Topic : « Désir »

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Ah ! si je pouvais trouver une issue à cette vallée profonde, sur laquelle pèse un froid nuage, oh ! que je serais heureux ! Là-bas j’apercevrais les belles collines toujours riantes et toujours vertes. Que n’ai-je des ailes pour m’élancer vers ces collines !

J’entends résonner les douces harmonies du ciel, et des vents légers m’apportent des parfums balsamiques. Je vois briller des fruits d’or sous un épais feuillage, et les fleurs qui s’épanouissent là ne seront la proie d’aucun hiver.

Oh ! qu’il doit être doux de vivre à cet éternel rayon de soleil ! que l’air de ces collines doit être rafraîchissant ! Mais un torrent fougueux me sépare de cette contrée, et la fureur des vagues épouvante mon âme.

Je vois une nacelle se balancer sur l’onde ; mais, hélas ! je ne vois point de batelier. Allons, courage ! n’hésitons pas, les voiles sont enflées ; il faut croire, il faut oser, sans attendre l’assurance des Dieux. Le miracle seul peut te porter dans la terre du miracle.
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POÉSIE DE LA VIE.

Qui pourrait se repaître d’images mensongères dont la fausse apparence nous cache la réalité et trompe notre espoir par un vain jeu ? Moi, je veux voir la vérité sans voile, dût mon beau ciel disparaître avec mon illusion, dût le sentiment réel des choses enchaîner le vol de mon esprit dans l’immense région des chimères ! n’importe ! mon esprit apprendra à se vaincre lui-même et il n’en sera que plus résigné à la loi sacrée des devoirs, à l’arrêt terrible de la destinée. Comment supporterait-il la nécessité, celui qui s’effrayerait de la douce jouissance de la vérité ?

C’est ainsi que tu parles, mon ami, c’est ainsi que tu considères les choses : retiré dans le port que l’expérience t’a ouvert, c’est ainsi que tu rejettes toute vaine apparence. Effrayé de ta sévérité, l’essaim des Amours s’enfuit, les Muses se taisent, les Heures suspendent leurs danses joyeuses, les trois Grâces enlèvent leurs couronnes de leurs belles chevelures, Apollon brise sa lyre d’or, Mercure son caducée. Le tissu doré des Songes qui s’étendait sur la pâle aridité de la vie s’anéantit, et le monde paraît ce qu’il est réellement, un tombeau. Le fils de Cythère arrache de ses yeux son magique bandeau, l’Amour voit, et il voit un mortel dans son idole ; il s’effraye, s’éloigne ; la jeune image de la beauté se flétrit, le baiser de ton amante se glace sur tes lèvres, et dans l’élan de la joie tu deviens froid comme le marbre.

- Friedrich Schiller
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