Citation de Areum
Le téléphone sonne, Léandre se hâte à répondre, des chiffres des mots incompréhensibles et mathématiques sortent de l'appareil, le jeune homme note tout, chiffonne frénétiquement son papier, note à nouveau. Il est assis sur ce bureau métallique depuis des heures et les téléphones sonnent, la pièce est sombre, il doit faire nuit. Il n'est pas seul, on entend les murmures des autres employés qui comme un vent du nord, claquent les portes. Résonnent des bruits de pas à l'étage, un marteau viril lance des hurlements angoissants, ce doit être le patron. Une pluie verte et insensée s'abat sur la fenêtre, ces barreaux démoniaques chutent de leurs nuages pour entourer l'établissement. Seule, une pauvre lampe jaune inonde de son mieux le gris de la prison qui étouffe le travailleur sur sa chaise électrique. Les téléphones sonnent, des bras mécaniques décrochent les machines infernales, on colle les hauts parleurs aux tympans du malheureux, souvent cinq à la fois. Les mathématiques bourdonnent dans son cerveau, il ne peut pas s'allonger sur la table, son corps est soudé au dossier, il ne peut pas bouger, ses jambes sont collées entre elles, et ses bras sont cousus avec le clavier. Une nuit infinie comme celle-là attend l'homme qui n'est plus qu'un rouage de la machine.
Un jour il se brise, des camions passent prendre sa carcasse pour la jeter aux ordures, le malade remue encore dans son corps désarticulé, il vit encore, plus pour longtemps. S'allume le temps d'un instant, la partie de son cerveau responsable des souvenirs, sa mémoire jetable grésille doucement, ronronne les dessins amères d'un pays d'espoir qui ranime la douce lueur verte des yeux de Léandre, une dernière fois, comme s'il avait vu, comme s'il avait tout vu.~~
J'aime bien mine de rien