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Le mariage fut longtemps, et dans la quasi-totalité des civilisations, un contrat avant d’être un sentiment. Deux êtres complémentaires s’engageaient l’un envers l’autre, devant leurs proches et devant la communauté, pour la vie, afin de bâtir ensemble ce qu’aucun des deux ne pouvait bâtir seul : une famille. L’amour a certes toujours existé, mais en marge de l’institution, comme un heureux supplément et non comme sa condition. En faire le fondement unique du mariage est une idée très récente, et l’on peut se demander si elle a tenu ses promesses. Car un sentiment est changeant par nature, alors qu’un contrat engage.

Or une société saine repose sur des bases saines, et la famille est la première d’entre elles. C’est en son sein que l’enfant apprend la confiance, l’autorité, la loyauté, le sacrifice, tout ce qu’aucune institution ne saurait enseigner aussi bien. Il s’y construit entre deux pôles, le référentiel masculin et le référentiel féminin, qui ne se substituent pas l’un à l’autre mais se complètent. De nombreux travaux convergent d’ailleurs sur ce point : des méta-analyses ont conclu que les enfants de parents divorcés présentent davantage de difficultés comportementales, de symptômes d’inadaptation psychologique et de moins bons résultats scolaires que les enfants de familles intactes, et ces risques peuvent perdurer jusqu’à l’âge adulte.

C’est pourquoi le divorce de confort, celui que l’on choisit parce que l’union ne comble plus, et non parce qu’elle devient dangereuse, est une faute sociale autant qu’un échec privé. Il sacrifie la stabilité de l’enfant à l’épanouissement supposé des adultes. Il brise une dynamique de construction qui ne peut s’accomplir que sur le temps long, celui d’une vie entière, et qui engage aussi les grands-parents. Leur présence, leur mémoire et leur autorité tranquille sont un maillon essentiel de la transmission, et une jeunesse qui grandit sans cette continuité entre les générations grandit privée d’un de ses appuis les plus solides.