Topic : « brouillon dites-moi si ça vous plaît »

Avatar de Lucyna Lucyna
Ma très chère mère,
Je ressens pour la première fois le besoin de m’adresser à toi entièrement, j’ai longtemps réfléchi à comment te le formuler, j’ai choisi de le faire par le biais d’une lettre pour que tu ne puisses pas me répondre. Tu penseras peut-être que j’ai peur de toi, que toute cette entreprise est révélatrice de ma lâcheté, que c’est une manière de m’excuser facilement, de me soustraire à la parole. En effet, j’ai longtemps été lâche, mais si je t’impose cette condition, c’est justement parce qu’une conversation ne manifesterait rien de ce que je voudrais t’exprimer. On pourrait croire que dire est honnête, seulement je l’ai compris ici : dire est lâche, car on ne peut pas dire sans mentir. Jamais un prisonnier ne dira sa raison impudiquement sans inventer quelques fables qui la rende plus supportable, c’est seulement en chantant qu’il pourra exprimer son mal véritable. Cette vérité, le criminel la chante avec tout ce qu’il peut, ainsi le mensonge n’intervient que formellement, en substance il révèle la vérité. Parfois nos corps et nos esprits se déploient en chanson, parfois c’est un secret qu’on garde avec nous : la page déchirée d’un livre sous un oreiller, le petit pépin d’une pomme qu’on conserve précieusement sur soi et qu’on emmène partout. Je me retrouve donc incapable de dire ma peine : je ne peux que te la chanter. Je voudrais que tu lises cette lettre comme on écoute un air de musique, et je te demande de ne pas enquêter quant à une supposée mathématique dans la composition, laisse-moi seulement t’animer de ma raison. Si je veux que tu me lises, ça n’est donc pas pour que tu y trouves le sens de mon acte, je te demande ça puisque je suis persuadé que tu le cherches quand tu viens me voir. Une fois par mois, tu es là, muette. Tu évites toujours mon regard, tu observes toujours ces détails : la courbure sèche de mon cou jusqu’à mes oreilles, la cambrure nerveuse de mes mains, toutes ces lignes de ma silhouette qui me distinguent et qui font de mon corps un objet que tu as connu, que tu peux reconnaître. Je pense connaître l’intention de ce regard tourmenté : tu te demandes si je suis toujours ton fils. Si un jour peut-être tu te retrouvais face à des lignes inconnues, une géométrie étrangère, alors tout n’aura été qu’un cauchemar. Seulement tu établis toujours le même constat : derrière ces barreaux se dessine toujours l’ombre de ton enfant. Alors tu reviens le mois prochain, juste assez de temps pour oublier, douter de ta perception, tu reviens pour savoir si c’est vraiment moi. Sache que je me cherche aussi chaque jour, je m’examine, ce visage qui est le mien. Mais j’ai tué un homme maman, tu le sais comme moi, et je ne reviendrai jamais.
#20562120
Avatar de Lucyna Lucyna
Citation de Laplanteverte
Aére le texte c'est épais comme le pong.

bah c'est pas épais c'est juste le premier paragraphe d'une nouvelle, c'est la taille normale

Auto-édit :
Citation de Kaon
Mmmm, nul à chier https://image.noelshack.com/minis/2017/36/3/1504722326-yusuke-3.png

pourquoi ?

Auto-édit :
Citation de GigilDagostino
C’est ton autobiographie c’est ça

tu penses que je suis en prison et que j'ai tué quelqu'un ?
#20562166
Avatar de Lucyna Lucyna
pour moi c'est un mec en prison car il a tué quelqu'un, peut-être que vous avez pensé qu'il s'est tué lui-même ? c'est pas assez clair alors, hmmm

oui car dans le "j'ai tué un homme" vous avez cru qu'il s'était tué l'homme qu'il était

comme quoi l'interprétation...

mais je parlais de criminel etc, d'environnement de prison
Avatar de Lucyna Lucyna
Citation de NeolithicFarmer
la daronne qui va lâcher son meilleur ptdr pas lu

bin l'objectif c'est effectivement qu'elle jette la lettre sans la lire

mais imagine ton fils est en prison car il a tué quelqu'un
#20562247
Avatar de Lucyna Lucyna
Citation de Alcyde
chaud le criminel
le fait de percevoir la lettre comme un air de musique on dirait que y'a des rimes à certains endroits, enfin pas beaucoup mais jsp je m'imagine le truc

❤️❤️❤️
Avatar de Kaon Kaon
Citation de Lucyna
oui mais connard y'a un gap entre nul à chier et james joyce

Réponse de la mère https://image.noelshack.com/minis/2017/36/3/1504722326-yusuke-3.png

[...] Pourquoi tout cela, où, quand, comment, combien de fois, et par quels remèdes ? On t'a élevé, gavé, nourri et engraissé depuis la sainte enfance dans cette île O'Pâques sur le mâchigueulis d'un ciel hilare et tonitruant sur son autre face (ce soir, Butin de toi, qu'erre t-il de toi maintenant, chair comme tu peux !) et maintenant, en vérité, comme un nègre chez les blancs de ce putain de siècle, tu devins la doublante lumière à la face des dieux, caché et découvert, non, sot condamné, anarque, égoarque, hérésiarque, tu as entretenu ton royaume désuni sur le vide de ton âme très-intimement douteuse. Crois tu que tu sois bon à manger, Patatah, maintenant que tu ne sers ni ne laisses servir, pries ni ne laisses prier ?
Écoute, fais-moi cette pitié, faut-il aussi que je me hasarde à prier pour la perte de mon respect de soi, que je m'équipe pour l'horrible nécessité du scandale (mes chères sœurs, êtes-vous prêtes ?) en écartant mon espérance et mes frayeurs lorsque nous nagerons tous de conserve dans le bassin de Sodome ? Je vais trembler pour ma pureté quand il pleureront gravement pour leur péchés. Foin de mots couverts, forgeons de nouveaux Saumons sur les anciens shibboleth ! Tu appelles ça un detail inharmonieux ? Froide chaleur ! Oui ! Victoire ! Maintenant, opprobre des cornemuses souspendues, jean-jacob, n'étant encore qu'adolescent (que dis-je ?), encore puéril dans ton costume sans fond, tu as le beau cadeau d'une seringue autophrase à deux compartiments (tu sais Monsieur Abigot, dans ton être des êtres, à ton coût comme au mien (et ne cherche pas à le cacher) les pénates que je t'ai donné maintenant (et de la sage sorte que tu le devrais) si tu étais d'un trait aussi hardi que le curé qui t'a baptisé, fiston éteins la chandelle !) pour repeupler la terre de ta naissance et compter ta progéniture par centaines et cent mille mais tu as contrarié le pieux vœu de tes parents co-divins, Soph, entre innombrables occasions de chute (car, tu l'as dit, je vais réfuter), ajoutant à la malice de ta transgression, oui, et changeant sa nature, (tu vois j'ai lu la théologie pour toi) alternant la morosité de mes délectations — amours philtré, Tristan de fureurs, petit morceau de Marc — avec sensibilité, responsabilité, passivité et prostabilité, ton alterégal balourd en plaisirs d'une vie mercenaire, repoussant même ton apologie strabistique, quand tu esgribouilles lisiblement déprimé, sur le papier sans défense et par ce moyen ajoutant au malheur déjà régnant sur notre ci-présent monde globuleux !
[...]
#20562280
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