père paternel, le deuxième celui du grand-père maternel, et ainsi de suite ; il en va de même pour les filles, selon une logique symétrique.
Source : Aristote, Histoire des animaux
http://remacle.org/bloodw[...]Aristote/tableanimaux.htm
À l'âge de trois ou quatre ans, le jeune garçon est présenté à la phratrie (subdivision de la cité qui réunissait des citoyens se reconnaissant un ancêtre commun) de son père. Ponctuée par un sacrifice, cette étape est une reconnaissance sociale de l'enfant qui intègre alors le groupe des Athéniens "par les ancêtres". Le même rituel concernait sans doute aussi les jeunes filles car dans un plaidoyer de l'orateur Isée, les membres de la phratrie d'un certain Pyrrhos sont ainsi invités à témoigner que celui-ci n'a jamais présenté sa fille putative devant eux et ne I'a donc pas reconnue comme sa légitime héritière.
Source : Isée, Plaidoyer sur la succession de Pyrrhos
http://remacle.org/bloodw[...]rateurs/isee/pyrrhus1.htm
Au moment de la puberté, les filles et les garçons ne sont plus traités de la même façon. Les garçons sont présentés à nouveau dans la phratrie de leur père, à l'occasion de la grande fête des Apatouries. Le rituel comportait en particulier l'offrande d'une mèche de cheveux et le partage d'un banquet, sanctionnant l'entrée du jeune homme dans la "communauté des frères (phratères)" athéniens.
Source : Xénophon, Helléniques
http://remacle.org/bloodw[...]iens/xenophon/hellen1.htm
Rien de tel n'avait lieu pour les filles qui, à peu près au même âge, étaient souvent données en mariage. Mais les noces valaient, d'une certaine façon, comme reconnaissance de la naissance légitime de la jeune fille : lors de la cérémonie, les mariés étaient présentés, à l'occasion d'un sacrifice suivi d'un banquet, à la phratrie de l'époux (qui était bien souvent la même que celle du père de l'épouse dans la mesure où, à Athènes, l'on se mariait souvent entre proches). Cette présentation solennelle était une façon de faire valider devant témoins la bonne qualité des deux mariés et, en particulier, de l'épouse.
Source : Xénophon, Economique
http://remacle.org/bloodw[...]/xenophon/economique2.htm
Pour finir, les garçons, et uniquement eux (les filles étaient exclues de la citoyenneté), étaient l'objet d'un dernier contrôle à l'âge de 18 ans, puisqu'ils devaient à nouveau attester la légitimité de leur naissance devant l'assemblée des démotes. Au terme de l'examen, ils étaient inscrits sur le registre du dème (circonscription administrative systématisée par la réforme de Clisthène), et pouvaient désormais participer aux délibérations communes et prétendre à l'exercice des magistratures - du moins pour celles qui ne comportaient aucun critère d'âge (les fonctions d’héliaste et de bouleute étaient accessibles qu'à partir de l'âge de trente ans).
Source : Aristote, Constitution d'Athènes
http://remacle.org/bloodw[...]ristote/constitution1.htm
Après l'enregistrement sur le registre du dème et pour éviter les fraudes, les nouveaux citoyens devaient se présenter au Bouleuterion, devant le Conseil des Cinq-Cents qui procédait à l’examen de docimasie afin de vérifier le droit à la citoyenneté. Le citoyen devait, bien sûr, accomplir une initiation civique et militaire : l'éphébie. A l'issue de cette période, il devenait citoyen à part entière et le restait à vie (sauf en cas de privation des droits civils et politiques, que l’on appelait "atimie").
Source : Aristote, Constitution d'Athènes
http://remacle.org/bloodw[...]te/constitution1.htm#XLII
Sources :
Aristote, Constitution d'Athènes.
Aristote, Histoire des animaux.
Isée, Plaidoyer sur la succession de Pyrrhos.
Platon, Théétète.
Xénophon, Economique.
Xénophon, Helléniques.
D'après Vincent Azoulay (dir.), La Documentation photographique, n° 8111. "Athènes : citoyenneté et démocratie au Ve siècle avant J.-C.", 2016.
Pour devenir citoyen dans l'Athènes du Ve siècle avant J.-C., il ne suffisait pas de naître de deux parents athéniens. Loin d'être immédiate, l'acquisition de la citoyenneté s'effectuait par étapes et il fallait régulièrement fournir des preuves de bonne naissance. C’est ce long processus rituel et juridique qui est l'objet du topic.
Tout commence avec la naissance. Si le père décide de ne pas abandonner l'enfant à la mort dans un coin reculé du territoire (souvent en raison des infirmités du nourrisson, parfois faute de moyens pour l'élever), il le prend dans ses bras et court autour du foyer de la maison : c'est la fête des Amphidromies, du grec "amphi" (autour) et "dromos" (course).
Ces Amphidromies marquent la reconnaissance paternelle de l'enfant et c'est alors que l'on accroche un signe sur la porte d'entrée pour indiquer aux passants le sexe du nouveau-né -un brin de laine si c'est une fille, un rameau d'olivier pour un garçon.
Source : Platon, Théétète
http://remacle.org/bloodw[...]laton/cousin/theetete.htmPeu de temps après (le dixième jour, le septième selon Aristote, Histoire des animaux), l'enfant reçoit un nom lors d'une nouvelle fête (dékatè), en puisant dans le répertoire onomastique de la famille : le fils aîné prend souvent le nom du grand-père paternel, le deuxième celui du grand-père maternel, et ainsi de suite ; il en va de même pour les filles, selon une logique symétrique.
Source : Aristote, Histoire des animaux
http://remacle.org/bloodw[...]Aristote/tableanimaux.htmÀ l'âge de trois ou quatre ans, le jeune garçon est présenté à la phratrie (subdivision de la cité qui réunissait des citoyens se reconnaissant un ancêtre commun) de son père. Ponctuée par un sacrifice, cette étape est une reconnaissance sociale de l'enfant qui intègre alors le groupe des Athéniens "par les ancêtres". Le même rituel concernait sans doute aussi les jeunes filles car dans un plaidoyer de l'orateur Isée, les membres de la phratrie d'un certain Pyrrhos sont ainsi invités à témoigner que celui-ci n'a jamais présenté sa fille putative devant eux et ne I'a donc pas reconnue comme sa légitime héritière.
Source : Isée, Plaidoyer sur la succession de Pyrrhos
http://remacle.org/bloodw[...]rateurs/isee/pyrrhus1.htmAu moment de la puberté, les filles et les garçons ne sont plus traités de la même façon. Les garçons sont présentés à nouveau dans la phratrie de leur père, à l'occasion de la grande fête des Apatouries. Le rituel comportait en particulier l'offrande d'une mèche de cheveux et le partage d'un banquet, sanctionnant l'entrée du jeune homme dans la "communauté des frères (phratères)" athéniens.
Source : Xénophon, Helléniques
http://remacle.org/bloodw[...]iens/xenophon/hellen1.htmRien de tel n'avait lieu pour les filles qui, à peu près au même âge, étaient souvent données en mariage. Mais les noces valaient, d'une certaine façon, comme reconnaissance de la naissance légitime de la jeune fille : lors de la cérémonie, les mariés étaient présentés, à l'occasion d'un sacrifice suivi d'un banquet, à la phratrie de l'époux (qui était bien souvent la même que celle du père de l'épouse dans la mesure où, à Athènes, l'on se mariait souvent entre proches). Cette présentation solennelle était une façon de faire valider devant témoins la bonne qualité des deux mariés et, en particulier, de l'épouse.
Source : Xénophon, Economique
http://remacle.org/bloodw[...]/xenophon/economique2.htmPour finir, les garçons, et uniquement eux (les filles étaient exclues de la citoyenneté), étaient l'objet d'un dernier contrôle à l'âge de 18 ans, puisqu'ils devaient à nouveau attester la légitimité de leur naissance devant l'assemblée des démotes. Au terme de l'examen, ils étaient inscrits sur le registre du dème (circonscription administrative systématisée par la réforme de Clisthène), et pouvaient désormais participer aux délibérations communes et prétendre à l'exercice des magistratures - du moins pour celles qui ne comportaient aucun critère d'âge (les fonctions d’héliaste et de bouleute étaient accessibles qu'à partir de l'âge de trente ans).
Source : Aristote, Constitution d'Athènes
http://remacle.org/bloodw[...]ristote/constitution1.htmAprès l'enregistrement sur le registre du dème et pour éviter les fraudes, les nouveaux citoyens devaient se présenter au Bouleuterion, devant le Conseil des Cinq-Cents qui procédait à l’examen de docimasie afin de vérifier le droit à la citoyenneté. Le citoyen devait, bien sûr, accomplir une initiation civique et militaire : l'éphébie. A l'issue de cette période, il devenait citoyen à part entière et le restait à vie (sauf en cas de privation des droits civils et politiques, que l’on appelait "atimie").
Source : Aristote, Constitution d'Athènes
http://remacle.org/bloodw[...]te/constitution1.htm#XLIISources :
Aristote, Constitution d'Athènes.
Aristote, Histoire des animaux.
Isée, Plaidoyer sur la succession de Pyrrhos.
Platon, Théétète.
Xénophon, Economique.
Xénophon, Helléniques.
D'après Vincent Azoulay (dir.), La Documentation photographique, n° 8111. "Athènes : citoyenneté et démocratie au Ve siècle avant J.-C.", 2016.





j'ajoute que la guerre du Péloponnèse a mis la cité dans d'autres grandes difficultés. Par exemple, rien que l'expédition de Sicile (415-413 av JC) à couté la vie à 10 000 citoyens. 





