>>PoulpeDeNoel
Une réponse très satisfaisante puisqu'elle ouvre à encore bien d'autres questions
Mais d'abord un petit retours sur le méli-mélo du premier pavé ;
j'ai confondu ensemble un système de pensée et l'application de cette pensée dans un modèle politique ; partant du principe que la Raison s'accomplit dans l'Histoire et que la "réalité" matérielle est profondément liée aux courants idéologiques qui animent les humains qui agissent en retours sur cette réalité individuelle et collective - l'Esprit se réalisant dans la matière (Hegel) ou la Matière rendant possible la formation d'un certain esprit (Marx) - et donc en reliant toujours les phénomènes de l'esprit aux phénomènes objectifs qui les rendent possibles et réciproquement.
Et donc j'entends par "conditions matérielles d'existence" les phénomènes concrets, objectifs, qui rendent possible à un individu de se réaliser (ces "conditions" étant l'état donné du monde économique/politique/géographique/culturel/etc... à laquelle toute personne est individuellement confrontée).
Pour moi, une "société" est le fruit des actes et des pensées des personnes qui l'habitent, et réciproquement une "personne" est le fruit des choses qu'elle à vécu dans ce monde, les deux interagissant nécessairement.
Voilà pour m'expliquer et ne pas trop paraître brouillon sur ce que j'ai dis avant ^^
Sinon : Je suis bien d'accord avec toi et Cioran vis à vis de la critique qu'il faut porter à l'encontre d'un système entendu comme système de pensée qui contraindrait la réalisation de la multiplicité spirituelle de l'humanité. Il faut bien porter en soi un chaos pour faire naître une étoile dansante ;)
Je vous rejoins aussi sur toutes les critiques qui peuvent êtres faites sur la trop grosse tendance à rationaliser le monde, à le "géométriser" comme dit Husserl (c'est d'ailleurs la pensée de Adorno que je te laisse découvrir). Nietzsche/Cioran/Adorno/Habermas/Husserl/Ellul/Heidegger ; même combat contre l'ultra positivisme et le totalitarisme scientiste (on peut rajouter dans le lot Michel Henry qui n'est pas encore très connu mais qui a fait du bon boulot sur le sujet)
Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'il faut définir des "limites" à l'action individuelle dans le cadre collectif, cela non pour opprimer mais au contraire rendre possible l'harmonie de toutes les individualités et permettre la coexistence d'une somme considérable d'identités pourtant si distinctes les unes des autres.
Peut être même qu'on peut définir rationnellement les conditions politiques/économiques/etc..de cette harmonie .
C'est donc parce que je vois d'abord cette vérité qu'est la singularité de tout individu que j'essaie de penser le moyen de faire qu'elle puissent exister en système sans que ce système ne les nie (ce qui pourtant s'est toujours produit)
Cependant...j'entends de nouveau que tout système ne peut englober la totalité de ce qui est sans faire triompher une ou des vérités sur toutes celles qui sont possibles...et donc sans réduire l'infinité des possibilités pour un individu d'être un être singulier.
Sauf le système capitaliste. Tout le monde a des marchandises calibrées pour lui, tout s'achète, tout se vend, tout rendre dans le "système" à la fois concrètement et spirituellement.
Et donc ce qui est paradoxal, c'est que c'est ce système au sein duquel on reconnaît la singularité de chacun (dans la consommation en tous cas) est aussi celui qui créer des masses informes de consommateurs, tous semblables en ce qu'ils se réalisent chacun individuellement au travers de ses produits à lui (de consommation de masse pourtant) - industrialisation de la culture = homogénéisation des individus par la distinction- .
De même que "le social" a anéanti l'individu au profit de la communauté à laquelle il appartient.
Alors toujours la même question; s'il y a un monde commun, rond en plus, alors il y a une réalité commune qui est la condition de possibilité de toutes les réalités vécues individuellement, et donc >> comment joindre les deux ? Comment faire de ce point commun qui nous distingue (le fait que chacun se construit en lui-même sa vision du monde) ce qui nous rassemble dans les faits?
Je vois dans la multiplicité des vérités individuelles une source d'antagonisme entre les individus et les sociétés, Comment ne pas nous entre déchirer sans lois, sans système institué qui permet une base collective? En somme, faut il un Etat et pourquoi pas un Etat Mondial pour réguler les entrechocs de toutes les individualités du monde?
Je ne te connais malheureusement pas (sinon quelles discutions et quelles soirées!) mais je crois voir dans ton discours ce que je suis venu chercher ici >>> des raisons de soutenir la liberté individuelle contre les atteintes qui lui sont faites. Et donc la réponse sera peut être : Non, il ne faut pas de structure ; il faut laisser le flux du réel s'agiter dans tous les sens sans rien empêcher. Et pourtant, c'est là le discours de ceux contre qui nous nous battons quand nous défendons internet et le libre : c'est le discours du laisser-faire capitaliste , de la lois du plus fort finalement.
Malheureusement, je crois ne pas pouvoir encore me détacher de l'idée que c'est cette liberté individuelle qui fait du monde un endroit pollué, dirigé par une caste d'individus agissants pour leurs seuls intérêts et qui font courir toute l'humanité vers sa perte. Il y a certains dont il faudrait limiter les libertés si tu vois ce que je veux dire
Et pourtant, dans l'idéal je donne raison à toi comme à Nietzsche...
Sinon, peut tu m'éclaircir ce que tu entends pas "l'avènement du Social au dépit du Politique " ?
Pour finir, toutes tes réponses m'ont profondément fait cheminer dans ma pensée, je te remercie encore pour le temps que tu as passé à me lire et me répondre.

et j'espère t'avoir partagé au moins autant que tu m'as apporté l'ami ( suis toujours sur Kaczynski, une superbe découverte pour
Ne vois dans cet autre pavé qu'une tentative pour moi de te montrer le problème auquel je me confronte affin que tu apportes encore de l'eau à mon petit moulin
Tout ça me laisse dans une drôle de rêverie...qui peux tu être, quel peut être ton parcours, tes centres d'intérêts... Et j'escompte bien en savoir plus dans de prochains échanges