>>Diacosme
Pessimiste mais pas si faut.
Pour moi, la décadence désigne surtout l'incapacité spontanée à être violent et cruel envers soi-même comme envers les autres quand il s'agit d'harmoniser, de synthétiser et d'ordonner les désordres, les excès et la violence de ses instincts. La décadence est à l'opposée de la notion de grand style et de "grande santé" : le grand style étant cette capacité à ordonner phrases, mots et parties en un tout, à spiritualiser activement les instincts sans les réprimer, sans faire de la raison un tyran sous couvert d'un impératif moral et d'une foi sectaire en la logique.
La "grande santé" consistant à agir ses réactions, à surmonter ses instants de lassitude généralisée de la vie, de dégoût de soi et des autres. Toute désorganisation morbide ou défaut de maîtrise spontanée et harmonieuse des "instincts" est une faiblesse, un manque de sûreté du corps, une pathologie réactive du corps qui ne sait plus agir ses réactions mais seulement les subir.
De loin en loin ce rapport pathologique au corps se répercute dans toutes les idéologies "anti-naturelles" et post-modernes, dans la haine de ce qui met en forme, de ce qui incarne le commandement, la hiérarchie et les institutions qui "filtrent" le devenir : qu'il s'agisse de l'anarchisme, du démocratisme égalitaire ou du neo-libéralisme promouvant un flux sans aucune forme essentialisée.
Pire encore, notre pédagogie est entièrement décadente, aussi appellée "socio-constructiviste" : camouflée sous la bannière d’une "amélioration" morale et républicaine de l’homme, arrachant de l'éducation toute tension à la Forme au profit de l'adaptation de l'élève, on ne fait que le domestiquer ; autrement dit, on transforme les natures énergiques et passionnées en bêtes de troupeau laborieuses, dociles et médiocres.
Avant, c’est la caste sacerdotale qui s’est chargée de cette domestication systématique. Aujourd'hui, c'est la caste des prêtres laïcards et démocratiques, des gauchistes pleins de "bienveillance". Ne disposent-ils pas, l'un comme l'autre, avec leur idéologie du péché (dans la chair pour les Chrétiens, sur le double plan racial et sociologique pour les socio-constructivistes), de l’attirail psychologique indispensable ? Assurément. Car "l’homme rendu inoffensif, faible envers soi-même et envers les autres, abîmé dans l’humilité, la modestie, conscient de sa faiblesse, le “pécheur” – voilà le type désirable, celui aussi que l’on peut produire grâce à quelque chirurgie de l’âme"...
Pessimiste mais pas si faut.