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Chant Deuxième,

Le jour baissait, et l’air obscurci délivrait de leurs fatigues les animaux de la terre ; et moi seul je me préparais à soutenir les épreuves du chemin et de la pitié [1], que retracera ma mémoire qui n’erre point [2].

O Muse, esprit sublime, maintenant aide-moi ! ô mémoire, qui en toi as gravé ce que je vis, ici paraîtra ta noblesse.

Je commençai : — Poète qui me guides, avant de m’engager dans ce difficile passage, regarde si ma force est assez puissante. Tu dis que l’ancêtre de Silvius [3], corruptible encore, alla vers le siècle immortel, et y rentra revêtu du corps. Si l’ennemi de tout mal [4], contemplant les hautes destinées renfermées en lui, qui et quel il était, lui fut propice, rien en cela ne paraît indigne à l’homme d’intelligence [5], à l’égard de celui qui de l’auguste Rome et de son empire fut élu père dans le ciel ; l’un et l’autre, à dire vrai [6], furent établis pour être le lieu saint où siège le successeur du grand Pierre.

Durant ce voyage dont tu le glorifies [7], il entendit des choses qui furent cause de sa victoire et du manteau papal. Puis le vase d’élection [8], monta au ciel pour en rapporter un nouvel appui à cette foi, principe de la voie du salut. Mais moi, pourquoi y viendrais-je ? ou qui le permet ? Je ne suis ni Enée, ni Paul : digne de cela ni moi ni aucun autre ne me croit. Si donc je me résous à venir, je crains que folle ne soit ma venue. Tu es sage et m’entends mieux que je ne discours ; et tel que celui qui ne veut plus ce qu’il voulait, et par nouveaux pensers, changeant de dessein, renonce à commencer, tel devins-je sur cette côte obscure, abandonnant, en y pensant, l’entreprise si vite commencée.

Si j’ai bien entendu ta parole, répondit cette ombre magnanime, ton âme est atteinte de lâcheté : laquelle souvent, oppressant l’homme, le détourne d’une noble entreprise, comme une fausse vision l’animal ombrageux. Pour te délivrer de cette crainte, je te dirai pourquoi je suis venu, et ce que j’entendis quand premièrement j’eus pitié de toi. J’étais parmi ceux qui sont en suspens [9], lorsque m’appela une femme bienheureuse, et si belle que de me commander je la priais. Ses yeux brillaient plus que le soleil, et d’un parler suave et calme, avec une voix angélique, elle me dit : — O mon âme courtoise du Mantouan, dont la renommée dure encore, dans le monde, et autant que le monde durera : mon ami, et non de la fortune, est, sur la pente déserte, tellement empêché dans le chemin, que de peur il s’est retourné, et je crains qu’il ne soit déjà égaré, et que tard je me sois levée pour le secourir, d’après ce que j’ai entendu de lui dans le ciel. Va donc, et avec ta parole ornée, avec tout ce qui sera de besoin pour qu’il échappe, aide-le, de sorte que je sois consolée. Moi qui t’envoie, je suis Béatrice : je viens d’un lieu où je désire retourner : l’amour me fait parler et me conduit. Quand je serai devant mon Seigneur, souvent je me louerai de toi. Alors elle se tut ; puis, je commençai :

O femme de telle vertu [10], par qui seule l’humaine espèce s’élève au-dessus de tout ce que contient ce ciel dont les cercles sont plus étroits [11], ton commandement m’est si agréable, que l’obéir, déjà fût-il, me serait tardif : pas n’est besoin de m’ouvrir ton vouloir davantage ; mais dis-moi pourquoi tu ne crains pas de descendre en ce centre infime, de l’ample lieu où tu brûles de retourner.

— Puisque tu veux savoir si à fond pourquoi je ne crains pas de venir ici, brièvement je te le dirai, me répondit-elle.

On ne doit craindre que les choses qui ont puissance, de nuire : les autres, non ; en elles, nul sujet de peur. Par sa grâce Dieu m’a ainsi faite que votre misère ne m’atteint pas, et que la flamme de cet incendie ne m’assaille point [12]. Dans le ciel est une femme bénigne [13], qu’émeut de tant de pitié l’empêchement où je t’envoie, qu’elle a brisé là-haut le dur jugement et s’adressant à Lucia [14], l’a priée, disant : — Maintenant a besoin de toi ton fidèle, et je te le recommande.

Lucia, ennemie de tout ce qui est cruel, vint au lieu où j’étais assise avec l’antique Rachel, et dit : — Béatrice, vraie louange de Dieu [15], que ne secours-tu celui qui t’aima tant que par toi il sortit de la troupe vulgaire ? N’entends-tu point l’angoisse de sa plainte ? Ne vois-tu point là mort qui le poursuit sur la rive des eaux débordées, plus terribles que la mer ? — Nul au monde ne fut jamais si prompte à faire son bien et à fuir son mal, qu’après ces paroles je le fus à venir ici-bas de mon heureux séjour, me fiant au sage parler qui t’honore et ceux qui l’ont ouï…

Lorsque ainsi elle eut dit, pleurant elle tourna vers moi ses yeux brillants ; ce pourquoi plus encore je me hâtai de venir et je vins à toi comme elle voulait, et te retirai de devant cette bête qui du beau mont te fermait le plus court chemin. Qu’est-ce donc ? Pourquoi, pourquoi t’arrêtes-tu ? Pourquoi héberges-tu tant de lâcheté dans ton cœur ? Pourquoi manques-tu d’ardeur et de courage, quand trois telles dames bénies ont souci de toi dans le ciel, et qu’un bien si grand te promettent mes paroles ? »

Comme les tendres fleurs inclinées et fermées par la gelée nocturne lorsque le soleil blanchit relèvent leur tige et s’ouvrent ; ainsi fût-il de mon courage lassé, et une ardeur si vive me revint au cœur, qu’avec hardiesse je dis :

— Ô compatissante celle qui m’a secouru ! et toi courtois, qui as si vite obéi à ses paroles vraies ! Tu m’as, enflammant le désir, tellement par tes paroles disposé le cœur au venir, que j’ai repris mon premier dessein. Va donc ; à tous deux est un seul vouloir : tu es guide, seigneur, maître !… Ainsi lui dis-je, et lorsqu’il se mut, j’entrai dans le chemin profond et sauvage.
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Chant Troisième,

Par moi l’on va dans la cité des pleurs ; par moi l’on va dans l’éternelle douleur ; par moi l’on va chez la race perdue. La Justice mut mon souverain Auteur : la divine Puissance, la suprême Sagesse et le premier Amour me firent. Avant moi ne furent créées nulles choses, sauf les éternelles, et éternellement je dure : vous qui entrez, laissez toute espérance !

Je vis ces paroles écrites en noir au-dessus d’une porte ; aussi je dis : — Maître, douloureux m’en est le sens. Et lui à moi, comme personne accorte : « Ici l’on doit laisser toute crainte ; toute faiblesse doit être morte ici.

Nous sommes venus au lieu où je t’ai dit que tu verrais les malheureux qui ont perdu le bien de l’intelligence. »

Et ayant posé sa main sur la mienne, d’un visage serein qui me ranima, il m’introduisit au dedans des choses secrètes. Là, dans l’air sans astres, bruissaient des soupirs, des plaintes, de profonds gémissements, tels qu’au commencement j’en pleurai. Des cris divers, d’horribles langages, des paroles de douleur, des accents de colère, des voix hautes et rauques, et avec elles un bruit de mains, faisaient un fracas qui sans cesse tournoie dans cet air à jamais ténébreux, comme le sable roulé par un tourbillon. Et moi, dont la tête était ceinte d’erreur [1], je dis : —Maître, qu’entends-je ? et quels sont ceux-là qui paraissent plongés si avant dans le deuil ? Et lui à moi : « Cet état misérable est celui des tristes âmes qui vécurent sans infamie ni louange. Elles sont mêlées à la troupe abjecte de ces anges qui ne furent ni rebelles, ni fidèles à Dieu, mais furent pour eux seuls. Le ciel les rejette, pour qu’ils n’altèrent point sa beauté : et ne les reçoit pas le profond enfer, parce que les damnés tireraient d’eux quelque gloire [2].

Et moi : — Maître, quelle angoisse les fait se lamenter si fort ? Il répondit : « Je te le dirai très brièvement ; ceux-ci n’ont point l’espérance de mourir, et leur aveugle vie est si basse [3] qu’ils envient tout autre sort. Le monde ne laisse subsister d’eux aucune mémoire : la Justice et la Miséricorde les dédaignent. Ne discourons point d’eux, mais regarde et passe ! »

Et je regardai, et je vis une bannière qui, en tournant, courait avec une telle vitesse, qu’elle me paraissait condamnée à ne prendre aucun repos. Et derrière elle venait une si longue suite de gens, que je n’aurais pas cru que la mort en eût tant défait. Lorsque je pus en reconnaître quelqu’un, je vis et discernai celui qui par lâcheté fit le grand refus [4]. Aussitôt je compris et fus certain que cette bande était celle des lâches, en dégoût à Dieu et à ses ennemis. Ces malheureux, qui ne furent jamais vivants, étaient nus et cruellement piqués par des taons et des guêpes, qui sur leur visage faisaient ruisseler le sang, lequel, tombant à terre mêlé de larmes, était recueilli par des vers immondes.

Ayant ensuite regardé au delà, je vis des gens pressés sur le bord d’un grand fleuve ; aussi je dis : — Maître, je te prie que je sache qui sont ceux-là, et pour quelle cause ils ont tant de hâte de passer, comme je l’aperçois à cette faible lueur. Et lui à moi : « Ceci te sera dit, quand sur les tristes rives de l’Achéron s’arrêteront nos pas. » Alors, confus et les yeux baissés, craignant que mon dire ne lui eût déplu, je m’abstins de parler jusqu’au fleuve. Et voici venir vers nous, dans une barque, un vieillard blanchi par de longues années, criant : « Malheur à vous, âmes perverses ! N’espérez pas voir jamais le ciel ; je viens pour vous mener à l’autre rive, dans les ténèbres éternelles, dans le feu et la glace. Et toi que voilà, âme vivante, sépare-toi de ces morts ! » Et voyant que je ne m’en allais pas : « Par d’autres chemins, dit-il, par d’autres bacs, tu viendras à la plage pour passer ; il convient qu’une nef plus légère te porte. »

Et le Guide à lui : « Caron, ne te courrouce point : il est ainsi ordonné, là où se peut ce qui se veut ; ne demande rien de plus. »

Alors se dégonflèrent les joues laineuses du nocher du marais livide, qui autour des yeux avait des cercles enflammés. Mais ces âmes tristes, fatiguées et nues, changèrent de couleur, et leurs dents claquèrent sitôt qu’elles ouïrent les sévères paroles. Elles blasphémaient Dieu et leurs parents, la race humaine, le lieu, le temps où elles naquirent, la semence de laquelle elles germèrent. Puis, toutes ensemble, elles se retirèrent près de la rive maudite où vient tout homme qui ne craint pas Dieu. Caron, d’un signe de ses yeux de braise, les rassemble toutes, et frappe de sa rame quiconque s’attarde. Comme, l’une après l’autre, en automne, les feuilles se détachent afin que le rameau rende à la terre toutes ses dépouilles, pareillement, au signe du nocher, comme l’oiseau à l’appel, se jetaient de la rive, une à une, les âmes mauvaises de la race d’Adam. Ainsi elles s’en vont par l’eau noirâtre, et avant qu’elles soient descendues sur l’autre bord, sur celui-ci se rassemble encore une nouvelle troupe. « Mon fils, dit le Maître, courtois, il faut qu’ici viennent de toute contrée ceux qui meurent dans la colère de Dieu ; et ils ont tant de hâte de passer le fleuve, parce que tellement les point l’aiguillon de la justice divine, que la crainte se change en désir. Jamais une âme pure ne passe ici : d’où, si Caron se plaint de toi, tu peux maintenant comprendre le sens de ses paroles. »

Cela fini, la sombre campagne trembla si fortement que le souvenir de mon épouvante me baigne encore de sueur. De la terre trempée de larmes sortit un tourbillon sillonné d’éclairs d’une lueur rouge, lequel m’ôta tout sentiment, et je tombai comme un homme pris de sommeil.
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Comme le crabe, la crevette et l’écrevisse, sa chair renferme un allergène majeur d'une masse moléculaire de 36 g.mol-1, d'où la sensibilisation croisée observée chez les consommateurs allergiques.
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Camaret-sur-Mer a été pendant l'Entre-deux-guerres et les décennies 1950 et 1960 le premier port français (et même certaines années le premier port européen) de pêche à la langouste, devant Douarnenez.
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Chant Quatrième,

Un tonnerre horrible rompit dans ma tête le profond sommeil, de sorte que je revins à moi comme quelqu’un réveillé de force : et levé, je jetai alentour mes yeux reposés, et regardai fixement pour connaître le lieu où j’étais.

Je me trouvai sur le bord de l’abîme de douleur, où retentit le tonnerre d’infinis hurlements. Cet abîme était si obscur, si profond, si sombre, que jetant mes regards au fond, je n’y discernais aucune chose.

« Nous descendons maintenant dans le monde ténébreux, dit le Poète, tout pâle : je serai le premier, et tu seras le second [1]. »

Et moi qui m’aperçus de sa pâleur, je dis : — Comment irai-je, si tu t’épouvantes, toi, l’ordinaire soutien de mes craintes ?

Et lui à moi : « L’angoisse de ceux qui sont en bas empreint mon visage de cette pitié que tu prends pour de la frayeur. Allons ! la longue route nous presse. » Ce disant, il entra et me fit entrer dans le premier cercle qui ceint l’abîme.

Là, selon qu’en jugeait, l’ouïe, point de gémissements, mais des soupirs dont frémissait l’air éternel. Et ces soupirs venaient de la tristesse, toutefois sans souffrances [2], que ressentaient des troupes nombreuses et d’enfants, et de Femmes, et d’hommes.

Le bon Maître me dit : « Tu ne demandes point qui sont ces esprits que tu vois ? Or, avant d’aller plus loin, je veux que tu saches qu’ils ne péchèrent point : mais, si leurs œuvres furent bonnes, cela ne suffit, parce qu’ils ne reçurent point le baptême, qui est la porte de la foi que tu crois. Ayant vécu avant le christianisme, ils n’adorèrent point Dieu dûment, et je suis moi-même de ceux-là. Pour ces choses qui nous ont manqué, non pour autre crime, nous sommes perdus, et notre seule peine est de vivre dans le désir sans espérance. »

Une grande tristesse me prit au cœur lorsque je l’entendis ; car je reconnus des gens de haute valeur ainsi suspendus [3].

— Dis-moi, mon Maître, dis-moi, Seigneur, commençai-je, voulant être certain de cette foi qui vainc toute erreur, jamais aucun, par ses mérites ou les mérites d’autrui, est-il sorti d’ici pour être heureux ensuite ?

Et lui, qui comprit mon parler couvert, répondit : « J’étais nouveau en ce lieu, lorsque j’y vis venir un Puissant, couronné du signe de la victoire [4].

Il en tira l’ombre du premier père, d’Abel son fils, celle de Noé et celle de Moïse, législateur et obéissant ; le patriarche Abraham et le roi David ; Israël, et son père et ses enfants, et Rachel pour qui il fit tant [5], et beaucoup d’autres, et les fit heureux ; car je veux que tu saches qu’auparavant les âmes humaines n’étaient pas sauvées. »

Nous ne cessions point d’aller pendant qu’il parlait, mais nous traversions la forêt, je veux dire l’épaisse forêt des esprits. Nous n’étions pas encore descendu beaucoup au-dessous du sommet, quand je vis un feu rayonnant autour d’un hémisphère de ténèbres. Nous en étions encore un peu loin, mais non pas tant que je n’y discernasse en partie qu’une gent illustre occupait ce lieu.

— O toi, qui honores toute science et tout art, qui sont ceux-ci que sépare des autres l’honneur qu’on leur rend ?

Et lui à moi : « Leurs noms glorieux, dont retentit le monde où tu vis, leur acquièrent dans le ciel la faveur qui tant les élève. »

Lorsque j’entendis une voix : « Honorez le grand Poète son ombre qui était partie revient [6]. »

Lorsque la voix se tut, je vis quatre grandes ombres venir à nous ; elles ne semblaient ni tristes, ni joyeuses.

Le bon Maître me dit : « Regarde celui qui, avec cette épée en main, marche comme seigneur devant les autres : celui-là est Homère, le poète souverain, et l’autre qui vient ensuite est Horace le satirique ; Ovide est le troisième, et le dernier Lucain ; quoiqu’à chacun d’eux, comme à moi, convienne le nom qu’a prononcé la voix seule [7], ils m’honorent et en cela ils font bien. »

Ainsi je vis se rassembler la belle école du roi des chants élevés [8], qui au-dessus des autres vole comme l’aigle.

Lorsqu’ils eurent ensemble un peu discouru, ils se tournèrent vers moi, me saluant du geste, et mon Maître en sourit :

Et plus d’honneur encore ils me firent, me recevant dans leurs rangs, de sorte que je fus le sixième parmi ces grandes intelligences. Nous allâmes ainsi jusqu’à la lumière [9], parlant de choses qu’il est bien de taire, comme il était bien là d’en parler. Nous vînmes au pied d’un noble château, sept fois ceint de hautes murailles, et entouré d’un gracieux petit fleuve. Nous le passâmes comme une terre ferme : j’entrai par sept portes avec ces sages, et nous arrivâmes dans une prairie d’une fraîche verdure. Là étaient des gens aux regards lents et graves, de grande autorité dans leur apparence : ils parlaient peu et d’une voix douce. Nous nous retirâmes à part, en un lieu ouvert, lumineux et haut, de sorte que tous se pouvaient voir. Là, devant moi, sur le vert émail me furent montrés les grands esprits, et de leur vue encore en moi-même je m’exalte. Je vis Electre [10], accompagnée de beaucoup d’autres, parmi lesquels je reconnus Hector, et Enée, et César, armé de ses yeux d’épervier. Je vis Camille [11] et Penthésilée [12] de l’autre côte ; je vis aussi le roi Latinus assis avec sa fille Lavinie. Je vis ce Brutus qui chassa Tarquin, Lucrèce, Julia [13], Marzia [14] et Cornelia [15], et, seul à l’écart, Saladin [16]. Puis ayant levé un peu plus les yeux, je vis le maître de ceux qui savent [17], assis au milieu de la famille philosophique. Tous l’admiraient, tous lui rendaient honneur. Là je vis Socrate et Platon, qui se tiennent plus près de lui que les autres ; Démocrite, qui soumet l’univers au hasard ; Diogène, Anaxagore et Thalès ; Empédocle, Héraclite et Zénon ; et je vis celui qui si bien décrivit les vertus des plantes, je veux dire Dioscoride ; je vis Orphée, Tullius et Livius [18], et Sénèque le philosophe moral ; Euclide le géomètre, Ptolémée [19], Hippocrate, Evicenne [20] et Galien, Averroès [21] qui fit le grand Commentaire. Je ne saurais les nommer tous, car tellement me presse mon long sujet, que maintes fois le dire reste en arrière des choses. La troupe des six se sépara en deux : le sage Guide, par une autre route, me conduisit, hors de l’air tranquille, dans l’air qui frémit, et je vins en un lieu où rien ne luit.
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Chant Cinquième,

Ainsi je descendis du premier cercle dans le second, qui enserre moins d’espace et plus de douleur, tellement que ses pointes arrachent des cris.

Là siège Minos, horrible d’aspect et grinçant des dents : il examine les fautes à l’entrée, juge et envoie au lieu qu’il désigne en se ceignant.

Je veux dire que quand l’âme mal née vient en sa présence, elle se confesse pleinement ; et ce juge des péchés voit quel lieu lui est destiné : il se ceint de sa queue autant de fois qu’il veut qu’elle descende de degrés.

Il en est toujours beaucoup devant lui : chacune à son tour va au jugement : elles parlent, elles écoutent, puis sont poussées en bas.

Suspendant, lorsqu’il me vit, l’exercice de sa haute fonction : « O toi, me dit Minos, qui viens en la demeure douloureuse, regarde bien comment tu entres, et à qui tu te fies : que ne t’abuse point l’ampleur de l’entrée. » Et mon Guide à lui : « Pourquoi grondes-tu ? Ne t’oppose point à son aller fatal : ainsi est voulu là où se peut ce qui se veut. N’en demande pas davantage ! »

Lors commençai-je d’entendre les accents plaintifs ; lors de grands pleurs frappèrent mon oreille.

Je vins en un lieu muet de toute lumière, qui mugit comme la mer pendant la tempête, lorsqu’elle est battue des vents contraires. L’infernal ouragan, qui jamais ne s’arrête, emporte les esprits dans sa course rapide, et, les roulant, les froissant, les meurtrit. Lorsqu’ils arrivent au bord escarpé, là les cris, et les gémissements, et les hurlements ; là ils blasphèment la puissance divine. J’entendis qu’à ce tourment étaient condamnés les pécheurs charnels, qui soumettent la raison à la convoitise. Et comme dans la froide saison, le vol des étourneaux les emporte en bandes épaisses et larges, ainsi ce souffle emporte les esprits mauvais. D’ici, de là, en haut, en bas, jamais ne les réconforte aucune espérance, non seulement de repos, mais d’une moindre peine. Et comme les grues vont chantant leur lai, se formant dans l’air en une longue ligne ; ainsi je vis venir, poussant des cris, les ombres emportées par ce tourbillon. Voilà pourquoi je dis : — Maître, quelles sont ces âmes qu’ainsi châtie l’air noir ?

« La première de celles dont tu t’enquiers, me dit-il alors, fut reine de beaucoup de langues [1] ; dans le vice de luxure elle fut si plongée, que, par sa loi, ce qui plaît elle le fit licite, pour échapper à l’infamie où elle était conduite. C’est Sémiramis, de qui on lit qu’elle fut épouse de Ninus et lui succéda ; elle possédait la terre que régit le Soudan. L’autre est celle qui, infidèle aux cendres de Sichée, se tua par amour [2] ; puis vient la lascive Cléopâtre. » Je vis Hélène, cause de tant de maux, et je vis le grand Achille qui par l’amour enfin périt. Je vis Pâris, Tristan [3] ; et plus de mille ombres il me nomma et me montra du doigt, qu’amour fit sortir de notre vie. Lorsque j’eus ouï mon Maître nommer les femmes antiques et les cavaliers, je fus pris de pitié et comme éperdu. Je commençai : —Poète, volontiers parlerai-je à ces deux qui vont ensemble [4] et paraissent si légers au vent. Et lui à moi : « Attends un peu qu’ils soient plus près de nous ; prie-les alors par cet amour qui les emporte [5], et ils viendront. » Sitôt que le vent les amène vers nous, j’élève la voix : — O âmes en peine, venez nous parler, si un autre ne le défend ! Comme les colombes que le désir appelle, les ailes déployées, d’un vol ferme traversant les airs, viennent au doux nid ; ainsi ces deux âmes sortent de la troupe où est Didon, et viennent à nous par l’air malin ; si fort fut mon appel affectueux : « O gracieux et bon, toi qui, à travers l’air noirâtre, viens nous visiter, nous qui teignîmes le monde de sang ! Si le Roi de l’univers nous était ami, nous le prierions de te faire paix, à toi qui as pitié de notre triste sort. Nous écouterons ce que vous voulez dire, et vous dirons ce qu’il vous plaît d’entendre, tandis que le vent se tait. La terre où je naquis borde la mer où descend le Pô, pour s’y reposer avec son cortège [6]. L’amour qui si vite s’empare d’un cœur tendre, éprit celui-ci du beau corps qui m’a été enlevé ; souvenir qui m’est encore pénible. L’amour qui ne permet point à l’aimé de ne pas aimer, m’éprit pour celui-ci d’une passion si forte que maintenant même, comme tu le vois, elle ne m’abandonne point. L’amour nous conduisit à une même mort : Caïna [7] attend celui qui éteignit notre vie. » Telles furent leurs paroles.

Lorsque j’ouïs ces âmes blessées, je baissai la tête, et la tins baissée jusqu’à ce que le Poète me dit : « Que penses-tu ? » Je répondis : — Hélas ! que de doux pensers, quel ardent désir a mené ceux-ci au douloureux passage ! Puis me tournant vers eux, je parlai et dis : — Francesca, tes souffrances me touchent et m’attristent jusqu’aux larmes. Mais dis-moi : Au temps des doux soupirs, à quoi et comment amour te fit-il connaître les douteux désirs ? Et elle à moi : « Il n’est nulle douleur plus grande que de se ressouvenir dans la misère des temps heureux ; et cela ton Maître le sait [8], mais puisque tu désires tant connaître de notre amour la première racine, je le dirai, parlant et pleurant tout ensemble. Un jour, par plaisir, nous lisions les amours de Lancelot ; comment l’amour l’enserra de ses liens ; nous étions seuls et sans aucune défiance. Plusieurs fois cette lecture attira nos regards l’un vers l’autre et décolora notre visage ; mais un seul moment nous vainquit. Quand nous lûmes comment les riantes lèvres désirées furent baisées par un tel amant, celui-ci, qui jamais de moi ne sera séparé, tout tremblant me baisa la bouche : pour nous le livre et celui qui l’écrivit fut Galeotto [9] : ce jour nous ne lûmes pas plus avant. »

Pendant qu’ainsi parlait l’un des esprits, l’autre pleurait tellement que de pitié je défaillis, comme si je me mourais ; et je tombai comme tombe un corps mort.
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Chant Sixième,

Quand mon esprit, tout absorbé dans la pitié de mes deux parents, et troublé de tristesse, revint à soi, je vis autour de moi, partout où j’allais, et me tournais, et regardais de nouveaux tourments et de nouveaux tourmentés.

Je suis au troisième cercle de la pluie éternelle, maudite, froide, pesante : toujours la même, toujours elle tombe également. Des averses de forte grêle, et d’eau noire, et de neige, traversent l’air ténébreux ; fétide est la terre qui les reçoit. Cerbère, bête cruelle et de forme monstrueuse, avec trois gueules aboie contre ceux qui sont là submergés [1]. Il a les yeux rouges, la barbe grasse et noire, le ventre large, les mains armées de griffes : il déchire les esprits, les écorche, et les dépèce. La pluie les fait hurler comme des chiens : fréquemment les malheureux profanes [2] se tournent faisant d’un de leurs côtés un abri à l’autre [3].

Sitôt que Cerbère, le grand ver, nous aperçut, il ouvrit ses gueules et nous montra ses crocs : pas un de ses membres qui ne frémit. Mon Guide étendit les mains, prit de la terre, et à pleines poignées la jeta dans les gosiers affamés. Tel le chien avide qui aboie, s’apaise lorsqu’il mord la proie, ne songeant à combattre que pour la dévorer ; ainsi fut-il des sales mâchoires du démon Cerbère, qui étourdit tellement les âmes qu’elles voudraient être sourdes. Nous passions sur les ombres qu’abat la pesante pluie, et nous posions les pieds sur leur vide apparence qui semble une personne. Elles gisaient à terre pêle-mêle, hors une qui, se soulevant, s’assit, lorsqu’elle nous vit passer devant elle. « Ô toi qui traverses cette région de l’Enfer, me dit-elle, reconnais-moi, si tu le peux ! tu naquis avant que je ne mourusse [4] ». Et moi à elle : — L’angoisse que tu ressens t’ôte peut-être de ma mémoire, de sorte qu’il ne me semble pas t’avoir vu jamais. Mais dis-moi qui tu es, ce qui t’a plongé dans ce lieu de douleur et dans une peine telle que, s’il en est de plus grande, il n’en est point de plus dégoûtante. Et lui à moi : « Ta ville, qui est si pleine d’envie que déjà la mesure déborde, fut ma demeure durant la vie sereine. Vous, ses citoyens, m’appeliez Ciacco [5] : à cause du grave péché de gourmandise, je suis, comme tu le vois, brisé sous la pluie. Et moi, triste âme, je ne suis pas seule ; toutes ces autres, pour la même faute, subissent la même peine. » Et il n’ajouta pas une parole. Je lui répondis : — Ciacco, ta souffrance me touche tant, qu’elle me tire des larmes ; mais dis-moi, si tu le sais, où en viendront les citoyens de la ville divisée : s’il en est aucun de juste : et dis-moi pourquoi tant de discordes l’ont assaillie. Et lui à moi : « Après de longs débats ils en viendront au sang, et le parti sauvage [6] chassera l’autre avec beaucoup d’offense. Puis il faut que celui-là tombe, et que l’autre, après trois soleils [7], l'emporte par la force de celui [8] qui maintenant flatte [9]. Il tiendra longtemps le front haut, tenant l’autre sous un lourd poids, quoiqu’il en pleure et s’en indigne. Il y a deux justes, mais on ne les écoute point. La superbe, l’envie et l’avarice sont les trois étincelles qui ont embrasé les cœurs. » Ici prit fin son dire lamentable. Et moi à lui : — Je veux que tu m’instruises encore, et que de plus de paroles tu me fasses don. Farinata et le Tegghiaio, qui furent si dignes, Jacopo Rusticucci, Arrigo et le Mosca [10] et les autres qui appliquèrent leur esprit à bien faire. Dis-moi où ils sont, et fais que je les reconnaisse, car un vif désir me presse de savoir s’ils ont en partage les douceurs du ciel, ou les poisons de l’enfer. Et lui : « Ils sont parmi les âmes les plus noires ; le poids de fautes diverses les entraîne au fond. Si jusque-là tu descends, tu pourras les voir. « Mais quand tu seras dans le doux monde, je te prie de me rappeler au souvenir d’autrui [11]. Je ne le dis et ne te réponds plus rien. » Lors, de travers tournant les yeux, il me regarda un peu, puis baissa la tête, et tomba parmi les autres aveugles.

Et le Guide à moi : « Ne se réveillera-t-il plus avant le son de la trompette de l’ange, quand lui apparaîtra la Puissance ennemie, chacun reverra la triste tombe, reprendra sa chair et sa figure, entendra ce qui retentit dans l’éternité. »

Ainsi traversâmes-nous, à pas lents, le sale mélange des ombres et de la pluie, conversant de la vie future. — Maître, dis-je, ces tourments croîtront-ils après la grande sentence ? ou reviendront-ils moindres ? ou seront-ils également cuisants ? Et lui à moi : « Retourne à ta doctrine [12], qui veut que plus l’être est parfait, plus il sente le bien, et aussi la douleur. Bien que jamais ces maudits ne doivent atteindre la vraie perfection, s’attendent-ils néanmoins à être plus parfaits après qu’avant [13]. »

Nous suivîmes cette route circulaire, parlant de bien plus de choses que je n’en redis ; nous vînmes au point où elle descend : là nous trouvâmes Pluton, le grand ennemi.
Avatar de Max Max
Seigneur, montre moi le chemin,
Fais de moi ton instrument,
Aide-moi à voir et à faire ce que Tu attends de moi.
Aide-moi dans les épreuves de la Vie,
Aide-moi à prier davantage,
Aide-moi à t'aimer toujours plus
Et à aimer mon prochain comme moi même.
Amen


O Dieu, tout-puissant et éternel, jetez un regard favorable

sur le Christ, éternel souverain Prêtre, et par amour pour Lui,

ayez pitié de vos Prêtres.



O Dieu très compatissant, souvenez-Vous

qu’ils ne sont que de faibles et frêles créatures.





Ranimez sans cesse en eux la grâce de

leur ordination.



Gardez-les bien près de Vous, de crainte que l’ennemi ne prévale contre eux, et aussi afin qu’en rien ils ne ternissent l’éclat de leur sublime vocation.



O Jésus, je Vous prie pour vos prêtres fidèles et fervents ;

pour vos prêtres infidèles et tièdes ;



pour les prêtres qui travaillent, ici, au salut de nos âmes

et pour les missionnaires en terres lointaines ;



pour vos prêtres qu’assaillent la tentation, l’ennui et l’affliction ;



pour vos jeunes prêtres et pour vos prêtres âgés ;



pour vos prêtres malades et pour vos prêtres à l’agonie ;



enfin pour les âmes de vos prêtres en purgatoire.



De plus, tout particulièrement, je Vous recommande

les prêtres qui me sont les plus chers : à savoir,

le prêtre qui m’a baptisé :

les prêtres qui m’ont absous de mes péchés ;

les prêtres dont j’ai entendu les Messes et qui m’ont donné la Sainte Communion ;

les prêtres qui m’ont enseigné et instruit

ou qui m’ont soutenu de leur aide et de leurs encouragements ;



enfin, pour tous les prêtres envers lesquels j’ai contracté

une dette particulière de reconnaissance, spécialement …..



O Jésus,



gardez-les bien tous près de votre Cœur

et donnez-leur l’abondance de vos bénédictions

dans le temps et dans l’éternité.

Amen !
Avatar de Eldjo Eldjo
j'y crois pas
Paris au chevet de ses délinquants illégaux va débloquer 700 000€
ça va financer les maraudes des maraudeurs en soin,accueil
Si en plus,il y a des maraudeurs qui maraudent,c'est pas gagné
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