Topic : « Quel est votre poète préféré ? »

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Moi c'est Paul Verlaine même si j'aime bien ceux de Victor Hugo.
Voici un petit extrait de ce premier dans son recueil "Les chansons pour elle (1891)"

Es-tu brune ou blonde ?
Es-tu brune ou blonde ?
Sont-ils noirs ou bleus,
Tes yeux ?
Je n'en sais rien mais j'aime leur clarté profonde,
Mais j'adore le désordre de tes cheveux.

Es-tu douce ou dure ?
Est-il sensible ou moqueur,
Ton coeur ?
Je n'en sais rien mais je rends grâce à la nature
D'avoir fait de ton coeur mon maître et mon vainqueur.

Fidèle, infidèle ?
Qu'est-ce que ça fait,
Au fait
Puisque toujours dispose à couronner mon zèle
Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait.



Paul Verlaine https://image.noelshack.com/minis/2018/31/1/1532901946-paul-verlaine-2.png

Celui d'Hugo que j’apprécie, tout particulièrement https://image.noelshack.com/minis/2017/43/5/1509062734-victorhugo.png
Après la bataille
Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait: » A boire! à boire par pitié ! »
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: « Caramba! »
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.


Victor Hugo

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Rien ne vaut François Villon

Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six :
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Si nous vous appelons frères, vous n'en devez
Avoir dédain, bien que nous ayons été tués
Par justice. Toutefois vous savez
Que tous les hommes n'ont pas l'esprit bien rassis.
Excusez-nous, puisque nous sommes trépassés,
Auprès du fils de la Vierge Marie,
De façon que sa grâce ne soit pas tarie pour nous,
Et qu'il nous préserve de la foudre infernale.
Nous sommes morts, que personne ne nous tourmente,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

La pluie nous a lessivés et lavés
Et le soleil nous a séchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont crevé les yeux,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais un seul instant nous ne sommes assis;
De ci de là, selon que le vent tourne,
Il ne cesse de nous ballotter à son gré,
Plus becquétés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Prince Jésus qui a puissance sur tous,
Fais que l'enfer n'ait sur nous aucun pouvoir :
N'ayons rien à faire ou à solder avec lui.
Hommes, ici pas de plaisanterie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.
Avatar de lesaumonfume lesaumonfume
J'ai du mal à voir comment on peut préférer tel à tel poète.

Qu'est-ce qui fait que Ronsard est meilleur que Baudelaire, Valery, Hugo ou même un simple mec lambda ?

Le nombre de poèmes écrits ? La plèbe ? Les grands académiciens ? Ta prof de français ?
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Citation de ASH1
sauf que lui il était sur la potence

Il est pas plutôt mort :question:
"Excusez-nous, puisque nous sommes trépassés,
Auprès du fils de la Vierge Marie, "

"Avoir dédain, bien que nous ayons été tués"
Avatar de ASH1 ASH1
Citation de BelAmi
Il est pas plutôt mort :question:
"Excusez-nous, puisque nous sommes trépassés,
Auprès du fils de la Vierge Marie, "
"Avoir dédain, bien que nous ayons été tués"

Nop on devait le pendre mais il a pas été pendu... il fini sa vie en exile on ne sait trop où en France.
Avatar de BelAmi BelAmi
Citation de lesaumonfume
J'ai du mal à voir comment on peut préférer tel à tel poète.
Qu'est-ce qui fait que Ronsard est meilleur à Baudelaire, Valery, Hugo ou même un simple mec lambda ?
Le nombre de poèmes écrits ? La plèbe ? Les grands académiciens ? Ta prof de français ?

Celui qui te touche le plus
Par exemple celui de Verlaine me touche plus que ceux de Ronsard parce que pour moi c'est plutôt compréhensible contrairement aux poèmes de Ronsard qui sont écrit avec le langage de son époque mais c'est purement personnel :ok:
Avatar de BelAmi BelAmi
Certain vont préféré Rimbaud parce que pour eux ses poèmes leurs permettent de s'évader et je comprend très bien ça, avec ceux poème

Le dormeur du val
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit
Avatar de ASH1 ASH1
Citation de lesaumonfume
J'ai du mal à voir comment on peut préférer tel à tel poète.
Qu'est-ce qui fait que Ronsard est meilleur que Baudelaire, Valery, Hugo ou même un simple mec lambda ?
Le nombre de poèmes écrits ? La plèbe ? Les grands académiciens ? Ta prof de français ?

sa propre sensibilité https://image.noelshack.com/minis/2018/25/6/1529772338-ash-evil-dead-fume-ashyslashy-sticker-jvc.png
Avatar de ASH1 ASH1
Nous sommes les hommes creux
Les hommes empaillés
Cherchant appui ensemble
La caboche pleine de bourre. Hélas !
Nos voix desséchées, quand
Nous chuchotons ensemble
Sont sourdes, sont inanes
Comme le souffle du vent parmi le chaume sec
Comme le trottis des rats sur les tessons brisés
Dans notre cave sèche.

Silhouette sans forme, ombre décolorée,
Geste sans mouvement, force paralysée ;

Ceux qui s’en furent
Le regard droit, vers l’autre royaume de la mort
Gardent mémoire de nous – s’ils en gardent – non pas
Comme de violentes âmes perdues, mais seulement
Comme d’hommes creux
D’hommes empaillés.

II

Les yeux que je n’ose pas rencontrer dans les rêves
Au royaume de rêve de la mort
Eux, n’apparaissent pas:
Là, les yeux sont
Du soleil sur un fût de colonne brisé
Là, un arbre se balance
Et les voix sont
Dans le vent qui chante
Plus lointaines, plus solennelles
Qu’une étoile pâlissante.

Que je ne sois pas plus proche
Au royaume de rêve de la mort
Qu’encore je porte
Pareils francs déguisements: robe de rat,
Peau de corbeau, bâtons en croix
Dans un champ
Me comportant selon le vent
Pas plus proche –

Pas cette rencontre finale
Au royaume crépusculaire.

III

C’est ici la terre morte
Une terre à cactus
Ici les images de pierre
Sont dressées, ici elles reçoivent
La supplication d’une main de mort
Sous le clignotement d’une étoile pâlissante.

Est-ce ainsi
Dans l’autre royaume de la mort:
Veillant seuls
A l’heure où nous sommes
Tremblants de tendresse
Les lèvres qui voudraient baiser
Esquissent des prières à la pierre brisée.

IV

Les yeux ne sont pas ici
Il n’y a pas d’yeux ici
Dans cette vallée d’étoiles mourantes
Dans cette vallée creuse
Cette mâchoire brisée de nos royaumes perdus

En cet ultime lieu de rencontre
Nous tâtonnons ensemble
Evitant de parler
Rassemblés là sur cette plage du fleuve enflé

Sans regard, à moins que
Les yeux ne reparaissent
Telle l’étoile perpétuelle
La rose aux maints pétales
Du royaume crépusculaire de la mort
Le seul espoir
D’hommes vides.

V

Tournons autour du fi-guier
De Barbarie, de Barbarie
Tournons autour du fi-guier
Avant qu’le jour se soit levé.

Entre l’idée
Et la réalité
Entre le mouvement
Et l’acte
Tombe l’Ombre

Car Tien est le Royaume

Entre la conception
Et la création
Entre l’émotion
Et la réponse
Tombe l’Ombre

La vie est très longue

Entre le désir
Et le spasme
Entre la puissance
Et l’existence
Entre l’essence
Et la descente
Tombe l’Ombre

Car Tien est le Royaume

Car Tien est
La vie est
Car Tien est

C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
Pas sur un Boum, sur un murmure.

***

T.S. Eliot (1888-1965
Avatar de lesaumonfume lesaumonfume
Citation de ASH1
sa propre sensibilité https://image.noelshack.com/minis/2018/25/6/1529772338-ash-evil-dead-fume-ashyslashy-sticker-jvc.png

Justement, c'est là que je suis perdu face à telle question. Certains poèmes extrêmement simples sont très profonds. D'autres très complexes traitent d'un sujet simple et accessible, mais l'élèvent ainsi de manière éblouissante. D'autres, par une utilisation des mots parfaite, tout en restant très terre à terre, font d'objets tout à fait basiques des figure poétiques.

Certains me plairont par la difficulté de compréhension qu'ils nous imposent, d'autres par leur simplicité, certains par leur sincérité, ou encore le fait qu'ils s'inscrivent dans des genres jamais vus, marquant ainsi un renouvellement de la poésie et de ses règles, bref, le fait qu'ils apportent une certaine fraîcheur.

Ce que je veux dire, c'est qu'il me paraît impossible de préférer tel ou tel poète.

Absolument tous les grands poètes auront au moins un poème qui vous bousculera, même si le registre ne vous parle pas.

Je n'affirme rien, mais cette question me perd complètement.
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