Déjà répondu une fois. La société musulmane en Inde s'est construite par le biais de quatre processus : la conquête, la conversion, la colonisation et la migration qui ont buté sur le poids démographique de l'Inde (que les musulmans appelaient "Hind" ) mais également sur le fait que l'islam remet radicalement en cause l'ordre social dans le pays.
D'où une plus forte résistance des populations qui ont plus ou moins refusé les nombreux accommodements des princes musulmans. L'arrivée massive des migrants musulmans et les massacres sous les Mogols n'ont jamais jugulé la démographie hindoue et le système de caste dans le centre et le sud.
Pour comprendre ces accommodements, ces résistances et cette violence, quelques points me semblent important à expliquer.
Les premières incursions en Inde datent du VIIIe siècle. Les Omeyyades ont envahi le Sindh pour mettre fin à la piraterie qui coupait les routes du commerce régulier. Après quelques batailles menées notamment par le (jeune) général Muhammad ibn al-Qasim et dont je passe les détails (que j'ai cartographié d'ailleurs) les Omeyyades se sont rendus compte de l'immense démographie du pays et de l'importante population "idolâtre". Les Omeyyades ont donc été confrontés à une situation nouvelle, dans un territoire vide de chrétiens et de juifs, et donc, par conséquent, non soumis à l'impôt.
Si vous souhaitez aller plus loin sur la conquête du Sindh :
https://referenceworks.br[...]+b.+al-%E1%B8%B2%C4%81sim
Très vite les ulemas ont statufié et on considéré ces hindous du Sindh comme des "ahl al-Kitab", (gens du Livre) afin que ces populations puissent être soumises à l'impôt comme les dhimmis. Mais lorsque le contrôle politique des Omeyyades s'est affaibli au Sindh, elles sont retournées à leurs croyances d'origine. Ces détails sont relatés par les géographes arabes et le Chach Nama, un recueil persan du XIIIe siècle à partir de vieux manuscrits qui relatent l'histoire du Sindh.
En bref, la conversion n'était pas l'objectif principal des gouverneurs musulmans. Pour appuyer ce constat, le géographe arabe al-Maqdisi mais aussi al-Biruni ont constaté qu'au Xe siècle, l'impact de l'Islam était confiné à quelques villes seulement. Dans la plupart des régions, les gens n'étaient musulmans que de nom.
Un premier tournant s'amorce au Xe siècle avec l'établissement de l'emprise ghaznévide sur le Pendjab qui a relié l'Inde aux centres culturels de l'Orient médiéval.
La véritable croissance de la société indo-musulmane a eu lieu après la conquête du nord de l'Inde par les Ghorides afghans mais comme le rapporte ibn Battuta, la démographie hindoue était tellement importante que les avantages décrétés par les princes musulmans ne pouvaient guère inciter à changer de foi. La société musulmane s'est d'abord développée en Inde grâce aux conversions qui ont eu lieu à l'échelle locale des tribus, et souvent grâce à la persuasion des mystiques musulmans qui avaient une vision plus tolérante de l'hindouisme.
Par ailleurs, les premiers musulmans ignoraient quasiment tout du principe des castes. C'est seulement au Xe siècle que les savants et mystiques vont commencer à s'y intéresser pour mieux cibler les conversions. Pour les curieux, on peut retrouver ces descriptions des castes dans l’œuvre d'al-Biruni.
Si vous souhaitez aller plus loin, quelques extraits des travaux d'al-Biruni sur l'Inde du Xe siècle :
http://remacle.org/bloodw[...]f/arabe/albiruni/inde.htm
Lorsque les musulmans ont ciblé et conquis ces villes de castes, ils ont ouvert leurs portes à tout le monde, si bien que les principes "égalitaires" de l'islam ont attiré un grand nombre d'hindous hors castes et de corps de métier dans le giron de l'islam. C'est cette conversion à l'islam de la population des castes inférieures qui a fait croître la société musulmane dans le nord du pays.
Ces conversions ont eu lieu car les mystiques musulmans ont traité le problème de la conversion avec bienveillance. En effet, ils n'exigeaient pas de conversions formelles, leur enseignaient l'islam sans exiger de pré-requis, et lorsqu'un Hindou souhaitait que la conversion ne soit pas révélée à sa famille ou à sa tribu, ils acceptaient volontiers. Cette attitude sympathique et compréhensive renforçait l'effet de leur persuasion.
Plus tard, les sources mogoles (l'Akbarnama de Abu al-Fadl ou encore l’œuvre de Dara Shikoh) vont déplorer cette politique trop pacifiste de leurs prédécesseurs, en plus de les décrire de façon très précise.
Pour aller plus loin, une table des matières et une traduction de l'Akbarnama en anglais :
http://www.columbia.edu/i[...]links/abulfazl/index.html
https://archive.org/detai[...]/n7/mode/1up?view=theater
En outre, au cours du XIIe et XIIIe siècle, la pression démographique et les troubles en Asie centrale et en Perse ont poussé un grand nombre de familles musulmanes à se rendre en Inde. Plus tard, les souverains afghans ont invité de nombreuses familles afghanes à venir s'installer en Inde. De nombreuses familles chiites ont émigré de Perse et se sont installées dans le sud du pays. Le processus d'installation des musulmans sous les raja hindous, qui avait commencé avec les Arabes, s'est également poursuivi plus tard.
Le second tournant date du XVIe siècle avec les Mogols. Ils vont imposer le persan et l'ourdou, répandre l'islam par la force, les "idolâtres" n'auront le choix qu'entre la conversion et la mort ou l'esclavage, les temples seront détruits et remplacés par des mosquées. Cependant, les hindous n'étaient pas écartés du pouvoir et il a existé des soldats, administrateurs et des princes, mais l'islam ne pénétrera pas en profondeur le sud du pays du fait qu'il était encore au XVIIe et XVIIIe siècle un terreau hindou (l'État marathe).
D'où une plus forte résistance des populations qui ont plus ou moins refusé les nombreux accommodements des princes musulmans. L'arrivée massive des migrants musulmans et les massacres sous les Mogols n'ont jamais jugulé la démographie hindoue et le système de caste dans le centre et le sud.
Pour comprendre ces accommodements, ces résistances et cette violence, quelques points me semblent important à expliquer.
Les premières incursions en Inde datent du VIIIe siècle. Les Omeyyades ont envahi le Sindh pour mettre fin à la piraterie qui coupait les routes du commerce régulier. Après quelques batailles menées notamment par le (jeune) général Muhammad ibn al-Qasim et dont je passe les détails (que j'ai cartographié d'ailleurs) les Omeyyades se sont rendus compte de l'immense démographie du pays et de l'importante population "idolâtre". Les Omeyyades ont donc été confrontés à une situation nouvelle, dans un territoire vide de chrétiens et de juifs, et donc, par conséquent, non soumis à l'impôt.
Si vous souhaitez aller plus loin sur la conquête du Sindh :
https://referenceworks.br[...]+b.+al-%E1%B8%B2%C4%81simTrès vite les ulemas ont statufié et on considéré ces hindous du Sindh comme des "ahl al-Kitab", (gens du Livre) afin que ces populations puissent être soumises à l'impôt comme les dhimmis. Mais lorsque le contrôle politique des Omeyyades s'est affaibli au Sindh, elles sont retournées à leurs croyances d'origine. Ces détails sont relatés par les géographes arabes et le Chach Nama, un recueil persan du XIIIe siècle à partir de vieux manuscrits qui relatent l'histoire du Sindh.
En bref, la conversion n'était pas l'objectif principal des gouverneurs musulmans. Pour appuyer ce constat, le géographe arabe al-Maqdisi mais aussi al-Biruni ont constaté qu'au Xe siècle, l'impact de l'Islam était confiné à quelques villes seulement. Dans la plupart des régions, les gens n'étaient musulmans que de nom.
Un premier tournant s'amorce au Xe siècle avec l'établissement de l'emprise ghaznévide sur le Pendjab qui a relié l'Inde aux centres culturels de l'Orient médiéval.
La véritable croissance de la société indo-musulmane a eu lieu après la conquête du nord de l'Inde par les Ghorides afghans mais comme le rapporte ibn Battuta, la démographie hindoue était tellement importante que les avantages décrétés par les princes musulmans ne pouvaient guère inciter à changer de foi. La société musulmane s'est d'abord développée en Inde grâce aux conversions qui ont eu lieu à l'échelle locale des tribus, et souvent grâce à la persuasion des mystiques musulmans qui avaient une vision plus tolérante de l'hindouisme.
Par ailleurs, les premiers musulmans ignoraient quasiment tout du principe des castes. C'est seulement au Xe siècle que les savants et mystiques vont commencer à s'y intéresser pour mieux cibler les conversions. Pour les curieux, on peut retrouver ces descriptions des castes dans l’œuvre d'al-Biruni.
Si vous souhaitez aller plus loin, quelques extraits des travaux d'al-Biruni sur l'Inde du Xe siècle :
http://remacle.org/bloodw[...]f/arabe/albiruni/inde.htmLorsque les musulmans ont ciblé et conquis ces villes de castes, ils ont ouvert leurs portes à tout le monde, si bien que les principes "égalitaires" de l'islam ont attiré un grand nombre d'hindous hors castes et de corps de métier dans le giron de l'islam. C'est cette conversion à l'islam de la population des castes inférieures qui a fait croître la société musulmane dans le nord du pays.
Ces conversions ont eu lieu car les mystiques musulmans ont traité le problème de la conversion avec bienveillance. En effet, ils n'exigeaient pas de conversions formelles, leur enseignaient l'islam sans exiger de pré-requis, et lorsqu'un Hindou souhaitait que la conversion ne soit pas révélée à sa famille ou à sa tribu, ils acceptaient volontiers. Cette attitude sympathique et compréhensive renforçait l'effet de leur persuasion.
Plus tard, les sources mogoles (l'Akbarnama de Abu al-Fadl ou encore l’œuvre de Dara Shikoh) vont déplorer cette politique trop pacifiste de leurs prédécesseurs, en plus de les décrire de façon très précise.
Pour aller plus loin, une table des matières et une traduction de l'Akbarnama en anglais :
http://www.columbia.edu/i[...]links/abulfazl/index.html
https://archive.org/detai[...]/n7/mode/1up?view=theaterEn outre, au cours du XIIe et XIIIe siècle, la pression démographique et les troubles en Asie centrale et en Perse ont poussé un grand nombre de familles musulmanes à se rendre en Inde. Plus tard, les souverains afghans ont invité de nombreuses familles afghanes à venir s'installer en Inde. De nombreuses familles chiites ont émigré de Perse et se sont installées dans le sud du pays. Le processus d'installation des musulmans sous les raja hindous, qui avait commencé avec les Arabes, s'est également poursuivi plus tard.
Le second tournant date du XVIe siècle avec les Mogols. Ils vont imposer le persan et l'ourdou, répandre l'islam par la force, les "idolâtres" n'auront le choix qu'entre la conversion et la mort ou l'esclavage, les temples seront détruits et remplacés par des mosquées. Cependant, les hindous n'étaient pas écartés du pouvoir et il a existé des soldats, administrateurs et des princes, mais l'islam ne pénétrera pas en profondeur le sud du pays du fait qu'il était encore au XVIIe et XVIIIe siècle un terreau hindou (l'État marathe).