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L'Enfer, chant XiV

1. Ému de l’amour du lieu natal, je recueillis les feuilles éparses, et les rendis à celui dont la voix déjà s’éteignait.

2. De là nous vînmes là où se sépare la seconde enceinte de la troisième, et où de la justice se voit un horrible art.

3. Pour bien représenter ces choses nouvelles, je dis que nous arrivâmes dans une plaine qui de soi rejette toute plante.

4. La forêt douloureuse forme autour une guirlande, comme autour de celle-là le triste fossé ! Sur la lisière nous affermîmes nos pieds.

5. Le sable était un sable aride et pressé, pareil à celui que foulèrent les pieds de Caton [1].

6. O vengeance de Dieu, combien doit te craindre quiconque lit ce que virent mes yeux !

7. Je vis de grands troupeaux d’ombres nues, qui toutes gémissaient misérablement, et une loi diverse paraissait leur être imposée.

8. Quelques-unes sur le dos gisaient à terre ; d’autres, ramassées en soi, étaient assises, et d’autres marchaient continuellement.

9. Plus nombreuses étaient celles qui marchaient, et moins, celles qui gisaient sous le tourment ; mais leur langue à la plainte était plus déliée.

10. Partout, sur le sable, lentement pleuvaient de larges flocons de feu, comme, d’un temps calme, la neige sur les Alpes.

11. Telles que les mèches de flamme que, dans les chaudes contrées de l’Inde, Alexandre vit tomber sur son armée,

12. Ce pourquoi par ses troupes il fit fouler le sol, parce que mieux s’éteignait la vapeur lorsqu’elle était seule [2] ;

13. Telle descendait l’éternelle ardeur ; et, comme l’amadou sous le briquet, le sable s’embrasait pour doubler la douleur.

14. Sans repos était le mouvement des misérables mains, d’ici, de là, secouant la flamme nouvelle.

15. Je commençai : — Maître, toi qui vaincs toutes choses, hors les farouches démons qui sortirent contre nous à l’entrée de la porte,

16. Quel est ce grand, qui semble n’avoir souci du brasier, et gît si fier et si dédaigneux que la pluie ne paraît pas l’amollir ?

17. Celui-là même s’étant aperçu que de lui j’interrogeais mon Guide, cria « Quel je fus vivant, tel je suis mort.

18. « Quand Jupiter fatiguerait encore son forgeron [3], de qui, dans son courroux, il prit le foudre aigu dont il me frappa le dernier jour ;

19. « Et quand tour à tour il fatiguerait les autres [4] dans la noire forge du mont Gibel [5], criant : Vulcain, à l’aide ! à l’aide !

20. « Comme il fit au combat de Phlégra [6], et que contre moi il rassemblerait et tous ses traits et toute sa force, il n’aurait pas la joie de la vengeance. »

21. Alors mon Guide, avec plus de force que je ne l’avais encore entendu s’écrier : « O Capanée [7], ta superbe qui ne fléchit point

22. « Accroît ton supplice ; aucun tourment ne serait, sans ta rage, un complet châtiment de ta fureur. »

23. Puis se tournant vers moi, d’une lèvre moins irritée il dit : « Celui-ci fut un des sept rois qui assiégèrent Thèbes ; il eut et paraît encore avoir

24. « Dieu à dédain, et semble le priser peu ; mais, comme à lui je l’ai dit, ses outrages ont dans son sein même leur digne prix.

25. « Maintenant suis-moi, et garde-toi de poser les pieds sur l’arène brûlante ; mais tiens-les toujours près du bois ! »

26. Silencieux nous vînmes là où, de la forêt, sourd un petit fleuve dont la rougeur me fait encore frissonner.

27. Comme du Bulicame sort le ruisseau qu’entre elles ensuite partagent les pécheresses [8], ainsi à travers le sable coulait celui-là.

28. Le fond, les deux pentes, et de chaque côté les bords étaient de pierre, d’où j’avisai que là était le passage.

29. « De tout ce que je t’ai montré depuis que nous entrâmes par la porte dont le seuil à nul n’est dénié [9],

30. « Tes yeux n’ont rien vu de si notable que ce fleuve sur lequel s’éteignent toutes les flammes. »

31. Ainsi parla mon Guide ; sur quoi je le priai de m’accorder la pâture dont il m’avait donné le désir.

32. « Au milieu de la mer, dit-il alors, est un pays dévasté qu’on appelle la Crète, sous le roi duquel, autrefois, le monde vécut dans l’innocence.

33. « Là s’élève une montagne nommée Ida, jadis riante et d’eaux et de verdure, et maintenant abandonnée comme une chose usée.


34. « Rhéa [10] la choisit pour être le sûr berceau de son fils ; et afin de le mieux cacher lorsqu’il pleurait elle y faisait faire des clameurs [11].

35. « Au dedans du mont, debout, est un grand vieillard [12], qui tourne le dos à Damiette, et regarde Rome comme son miroir [13].

36. « Sa tête est d’or fin [14], ses bras et sa poitrine d’argent pur, puis jusqu’à l’enfourchure, son corps est d’airain,

37. « Et de là en bas, de fer choisi, hors le pied droit qui est de terre cuite, et sur ce pied plus que sur l’autre il se tient debout.

38. « Chaque partie, excepté celle de l’or, est rompue, et par la fissure découlent des larmes qui, s’unissant, ont percé la grotte.

39. « Tombant de roche en roche, elles prennent leur cours dans cette vallée, où elles forment l’Achéron, le Styx et le Phlégéton ; puis, par cet étroit canal,

40. « Se rendant là où finit la descente, elles engendrent le Cocyte. Quel est ce lac ? tu le verras ; par quoi n’en parlerons ici.»

41. Et moi à lui : — Si ce ruisseau vient de notre monde, pourquoi nous apparaît-il seulement sur ces bords ?

42. Et lui à moi : « Tu sais que ce lieu est rond [15] ; et bien que déjà tu t’y sois avancé beaucoup, descendant de plus en plus à gauche vers le fond,

43. « Tu n’as pas encore parcouru tout le cercle. Si donc il t’apparaît quelque chose de nouveau, l’étonnement ne doit pas se montrer sur ton visage. »

44. Et moi encore : — Maître, où se trouvent le Phlégéton et le Léthé ? Tu te tais de l’un, et tu dis de l’autre qu’il est formé de cette pluie.

45. « Tu me plais, certes, en toutes tes questions, répondit-il ; mais le bouillonnement de l’eau rouge devait bien résoudre l’une de celles que tu me fais [16].

46. « Tu verras, mais hors de ce gouffre, le Léthé, où les âmes vont se laver lorsque après le repentir la coulpe a été remise. »

47. Puis il dit : « Il est temps de s’éloigner du bois. Aie soin de venir droit après moi : une route offre les bords, qui ne sont point embrasés,

« Et sur lesquels toute vapeur s’éteint. »
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In the early stages of my PhD research, I've had to tackle some fundamental questions about the nature of my field – political science – and the way in which the study of politics ought to be conducted. There are internal debates within political science that are themselves political, and which have a wider bearing on how ideas are produced and promoted beyond academia. These debates are not "academic" in the narrow sense. They affect political discourse more generally, and so concern us all.

The prevailing view within the discipline is that scholars should set aside moral values and political concerns in favour of detached enquiry into the mechanics of how the political world functions. This often involves borrowing the trappings of the natural sciences in attempts to establish generalisable theories of causation through the testing of hypotheses. To the extent that this activity has a purpose beyond the establishment of knowledge for its own sake, it is to place that knowledge at the hands of policymakers who, in the light of the political scientist's advice, may then make political and moral judgements as they see fit.

Learning from the disciplines of "hard science", where appropriate, can certainly yield benefits. But I have yet to be convinced by the idea that the study of politics can be apolitical and value-neutral. Our choice of research topics will inevitably reflect our own political and moral priorities, and the way in which that research is framed and conducted is bound to reflect assumptions which – whether held consciously, semi-consciously or unconsciously – remain of a moral and political nature. Additionally, striving for "policy relevance" can result in the production of research that conforms to the priorities of power.

Examples are not hard to come by. The field of terrorism studies focuses almost exclusively on the terrorism of non-state actors, as opposed to the greater problem of state terrorism. Those academic studies of the developing world that are produced in the UK and the US tend to present the global south purely as a problem for, or a threat to, the global north. Some topics are simply passed over altogether. In the 1990s, the UK helped maintain a sanctions regime on Iraq that, as documented by Unicef, resulted in the deaths of hundreds of thousands of civilians, around half of them children under the age of five. Yet of the scores of articles produced in British international relations journals during that time, only three discussed the sanctions regime and its appalling effects.

It is difficult to see why choosing to investigate state terrorism would be "political", while choosing not to would be non-political, or why discussing the effect of sanctions on Iraqi society constitutes any more of a moral choice than choosing not to do so. The suspicion must arise that, when some scholarship is described as too political or too polemical, what is really meant is that it is insufficiently consistent with, or too critical of, mainstream priorities and assumptions.

If it is inevitable that our politics and values will have an effect on our research, then it is surely in the interests of scholarly integrity that this is openly acknowledged. The intellectual rigour of our work is bound to be enhanced by our explicitly accounting for how it is shaped by our own politics and moral values.

I certainly don't suggest that every view is hopelessly subjective, and each opinion of equal value. There is a difference between truth and falsehood, between rigorous and faulty reasoning. What is important is to acknowledge that our attempts to discern what is true or false, and to engage in rational analysis, occur within an ideological framework. Ideology is not the same as dogma: deterministic, inflexible and impervious to new information and arguments. Ideology – the place where theory and morality meet – is, at its best, a dynamic rational tool, vital to the task of building knowledge. It is when our personal ideologies are taken for granted, or left unexamined, that they lapse into dogma, and it is therefore important that this is not allowed to happen. Excusing research that adheres to conventional wisdom from the task of accounting for its politics and values, while delegitimising less conservative work on the basis of its being "political" or "ideological" (as though this distinguished it in some way from the rest of the field) cannot be a productive way to proceed.

In fact, the Enlightenment philosophical tradition, which so many mainstream scholars aspire to uphold, is full of prominent examples of intellectuals criticising power from an explicitly moral standpoint. Mary Wollstonecraft's challenge to patriarchy, or Thomas Paine's calls for "democratic republicanism", redistribution of property and an end to slavery, are merely the most obvious examples. Consider Adam Smith's "very violent attack" (as he himself described it) on the way in which influential economic elites had been able to distort public policy to suit their own ends at the expense of the public interest. The Wealth of Nations constituted an explicitly moral and class-conscious critique of political economy (one that ought to make Smith's modern day, rightwing disciples feel decidedly uncomfortable). Few would argue that the socio-political analysis provided by such thinkers as Wollstonecraft, Paine and Smith suffered, rather than benefited from, their freely acknowledged moral and political priorities.

The good news is that this tradition has not been abandoned. The University of Bradford's peace studies department has done much important work to re-frame discussion of security issues. Doug Stokes and Ruth Blakeley at the University of Kent have helped redress the balance in terrorism studies by examining acts of terrorism committed by states. Eric Herring at Bristol University has articulated a way forward for activist scholarship in international relations. This scholarship belongs in the mainstream, not on the margins.

The willingness to critique is vital to intellectual activity, and the contribution to wider political discourse of scholarship that challenges power is crucial in a functioning democracy. Given the particular responsibilities that come with the ability to inform and participate in political debate, it is to be hoped that we can start to rethink what it means to be a "political scientist".
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>>Charlebois
In the early stages of my PhD research, I've had to tackle some fundamental questions about the nature of my field – political science – and the way in which the study of politics ought to be conducted. There are internal debates within political science that are themselves political, and which have a wider bearing on how ideas are produced and promoted beyond academia. These debates are not "academic" in the narrow sense. They affect political discourse more generally, and so concern us all.
The prevailing view within the discipline is that scholars should set aside moral values and political concerns in favour of detached enquiry into the mechanics of how the political world functions. This often involves borrowing the trappings of the natural sciences in attempts to establish generalisable theories of causation through the testing of hypotheses. To the extent that this activity has a purpose beyond the establishment of knowledge for its own sake, it is to place that knowledge at the hands of policymakers who, in the light of the political scientist's advice, may then make political and moral judgements as they see fit.
Learning from the disciplines of "hard science", where appropriate, can certainly yield benefits. But I have yet to be convinced by the idea that the study of politics can be apolitical and value-neutral. Our choice of research topics will inevitably reflect our own political and moral priorities, and the way in which that research is framed and conducted is bound to reflect assumptions which – whether held consciously, semi-consciously or unconsciously – remain of a moral and political nature. Additionally, striving for "policy relevance" can result in the production of research that conforms to the priorities of power.
Examples are not hard to come by. The field of terrorism studies focuses almost exclusively on the terrorism of non-state actors, as opposed to the greater problem of state terrorism. Those academic studies of the developing world that are produced in the UK and the US tend to present the global south purely as a problem for, or a threat to, the global north. Some topics are simply passed over altogether. In the 1990s, the UK helped maintain a sanctions regime on Iraq that, as documented by Unicef, resulted in the deaths of hundreds of thousands of civilians, around half of them children under the age of five. Yet of the scores of articles produced in British international relations journals during that time, only three discussed the sanctions regime and its appalling effects.
It is difficult to see why choosing to investigate state terrorism would be "political", while choosing not to would be non-political, or why discussing the effect of sanctions on Iraqi society constitutes any more of a moral choice than choosing not to do so. The suspicion must arise that, when some scholarship is described as too political or too polemical, what is really meant is that it is insufficiently consistent with, or too critical of, mainstream priorities and assumptions.
If it is inevitable that our politics and values will have an effect on our research, then it is surely in the interests of scholarly integrity that this is openly acknowledged. The intellectual rigour of our work is bound to be enhanced by our explicitly accounting for how it is shaped by our own politics and moral values.
I certainly don't suggest that every view is hopelessly subjective, and each opinion of equal value. There is a difference between truth and falsehood, between rigorous and faulty reasoning. What is important is to acknowledge that our attempts to discern what is true or false, and to engage in rational analysis, occur within an ideological framework. Ideology is not the same as dogma: deterministic, inflexible and impervious to new information and arguments. Ideology – the place where theory and morality meet – is, at its best, a dynamic rational tool, vital to the task of building knowledge. It is when our personal ideologies are taken for granted, or left unexamined, that they lapse into dogma, and it is therefore important that this is not allowed to happen. Excusing research that adheres to conventional wisdom from the task of accounting for its politics and values, while delegitimising less conservative work on the basis of its being "political" or "ideological" (as though this distinguished it in some way from the rest of the field) cannot be a productive way to proceed.
In fact, the Enlightenment philosophical tradition, which so many mainstream scholars aspire to uphold, is full of prominent examples of intellectuals criticising power from an explicitly moral standpoint. Mary Wollstonecraft's challenge to patriarchy, or Thomas Paine's calls for "democratic republicanism", redistribution of property and an end to slavery, are merely the most obvious examples. Consider Adam Smith's "very violent attack" (as he himself described it) on the way in which influential economic elites had been able to distort public policy to suit their own ends at the expense of the public interest. The Wealth of Nations constituted an explicitly moral and class-conscious critique of political economy (one that ought to make Smith's modern day, rightwing disciples feel decidedly uncomfortable). Few would argue that the socio-political analysis provided by such thinkers as Wollstonecraft, Paine and Smith suffered, rather than benefited from, their freely acknowledged moral and political priorities.
The good news is that this tradition has not been abandoned. The University of Bradford's peace studies department has done much important work to re-frame discussion of security issues. Doug Stokes and Ruth Blakeley at the University of Kent have helped redress the balance in terrorism studies by examining acts of terrorism committed by states. Eric Herring at Bristol University has articulated a way forward for activist scholarship in international relations. This scholarship belongs in the mainstream, not on the margins.
The willingness to critique is vital to intellectual activity, and the contribution to wider political discourse of scholarship that challenges power is crucial in a functioning democracy. Given the particular responsibilities that come with the ability to inform and participate in political debate, it is to be hoped that we can start to rethink what it means to be a "political scientist".

Déjà en français j'aurais pas lu mais là en anglais, c'est non https://image.noelshack.com/minis/2017/13/1490886827-risibo.png
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>>HSV2
Citation de Charlebois
In the early stages of my PhD research, I've had to tackle some fundamental questions about the nature of my field – political science – and the way in which the study of politics ought to be conducted. There are internal debates within political science that are themselves political, and which have a wider bearing on how ideas are produced and promoted beyond academia. These debates are not "academic" in the narrow sense. They affect political discourse more generally, and so concern us all.
The prevailing view within the discipline is that scholars should set aside moral values and political concerns in favour of detached enquiry into the mechanics of how the political world functions. This often involves borrowing the trappings of the natural sciences in attempts to establish generalisable theories of causation through the testing of hypotheses. To the extent that this activity has a purpose beyond the establishment of knowledge for its own sake, it is to place that knowledge at the hands of policymakers who, in the light of the political scientist's advice, may then make political and moral judgements as they see fit.
Learning from the disciplines of "hard science", where appropriate, can certainly yield benefits. But I have yet to be convinced by the idea that the study of politics can be apolitical and value-neutral. Our choice of research topics will inevitably reflect our own political and moral priorities, and the way in which that research is framed and conducted is bound to reflect assumptions which – whether held consciously, semi-consciously or unconsciously – remain of a moral and political nature. Additionally, striving for "policy relevance" can result in the production of research that conforms to the priorities of power.
Examples are not hard to come by. The field of terrorism studies focuses almost exclusively on the terrorism of non-state actors, as opposed to the greater problem of state terrorism. Those academic studies of the developing world that are produced in the UK and the US tend to present the global south purely as a problem for, or a threat to, the global north. Some topics are simply passed over altogether. In the 1990s, the UK helped maintain a sanctions regime on Iraq that, as documented by Unicef, resulted in the deaths of hundreds of thousands of civilians, around half of them children under the age of five. Yet of the scores of articles produced in British international relations journals during that time, only three discussed the sanctions regime and its appalling effects.
It is difficult to see why choosing to investigate state terrorism would be "political", while choosing not to would be non-political, or why discussing the effect of sanctions on Iraqi society constitutes any more of a moral choice than choosing not to do so. The suspicion must arise that, when some scholarship is described as too political or too polemical, what is really meant is that it is insufficiently consistent with, or too critical of, mainstream priorities and assumptions.
If it is inevitable that our politics and values will have an effect on our research, then it is surely in the interests of scholarly integrity that this is openly acknowledged. The intellectual rigour of our work is bound to be enhanced by our explicitly accounting for how it is shaped by our own politics and moral values.
I certainly don't suggest that every view is hopelessly subjective, and each opinion of equal value. There is a difference between truth and falsehood, between rigorous and faulty reasoning. What is important is to acknowledge that our attempts to discern what is true or false, and to engage in rational analysis, occur within an ideological framework. Ideology is not the same as dogma: deterministic, inflexible and impervious to new information and arguments. Ideology – the place where theory and morality meet – is, at its best, a dynamic rational tool, vital to the task of building knowledge. It is when our personal ideologies are taken for granted, or left unexamined, that they lapse into dogma, and it is therefore important that this is not allowed to happen. Excusing research that adheres to conventional wisdom from the task of accounting for its politics and values, while delegitimising less conservative work on the basis of its being "political" or "ideological" (as though this distinguished it in some way from the rest of the field) cannot be a productive way to proceed.
In fact, the Enlightenment philosophical tradition, which so many mainstream scholars aspire to uphold, is full of prominent examples of intellectuals criticising power from an explicitly moral standpoint. Mary Wollstonecraft's challenge to patriarchy, or Thomas Paine's calls for "democratic republicanism", redistribution of property and an end to slavery, are merely the most obvious examples. Consider Adam Smith's "very violent attack" (as he himself described it) on the way in which influential economic elites had been able to distort public policy to suit their own ends at the expense of the public interest. The Wealth of Nations constituted an explicitly moral and class-conscious critique of political economy (one that ought to make Smith's modern day, rightwing disciples feel decidedly uncomfortable). Few would argue that the socio-political analysis provided by such thinkers as Wollstonecraft, Paine and Smith suffered, rather than benefited from, their freely acknowledged moral and political priorities.
The good news is that this tradition has not been abandoned. The University of Bradford's peace studies department has done much important work to re-frame discussion of security issues. Doug Stokes and Ruth Blakeley at the University of Kent have helped redress the balance in terrorism studies by examining acts of terrorism committed by states. Eric Herring at Bristol University has articulated a way forward for activist scholarship in international relations. This scholarship belongs in the mainstream, not on the margins.
The willingness to critique is vital to intellectual activity, and the contribution to wider political discourse of scholarship that challenges power is crucial in a functioning democracy. Given the particular responsibilities that come with the ability to inform and participate in political debate, it is to be hoped that we can start to rethink what it means to be a "political scientist".
Déjà en français j'aurais pas lu mais là en anglais, c'est non https://image.noelshack.com/minis/2017/13/1490886827-risibo.png

Pourtant c'est intéressant

Auto-édit :
>>C-Kachkine
Vous êtes de droite ou de gauche? https://image.noelshack.com/minis/2017/39/3/1506524542-ruth-perplexev2.png

Royaliste
Avatar de HSV2 HSV2
>>C-Kachkine
Vous êtes de droite ou de gauche? https://image.noelshack.com/minis/2017/39/3/1506524542-ruth-perplexev2.png

De droite au de gauche, on se fera toujours enculer malheureusement. Maintenant les socialistes, je ne peux pas les encadrer
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I


Je suis un homme ridicule. Maintenant, ils disent que je suis fou. Ce serait une promotion, s'ils ne me trouvaient pas toujours aussi ridicule. Mais maintenant je ne me fâche plus, maintenant je les aime tous, et même quand ils se moquent de moi - c'est surtout là, peut-être, que je les aime le plus. Je me moquerais bien avec eux, pas de moi-même, non, mais en les aimant, Si je n'étais pas si triste quand je les vois. Si triste, parce qu'ils ne connaissent pas la vérité, et, moi, je connais la vérité. Oh qu'il est dur d'être seul à connaître la vérité ! Mais, ça, ils ne le comprendront pas. Non, ils ne comprendront pas.

Avant, pourtant, je me suis bien rongé d'avoir l'air ridicule. Pas d'avoir l'air, d'être. J'ai toujours été ridicule, et je le sais, peut-être, depuis le jour de ma naissance. J'avais sept ans, peut-être, je savais déjà que j'étais ridicule. Après, je suis allé à l'école, après, à l'université, et quoi ? - plus j'apprenais des choses, plus je n'en apprenais qu'une, que j'étais ridicule Si bien qu'à la fin, toute ma science universitaire, pour moi, c'était comme si elle n'était là que pour une chose, pour me prouver et m'expliquer, au fur et à mesure que je l'approfondissais, que j'étais ridicule. Et la vie suivait la science. D'année en année, je sentais grandir et se renforcer en moi cette conscience perpétuelle de mon air ridicule à tous les points de vue. Tout le monde s'est toujours moqué de moi. Mais personne ne savait, ne pouvait deviner que s'il y avait un homme sur terre qui savait plus que tous les autres que j'étais ridicule, eh bien, c'était moi-même, et voilà bien ce que je trouvais le plus humiliant qu'ils ne le sachent pas - mais là, c'était ma propre faute j'ai toujours été si orgueilleux que, jamais, pour rien au monde, je n'ai voulu le reconnaître devant personne. Cet orgueil, il s'accroissait en moi d'année en année. Et si je m'étais autorisé à le reconnaître même devant n'importe qui, je crois que, là, sur-le-champ, le soir, je me serais pulvérisé la tête d'un coup de revolver. Oh, comme je souffrais dans mon adolescence de ce que je ne puisse pas y résister, et que, d'un coup, d'une façon ou d'une autre, je le reconnaisse, moi-même, devant mes camarades. Mais, depuis que j'étais devenu un jeune homme, même si j'apprenais d'année en année, et toujours de plus en plus, cette particularité monstrueuse qui était la mienne, je suis, je ne sais pas pourquoi, devenu un peu plus calme. Et, justement, je ne sais pas pourquoi, parce que, jusqu'à maintenant, je suis incapable de dire pourquoi. Peut-être parce qu'une circonstance faisait croître une angoisse terrible dans mon âme, une circonstance infiniment plus forte que tout mon être : je veux dire cette conviction constante qui m'avait pénétré, que tout au monde, partout, était égal. Cela, je le pressentais depuis très longtemps. mais cette conviction totale m'est venue au cours de cette année, et, bizarrement, d'un coup. J'ai senti, d'un coup, que ça me serait égal qu'il y ait un monde ou qu'il n'y ait rien nulle part. Je me suis mis à entendre et à sentir par tout mon être qu'il n'y avait rien de mon vivant. Au début, j'avais toujours l'impression que, par contre, il y avait eu beaucoup de choses dans le passé, mais, après, j'ai compris que, dans le passé non plus, il n'y avait rien eu, que c'était juste, je ne sais pourquoi, une impression. Petit à petit. je me suis convaincu qu'il n'y aurait jamais rien non plus. A ce moment-là, d'un coup, j'ai cessé d'en vouloir aux hommes, et je ne les ai presque plus remarqués. Vous savez, ça se disait même dans les détails les plus infimes par exemple, ça m'arrivait, je marchais dans la me, je me cognais à quelqu'un. Et pas parce que je pensais à quelque chose, à quoi pouvais-je bien penser, j'avais complètement arrêté de penser, à ce moment-là ça m'était égal. Si encore j'avais résolu les questions. Oh, je n'en avais résolu aucune, et Dieu sait qu'il y en avait. Mais tout m'était devenu égal, et les questions s'étaient toutes éloignées.

Et donc, mais après ça, j'ai su la vérité. La vérité, je l'ai sue en novembre dernier, et plus précisément le trois novembre, et, depuis ce temps-là, je me souviens de chacun de mes instants. C'était un soir lugubre, le plus lugubre qu'il puisse y avoir. A ce moment-là, à onze heures du soir, je rentrais chez moi, et, justement, je me souviens, je me suis dit que, vraiment, il ne pouvait pas y avoir de moment plus lugubre. Même d'un point de vue physique. Il avait plu toute la journée, et c'était une pluie froide, et la plus lugubre, une pluie, même, qui était comme féroce, je me souviens de ça, pleine d'une hostilité flagrante envers les gens, et là, d'un coup, vers onze heures du soir, la pluie s'est arrêtée, et une humidité terrible a commencé, c'était encore plus humide et plus froid que pendant la pluie, et une espèce de vapeur remontait de tout ça, de chaque pierre dans la rue et de chaque ruelle, si l'on plongeait ses yeux dedans, au plus profond, le plus loin possible, depuis la rue. D'un coup, j'ai eu l'idée que si le gaz s'était éteint partout ç'aurait été plus gai, que le gaz rendait le coeur plus triste, parce qu'il éclairait tout. Ce jour-là, je n'avais presque rien mangé, et j'avais passé tout le début de la soirée chez un ingénieur, où il y avait encore deux autres amis. Moi, je me taisais toujours, et je crois que je les ennuyais. Ils parlaient de quelque chose de révoltant, et même, d'un coup, ils se sont échauffés. Mais ça leur était égal, je le voyais, et ils s'échauffaient juste comme ça. C'est bien ce que je leur ai dit d'un coup : "Messieurs, je leur ai dit, mais ça vous est égal." Ils ne se sont pas sentis vexés, ils se sont tous moqués de moi. C'était parce que j'avais dit ça sans le moindre reproche, et juste parce que ça m'était égal à moi aussi. Eux, ils avaient vu que ça m'était égal, ça les avait tous mis en joie.

Quand j'ai eu cette idée sur le gaz, dans la rue, j'ai regardé le ciel. Le ciel était terriblement obscur, niais on pouvait nettement distinguer les nuages, avec, entre eux, des taches noires insondables. Tout à coup, dans une de ces taches noires, j'ai remarqué une toute petite étoile, et je me suis mis à la regarder fixement. C'était parce que cette toute petite étoile m'avait donné une idée : j'ai décidé de me tuer cette nuit-là. Cette décision, je l'avais prise fermement depuis déjà deux mois, et, tout pauvre que j'étais, j'avais acheté un très beau revolver et, le jour même, je l'avais chargé. Mais deux mois s'étaient déjà passés, et il était toujours resté dans son tiroir mais tout m'était tellement égal que j'avais fini par vouloir tomber sur une minute où ça me serait moins égal - pourquoi ça, je n'en sais rien. Et donc, de cette façon, tous les soirs, en rentrant chez moi, je me disais que j'allais me brûler la cervelle. Je guettais la minute. Et là, donc, maintenant, cette petite étoile m'avait donné l'idée, et j'ai décidé que ce serait absolument pour cette nuit. Et pourquoi cette petite étoile m'a donné cette idée, je n'en sais rien.

Et là, pendant que je regardais le ciel, tout à coup, cette petite fille m'a saisi par le coude. La rue était déjà déserte, il n'y avait presque plus personne. Au loin, un cocher dormait sur ses drojkis. La petite fille avait dans les huit ans, un petit fou-lard sur les épaules, avec juste une robe, toute trempée, mais je me suis souvenu surtout de ses souliers, troués et trempés, et je m'en souviens toujours. Ce sont eux, surtout, qui m'ont sauté aux yeux. Elle, tout à coup, elle s'est mise à me tirer par le coude et à m'appeler. Elle ne pleurait pas mais, d'une voix bizarrement hoquetante, elle criait des mots qu'elle n'arrivait pas à prononcer correctement, parce qu'elle était prise de fièvre, traversée de frissons. Je ne sais pas pourquoi, elle criait, d'une voix terro-risée, désespérée : "Ma maman! Ma maman!" Je m'étais déjà tourné vers elle, mais je n'ai pas dit un mot, et je poursuivais mon chemin, mais elle, elle me poursuivait et me tirait par le coude, et, à ce moment-là, sa voix a eu ce son qui signifie le désespoir chez les enfants vraiment terrorisés. Ce son, je le connais. Même si elle n'articulait pas les mots, j'ai bien compris que sa mère était en train de mourir je ne sais où, ou bien que quelque chose leur était arrivé, et qu'elle avait couru appeler quelqu'un, trouver quelque chose, pour aider sa maman. Mais je ne l'ai pas suivie et, au contraire, j'ai eu tout à coup l'idée de la chasser. J'ai commencé par lui dire d'aller trouver un gendarme. Mais, d'un seul coup, elle a joint ses petites mains comme pour me supplier, et, en sanglotant, en haletant, elle courait toujours à côté de moi et ne me lâchait pas. C'est là que j'ai tapé du pied et que j'ai crié. Elle, elle s'est juste exclamée : "Monsieur, monsieur!..." mais, d'un seul coup, elle m'a abandonné et elle a traversé la rue, à toute vitesse : là aussi un passant venait d'apparaître, et, visiblement, elle m'abandonnait pour se jeter vers lui.

J'ai grimpé jusqu'à mon quatrième étage. Je vis en location, nous avons des meublés. Ma chambre, elle est pauvre et petite, avec une fenêtre de grenier, en demi-cintre. J'ai un divan couvert de toile cirée, un bureau sur lequel il y a des livres, deux chaises, et un fauteuil profond, d'une vieillesse insigne, mais un fauteuil Voltaire. Je me suis assis, j'ai allumé la bougie, et j'ai pensé. A côté, dans l'autre chambre, derrière la cloison, la débauche continuait. Cela fai-sait deux jours qu'ils n'arrêtaient pas. La pièce était occupée par un capitaine à la retraite, et il avait des invités - cinq ou six bons à rien, ils buvaient de la vodka et ils jouaient au stoss avec des cartes usées. La nuit d'avant, il y avait eu une bagarre, et je sais que deux d'entre eux s'étaient longuement traînés par la tignasse. La logeuse voulait se plaindre, mais elle a une peur bleue du capitaine. Comme autres locataires dans nos meublés, il n'y a qu'une petite dame malingre et frêle, une femme de soldat, une provinciale, avec trois petits enfants, et qui sont tous tombés malades dans nos meublés. Ses enfants et elle, ils ont peur du capitaine à s'en évanouir, ils passent la nuit à trembler et se signer, et, même, le plus petit, de peur, a fait une espèce de crise. Ce capitaine, je le sais de source söre, il lui arrive d'arrêter les passants sur le Nevski et de demander l'aumône. On ne veut de lui à aucun poste, mais, chose étrange (c'est bien pour cela que je le raconte), ce capitaine, depuis un mois qu'il vit chez nous, il ne m'a jamais énervé le moins du monde. Evidem-ment, et dès le début, j'ai évité de le fréquenter, et puis il s'est vite ennuyé, avec moi, mais ils avaient beau crier tant qu'ils voulaient derrière la cloison, et s entasser à autant qu'ils voulaient, moi, ça m'était toujours égal. Je reste toute la nuit dans mon fauteuil, et, réellement, je ne les entends pas - tellement je les oublie. Parce que, toutes les nuits, je ne dors pas, et jusqu'à l'aube, et voilà déjà un an que ça dure. Je passe toutes mes nuits devant mon bureau, dans mon fauteuil, et je ne fais rien. Les livres, je ne les lis que dans la journée. Je reste là, et, même, je ne pense pas, c'est juste comme ça, quelques pensées errantes, et je les laisse errer. La bougie fond jusqu'au bout pendant la nuit. Je me suis assis a mon bureau sans faire de bruit, j'ai sorti le revolver et je l'ai posé devant moi. Quand je l'ai sorti, je me souviens, je me suis demandé : "Oui ?" et je me suis répondu, d'une manière absolument affirmative : "Oui." C'est-à-dire que j'allais me tuer. Je savais que, cette nuit-là, j'allais me tuer à coup sûr, mais combien de temps j'allais encore rester devant mon bureau jusqu'à ce moment-là, cela, je n'en savais rien. Et, bien sur, je me serais tué, sans cette petite fille.

II


Vous comprenez : bien sûr que ça m'était égal, mais la douleur, par exemple, je la ressentais. Quelqu'un m'aurait frappé et j'aurais senti de la douleur. C'était exactement pareil d'un point de vue moral : s'il était arrivé quelque chose qui fasse vraiment pitié, j'aurais ressenti de la pitié, exactement comme à l'époque, quand tout ne m'était pas encore égal dans la vie. J'avais bien ressenti de la pitié, sur le moment: l'enfant, malgré tout, je l'aurais sörement aidée. Alors, pourquoi n'ai-je pas aidé la petite fille? Eh bien, à cause d'une idée qui m'était venue quand elle me tirait et qu'elle m'appelait, tout à coup, une question avait surgi devant moi, une question que je ne pouvais pas résoudre. La question était oiseuse, mais je me suis fâché. Si je me suis fâché, c'est suite à cette conclusion que, Si j'avais pris ma déci-sion de me suicider cette nuit, alors, tout devait m'être égal dans le monde óà ce moment-là plus encore que jamais. Pourquoi donc avais-je, tout à coup, senti que ça ne m'était pas égal, et que j'avais pitié de la petite fille ? Je me souviens. j'ai eu pitié très fort ; c'était même une espèce de douleur étrange et même invraisemblable dans ma situation. Non, je suis incapable de mieux traduire cette sensation fugitive qui m'était venue à ce moment-là, mais cette sensation s'est encore prolongée chez moi, quand je m'étais déjà assis devant le bureau, et j'étais très agacé, comme jamais depuis longtemps. Les réflexions suivaient les réflexions. Il m'appa-raissait clairement que si je suis un homme, et pas encore du rien, et tant que je ne suis pas devenu du rien, je vis, et donc je suis capable de souffrir, d'éprouver de la colère ou de la honte pour mes actes. Bon. Mais pourtant, Si je me tue, par exemple, dans deux heures, alors, qu'est-ce qu'elle me fait, la petite fille, et quelle importance, dans ce cas-là, la honte, et tout ce que vous voulez au monde ? Je deviens du rien, du rien total. Et est-ce que, réelle-ment, la conscience du fait que, dans un instant, je cesserais complètement d'exister et, donc, que rien n'existerait, ne pouvait pas avoir la moindre influence sur cette sensation de pitié pour la petite fille et cette sensation de honte après l'infamie que j'avais commise ? Parce que, c'est bien pour cela que j'avais tapé des pieds et que j'avais crié d'une voix hystérique sur cette malheureuse enfant, parce que "n'est-ce pas, non seulement, tiens, je ne ressens aucune pitié, et même si je commets une infamie inhumaine, maintenant, j'ai le droit, parce que, d'ici deux heures, tout sera éteint". Vous me croyez, que c'est pour cela que j'ai crié ? Pour moi, maintenant, c'est presque une certitude. Je me représentais clairement que, maintenant, la vie et le monde étaient comme dépendants de moi. On peut même le dire de cette façon, que, maintenant, le monde, c'est comme s'il n'était fait que pour moi seul : je me tue, et le monde n'existe plus, du moins pour moi. Sans parler déjà de ce fait que, peut-être, c'est vrai qu'il n'y aura rien pour personne après moi, et le monde entier, à peine ma conscience se sera éteinte, s'éteindra tout de suite comme un spectre, un attribut de ma seule conscience, et cessera d'être, parce que, peut-être, ce monde dans son ensemble, et tous ces hommes, au fond, ils sont juste moi seul. Je me souviens qu'en réfléchissant dans mon fauteuil, je retournais toutes ces nouvelles questions qui se pressaient les unes après les autres dans une direc-tion même complètement différente et j'inventais des choses vraiment inattendues. Par exemple, cette réflexion étrange m'est venue tout à coup que si j'avais vécu auparavant sur la lune ou sur Mars et que j'y aie commis l'acte mais le plus honteux et le plus déshonorant qui puisse seulement s'imaginer et si, là-bas, pour cet acte, on m'avait avili et déshonoré comme on ne peut le ressentir et se l'imaginer qu'en rêve, dans un cauchemar, et si, me retrouvant, après, sur terre, j'avais conservé la conscience de mon acte sur telle autre planète, et que, de plus, j'aie su que jamais plus, et pour rien au monde, je n'y retournerais, eh bien, en regardant la lune depuis la terre - est-ce que, oui ou non, ça me serait encore égal ? Aurais-je ressenti, oui ou non, de la honte pour mon acte ? Ces questions étaient oiseuses et inutiles parce que le revolver était déjà pesé devant moi et que je savais par tout mon être que ça, ce serait à coup sûr, mais elles m'échauffaient, et je m'agitais. C'était comme si je ne pouvais pas mourir maintenant, avant d'avoir résolu quelque chose. Bref, cette petite fille m'a sauvé la vie, parce que toutes ces questions ont éloigné le coup de feu. Pendant ce temps, chez le capitaine aussi, tout avait commencé à se calmer : ils en avaient fini avec leurs cartes, et ils s'installaient pour dormir, et, en attendant, ils se contentaient de grogner et finissaient, sans conviction, de s'injurier. Et c'est là, tout d'un coup, que je me suis endormi, ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant, dans mon fauteuil, devant mon bureau. Je n'ai pas du tout remarqué à quel moment je me suis endormi. Les rêves, on le sait, ce sont des phénomènes extrêmement étranges : telle chose apparaît avec une précision terrifiante, une finesse de joaillier dans le rendu d'un détail, alors qu'on saute par-dessus telles autres, comme sans les remar-quer du tout, par exemple, par-dessus l'espace et le temps. Les rêves, semble-t-il, sont mus, non pas par la raison mais le désir, non par la tête mais par le coeur, et néanmoins, parfois, ma raison pouvait me jouer en rêve de ces tours tellement rusés ! Et néan-moins il lui arrive en rêve des choses tout à fait incompréhensibles ! Mon frère, par exemple, est mort il y a cinq ans. Parfois, je le vois en rêve : il prend une part active à mes affaires, nous sommes tous les deux très passionnés, et néanmoins, moi-même, pendant toute la durée du rêve, je sais, je me rappelle parfaitement que mon frère est mort et enterré. Comment donc puis-je ne pas m'étonner de ce que, tout mort qu'il peut être, il soit quand même à mes côtés et s'agite avec moi ? Pourquoi ma rai-son peut-elle parfaitement admettre cela ? Mais, il suffit. J'en viens à mon rêve. Oui, c'est alors que ce rêve m'est venu, ce rêve du trois novembre! Ils me rient au nez, maintenant, ils me disent que, juste-ment, ce n'était qu'un rêve. Mais n'est-ce pas égal que ce soit ou non un rêve Si ce rêve est venu m'annoncer la Vérité ? Car Si, une seule fois, vous avez su la vérité, et Si vous l'avez vue, vous savez bien qu'elle est la vérité, et qu'il n'y en a pas d'autre et qu'il ne peut pas y en avoir d'autre, que vous dormiez ou bien que vous viviez. Eh bien, soit, c'est un rêve, soit ómais, cette vie que vous placez Si haut, j'avais voulu l'éteindre par le suicide, alors que mon rêve, oh, mon rêveóil m'a annoncé une vie nouvelle, grandiose, puissante, renouvelée.
Ecoutez.

III


J'ai dit que je m'étais endormi sans m'en rendre compte, et même comme en continuant à réfléchir sur les sujets qui me préoccupaient. D'un coup, j'ai rêvé que je prenais le revolver et que, toujours assis, je le pointais directement sur mon coeur, mon coeur, et pas ma tête; moi, avant, j'avais décidé, d'un façon définitive, de me tirer une balle dans la tête, et plus précisément dans la tempe droite. L'ayant pointé sur ma poitrine, j'ai attendu une seconde ou deux, et ma bougie, le bureau et le mur devant moi se sont tout à coup mis à bouger, à tanguer. Je me suis dépêché de tirer.

Dostoïevski
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