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Deux phases à mon sens.

:d) 1ère phase

Elle date des années 1870 et est motivée par la crainte de voir le pays sombrer face aux intérêts étrangers. Pour résister aux étrangers et ne pas finir en coupe réglée comme la Chine (ou même le Maroc à la fin du XIXe siècle, dont l'économie fut tenue par la France et l'Espagne), le Japon a emprunté à l'Europe son organisation économique et politique. En substituant à l’organisation archaïque de l'industrie et du commerce, une organisation calquée sur l'organisation européenne.

C’est la fameuse occidentalisation : https://en.wikipedia.org/wiki/Bunmei-kaika
Apercite https://en.wikipedia.org/wiki/Bunmei-kaika


Sur le plan administratif, elle s’est traduite par l’abolition du régime féodal, la création de titres de noblesse nouveaux accordés aux fonctionnaires, l’égalité devant la loi, les daimyos sont remplacés par des préfets révocables, les rédactions de codes pour les entreprises, l’adoption du calendrier européen…

Au niveau économique : adoption du yen (nouvelle monnaie), création des sociétés commerciales, des bourses de commerces, des ports modernes (Yokohama), des chemins de fer, une marine, des usines, télégraphes, exploitations minières, appel à des missions étrangères (+ de 3000 experts étrangers : https://en.wikipedia.org/[...]t_advisors_in_Meiji_Japan
Apercite https://en.wikipedia.org/wiki/Foreign_government_advisors_in_Meiji_Japan
), les étudiants envoyés en Europe, création d'écoles, d'universités, armée organisée à l'Allemande et à la Française (Chanoine, futur ministre de la guerre en France), marine également (Bertin), service militaire obligatoire…

Faute d'argent, la majeure partie a d'abord été cédé à des particuliers pour permettre l'afflux des capitaux. De nombreux anciens daimyos vont également investir dans les industries émergentes et fonder des sociétés. Tous ces capitaux seront renforcées plus tard par l'énorme indemnité chinoise (guerre des Boxers) et les bénéfices réalisés pendant la Première Guerre mondiale.

Par ailleurs, grâce à son prestige, l’armée va dicter une partie de la politique d'industrialisation, d'où le développement rapide de l'armée et de la flotte japonaise (aidé par les missions françaises et allemandes), récompensée par sa victoire contre la Russie. C'est le début du complexe militaro-industriel japonais.

La flotte est également modernisée, au sortir de la Première Guerre mondiale, la flotte japonaise est presque équivalente à la France en terme de tonnage (source : La Revue universelle de mars 1923, page 621, que j'ai déjà cité dans mes sources) :

https://i.imgur.com/llp6geus.png

+ Le Japon n’est pas un pays naturellement riche, c’est un pays pauvre en terre arable et en matières premières mais au XIXe siècle, sa population très dense et toujours croissante (excédent de naissance, contrairement à ses voisins) a fourni une main-d’œuvre agricole puis un prolétariat industriel surabondant, très bon marché, discipliné et industrieux qui lui ont permis de produire en abondance coton, ciment, soie artificielle (aidé par la crise de la soie en Europe), fabriques de conserves en premier lieu.

Tous ces éléments ont fait que le pays est passé de pays insulaire à pays conquérant.

Cette surpopulation des campagnes, dans un pays dont les terres cultivables sont limitées (même si l’agriculture nourrie la population, grâce à l’utilisation massive des engrais), a produit une classe de ruraux misérables mais abondante et bon marché, dont une partie a fui les campagnes pour les villes (comme en Europe au début du XIXe siècle), ce qui a permis à l'industrie japonaise de concurrencer les industries européennes, sans que cette main d'œuvre soit en état de débattre les salaires et encore moins former un prolétariat intellectuel dans un premier temps.

Dans un second temps, les élites et industriels japonais, ont très vite compris les risques de maintenir une population trop miséreuse et ont légiféré sur le droit de grève, l'interdiction du travail des jeunes filles, les réglementations relatives aux accident du travail, aux maladies, la journée de 9h, le tout pour une population habituée aux standard de vie rudes (très peu de grèves donc, comparée à l'Europe).

:d) Seconde phase

La seconde phase commence à partir de la fin des années 1920 avec le développement de l'industrie lourde moderne, le renforcement du complexe militaro-industriel japonais, qui s’est opérée grâce à une combinaison de technique industrielle moderne et un cadre social traditionnel, renforcée par le dirigisme de l’État dans les industries à haute valeur ajoutée (dominées par les zaibatsus).

Pour éviter la concurrence, considérée comme une menace pour l’intérêt général, l’État (par des décrets impériaux) a demandé aux zaibatsus de respecter scrupuleusement les objectifs et règles de productions, en échange d’avantages (loi de 1925).

Grâce à cette combinaison, une grosse industrie de + en + concentrée et une petite industrie de type familiale ont pu coexister, mais sous la surveillance rigoureuse de l'État, avec des industries modernes localisées dans les grands ports (Osaka, Tokyo, Nagoya et Yokohama) pour les exportations, sur les régions minières pour la production, et les industries traditionnelles ont été dispersées dans tout le pays pour maintenir une industrie dans tout le territoire, capable d’écouler ses productions en Chine, aux USA, en Europe et dans son marché intérieur.

Le pays n'a pas de charbon ni de pétrole (qui se trouve en Mandchourie et en Corée, d’où l’importance de ces régions pour le Japon) mais a réussi à pallier cette insuffisance par un réseau hydro-électrique efficace et facile à électrifier du fait que la population est serrée, à cause du relief montagneux.

La production, la distribution et la banque sont dominées par les groupes géants comme Mitsui, Mitsubishi, Sumitomo et Yasuda, encouragés par l'État et qui ont fini par étouffer les pme.

Le point culminant de cet étouffement des pme date des années 1940, quand les petites industries familiales se feront pazifiées pendant la Seconde Guerre mondiale, l'État se concentrera sur le tissu des zaibatsus, moins réticents à une politique dirigiste.

Le développement de l'industrie auto est également un des points essentiel de cette seconde phase d'industrialisation, je pense à Toyoda, futur Toyota, dont le fondateur a mis en place le principe du juste-à-temps : https://fr.wikipedia.org/[...]e-%C3%A0-temps_(gestion),
Apercite https://fr.wikipedia.org/wiki/Juste-%C3%A0-temps_(gestion),
je pense au succès de la Toyota AA.

Pour maintenir une armée de qualité l’industrie de la soie et l’industrie alimentaire vont se faire supplanter par l’industrie métallurgique et chimique.

Le Japon à partir des années 1930 a également bonifié ses exportations par sa flotte, ses banques, et ses assurances de qualité et bon marché, avec des coûts moindres pour un grand nombre de clients et fournisseurs, pour des produits et des offres fiables. Ce qui a élevé le pays en grande puissance commerciale juste avant la guerre grâce à la multiplication de ses clients (chinois et américains avant tout).

Je ne vais même pas parler de la crise de 1929, le Japon ne l'a quasiment pas sentie grâce à sa politique habile. Pour les sources, je te conseille l'Atlas du Japon que j'ai mentionné : https://www.abebooks.com/[...]SEN-Marius/31153463852/bd
Apercite https://www.abebooks.com/first-edition/Atlas-Japon-COLLCUTT-Martin-JANSEN-Marius/31153463852/bd


C'est toute une collection (j'ai l'Atlas du Judaïsme, du monde grec, du monde romain, de la Mésopotamie...), tu as tout dans cet Atlas.

Ça date certes d'il y a 30 ans, pas actualisé donc, mais c'est bien présenté, et surtout bien documenté avec une centaine de cartes, de graphiques et d'illustrations, de statistiques économiques, et ça se lit facilement.

À côté, les minables atlas actuels des éditions Autrement c'est du pipi de chat, je suis étonné qu'on ne face plus des Atlas de cette trempe (sauf dans le monde anglo-saxon), on pourrait au moins faire l'effort d'en traduire.
#18861358