Sur l'évolution de la place de l'amour chez les couples (en particulier les couples mariés) 
À Versailles, à la cour du Roi-Soleil, des mariés qui osaient des gestes de tendresse, des marques d’amour étaient objets de ridicule. Dans la société moderne, un couple qui avoue que sa liaison repose sur autre chose que l’amour — intérêts, amitié, religion, enfants — est tourné en dérision. Dans la société patriarcale, on séparait, distinguait, divisait. Dans la société féminine contemporaine, on veut recoller les morceaux longtemps épars. Les femmes peuvent enfin réaliser leurs rêves unificateurs, totalisants voire totalitaires, elles veulent tout ensemble : amour, désir, statut. Mariage et plaisir, enfants et romantisme. Tout. La plupart du temps, elles n’ont rien. Qui trop embrasse mal étreint. Les hommes ont désormais fait leur ce discours féminin. Ils veulent eux aussi aimer. Jadis, c’était un discours artificiel qu’ils servaient aux femmes pour les conquérir. Et les mettre dans leur lit. On connaît la blague célèbre : « Les hommes sont prêts à tout pour baiser, même aimer ; les femmes sont prêtes à tout pour être aimées, même baiser. » Blague d’un autre temps, d’un temps et d’un monde viril, dominé par la psyché masculine [...] Ce monde se meurt. Les hommes sont désormais sincères. Aliénés, mais de bonne foi. Ils veulent aimer et désirer ensemble. Ils veulent devenir des femmes comme les autres.
