Topic : « Nouvelle [2] »

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Quand le père Leras, teneur de livres chez MM. Labuze et Cie sortit du magasin, il demeura quelques instants ébloui par l’éclat du soleil couchant. Il avait travaillé tout le jour sous la lumière jaune du bec de gaz, au fond de l’arrière-boutique, sur la cour étroite et profonde comme un puits. La petite pièce où depuis quarante ans il passait ses journées était si sombre que, même dans le fort de l’été c’est à peine si on pouvait se dispenser de l’éclairer de onze heures à trois heures.
Il y faisait toujours humide et froid ; et les émanations de cette sorte de fosse où s’ouvrait la fenêtre entraient dans la pièce obscure, l’emplissaient d’une odeur moisie et d’une puanteur d’égout.
M. Leras, depuis quarante ans, arrivait, chaque matin, à huit heures, dans cette prison ; et il y demeurait jusqu’à sept heures du soir, courbé sur ses livres, écrivant avec une application de bon employé.
Il gagnait maintenant trois mille francs par an, ayant débuté à quinze cents francs. Il était demeuré célibataire, ses moyens ne lui permettant pas de prendre femme. Et n’ayant jamais joui de rien, il ne désirait pas grand’chose. De temps en temps, cependant, las de sa besogne monotone et continue, il formulait un vœu platonique : « Cristi, si j’avais cinq mille livres de rentes, je me la coulerais douce. »
Il ne se l’était jamais coulée douce, d’ailleurs, n’ayant jamais eu que ses appointements mensuels.
Sa vie s’était passée sans événements, sans émotions et presque sans espérances. La faculté des rêves, que chacun porte en soi, ne s’était jamais développée dans la médiocrité de ses ambitions.
Il était entré à vingt et un ans chez MM. Labuze et Cie. Et il n’en était plus sorti.
En 1856, il avait perdu son père, puis sa mère en 1859. Et depuis lors, rien qu’un déménagement en 1868, son propriétaire ayant voulu l’augmenter.
Tous les jours son réveil-matin, à six heures précises, le faisait sauter du lit, par un effroyable bruit de chaîne qu’on déroule.
Deux fois, cependant, cette mécanique s’était détraquée, en 1866 et en 1874, sans qu’il eût jamais su pourquoi. Il s’habillait, faisait son lit, balayait sa chambre, époussetait son fauteuil et le dessus de sa commode. Toutes ces besognes lui demandaient une heure et demie.
Puis il sortait, achetait un croissant à la boulangerie Lahure, dont il avait connu onze patrons différents sans qu’elle perdît son nom, et il se mettait en route en mangeant ce petit pain.
Son existence tout entière s’était donc accomplie dans l’étroit bureau sombre tapissé du même papier. Il y était entré jeune, comme aide de M. Brument et avec le désir de le remplacer.
Il l’avait remplacé et n’attendait plus rien.
Toute cette moisson de souvenirs que font les autres hommes dans le courant de leur vie, les événements imprévus, les amours douces ou tragiques, les voyages aventureux, tous les hasards d’une existence libre lui étaient demeurés étrangers.
Les jours, les semaines, les mois, les saisons, les années s’étaient ressemblés. À la même heure, chaque jour, il se levait, partait, arrivait au bureau, déjeunait, s’en allait, dînait et se couchait, sans que rien eût jamais interrompu la régulière monotonie des mêmes actes, des mêmes faits, et des mêmes pensées.
Autrefois il regardait sa moustache blonde et ses cheveux bouclés dans la petite glace ronde laissée par son prédécesseur. Il contemplait maintenant, chaque soir, avant de partir, sa moustache blanche et son front chauve dans la même glace. Quarante ans s’étaient écoulés, longs et rapides, vides comme un jour de tristesse, et pareils comme les heures d’une mauvaise nuit ! Quarante ans dont il ne restait rien, pas même un souvenir, pas même un malheur, depuis la mort de ses parents. Rien.


Ce jour-là, M. Leras demeura ébloui, sur la porte de la rue, par l’éclat du soleil couchant ; et, au lieu de rentrer chez lui, il eut l’idée de faire un petit tour avant dîner, ce qui lui arrivait quatre ou cinq fois par an.
Il gagna les boulevards où coulait un flot de monde sous les arbres reverdis. C’était un soir de printemps, un de ces premiers soirs chauds et mous qui troublent les cœurs d’une ivresse de vie.
M. Leras allait de son pas sautillant de vieux ; il allait avec une gaieté dans l’œil, heureux de la joie universelle et de la tiédeur de l’air.
Il gagna les Champs-Élysées et continua de marcher, ranimé par les effluves de jeunesse qui passaient dans les brises.
Le ciel entier flambait ; et l’Arc de Triomphe découpait sa masse noire sur le fond éclatant de l’horizon, comme un géant debout dans un incendie. Quand il fut arrivé auprès du monstrueux monument, le vieux teneur de livres sentit qu’il avait faim, et il entra chez un marchand de vins pour dîner.
On lui servit devant la boutique, sur le trottoir, un pied de mouton poulette, une salade et des asperges ; et M. Leras fit le meilleur dîner qu’il eût fait depuis longtemps. Il arrosa son fromage de Brie d’une demi-bouteille de bordeaux fin ; puis il but une tasse de café, ce qui lui arrivait rarement, et ensuite un petit verre de fine champagne.
Quand il eut payé, il se sentit tout gaillard, tout guilleret, un peu troublé même. Et il se dit : « Voilà une bonne soirée. Je vais continuer ma promenade jusqu’à l’entrée du Bois de Boulogne. Ça me fera du bien. »


Il repartit. Un vieil air, que chantait autrefois une de ses voisines, lui revenait obstinément dans la tête :

Quand le bois reverdit,
Mon amoureux me dit :
Viens respirer, ma belle,
Sous la tonnelle.

Il le fredonnait sans fin, le recommençait toujours. La nuit était descendue sur Paris, une nuit sans vent, une nuit d’étuve. M. Leras suivait l’avenue du Bois-de-Boulogne et regardait passer les fiacres. Ils arrivaient avec leurs yeux brillants, l’un derrière L’autre, laissant voir une seconde un couple enlacé, la femme en robe claire et l’homme vêtu de noir.
C’était une longue procession d’amoureux, promenés sous le ciel étoilé et brûlant. Il en venait toujours, toujours. Ils passaient, passaient, allongés dans les voitures, muets, serrés l’un contre l’autre, perdus dans l’hallucination, dans l’émotion du désir, dans le frémissement de l’étreinte prochaine. L’ombre chaude semblait pleine de baisers qui voletaient, flottaient. Une sensation de tendresse alanguissait l’air, le faisait plus étouffant. Tous ces gens enlacés, tous ces gens grisés de la même attente, de la même pensée, faisaient courir une fièvre autour d’eux. Toutes ces voitures, pleines de caresses, jetaient sur leur passage comme une émanation subtile et troublante.


M. Leras, un peu las à la fin de marcher, s’assit sur un banc pour regarder défiler ces fiacres chargés d’amour. Et, presque aussitôt, une femme arriva près de lui et prit place à son côté.
– Bonjour, mon petit homme, dit-elle.
Il ne répondit point. Elle reprit :
– Laisse-toi aimer, mon chéri ; tu verras que je suis bien gentille.
Il prononça :
– Vous vous trompez, madame.
Elle passa un bras sous le sien :
– Allons, ne fais pas la bête, écoute...
Il s’était levé, et il s’éloigna, le cœur serré.
Cent pas plus loin, une autre femme l’abordait :
– Voulez-vous vous asseoir un moment près de moi, mon joli garçon ?
Il lui dit :
– Pourquoi faites-vous ce métier-là ?
Elle se planta devant lui, et la voix changée, rauque, méchante :
– Nom de Dieu, ce n’est toujours pas pour mon plaisir.
Il insista d’une voix douce :
– Alors, qu’est-ce qui vous pousse ?
Elle grogna :
– Faut bien qu’on vive, c’te malice.
Et elle s’en alla en chantonnant.
M. Leras demeurait effaré. D’autres femmes passaient près de lui, l’appelaient, l’invitaient.
Il lui semblait que quelque chose de noir s’étendait sur sa tête, quelque chose de navrant.
Et il s’assit de nouveau sur un banc. Les voitures couraient toujours.
– J’aurais mieux fait de ne pas venir ici, pensa-t-il, me voilà tout chose, tout dérangé.
Il se mit à penser à tout cet amour, vénal ou passionné, à tous ces baisers, payés ou libres, qui défilaient devant lui.


L’amour ! il ne le connaissait guère. Il n’avait eu dans sa vie que deux ou trois femmes, par hasard, par surprise, ses moyens ne lui permettant aucun extra. Et il songeait à cette vie qu’il avait menée, si différente de la vie de tous, à cette vie si sombre, si morne, si plate, si vide.
Il y a des êtres qui n’ont vraiment pas de chance. Et tout d’un coup, comme si un voile épais se fût déchiré, il aperçut la misère, l’infinie, la monotone misère de son existence : la misère passée, la misère présente, la misère future : les derniers jours pareils aux premiers, sans rien devant lui, rien derrière lui, rien autour de lui, rien dans le cœur, rien nulle part.
Le défilé des voitures allait toujours. Toujours il voyait paraître et disparaître, dans le rapide passage du fiacre découvert, les deux êtres silencieux et enlacés. Il lui semblait que l’humanité tout entière défilait devant lui, grise de joie, de plaisir, de bonheur. Et il était seul à la regarder seul, tout à fait seul. Il serait encore seul demain, seul toujours, seul comme personne n’est seul.
Il se leva, fit quelques pas, et brusquement fatigué, comme s’il venait d’accomplir un long voyage à pied, il se rassit sur le banc suivant.
Qu’attendait-il ? Qu’espérait-il ? Rien. Il pensait qu’il doit être bon, quand on est vieux, de trouver, en rentrant au logis, des petits enfants qui babillent. Vieillir est doux quand on est entouré de ces êtres qui vous doivent la vie, qui vous aiment, vous caressent, vous disent ces mots charmants et niais qui réchauffent le cœur et consolent de tout.
Et, songeant à sa chambre vide, à sa petite chambre propre et triste, où jamais personne n’entrait que lui, une sensation de détresse lui étreignit l’âme. Elle lui apparut, cette chambre, plus lamentable encore que son petit bureau.
Personne n’y venait ; personne n’y parlait jamais. Elle était morte, muette, sans écho de voix humaine. On dirait que les murs gardent quelque chose des gens qui vivent dedans, quelque chose de leur allure, de leur figure, de leurs paroles. Les maisons habitées par des familles heureuses sont plus gaies que les demeures des misérables. Sa chambre était vide de souvenirs, comme sa vie. Et la pensée de rentrer dans cette pièce tout seul, de se coucher dans son lit, de refaire tous ses mouvements et toutes ses besognes de chaque soir l’épouvanta. Et, comme pour s’éloigner davantage de ce logis sinistre et du moment où il faudrait y revenir, il se leva, et, rencontrant soudain la première allée du Bois, il entra dans un taillis pour s’asseoir sur l’herbe...
Il entendait autour de lui, au-dessus de lui, partout, une rumeur confuse, immense, continue, faite de bruits innombrables et différents, une rumeur sourde, proche, lointaine, une vague et énorme palpitation de vie : le souffle de Paris, respirant comme un être colossal.


Le soleil déjà haut versait un flot de lumière sur le Bois de Boulogne.
Quelques voitures commençaient à circuler ; et les cavaliers arrivaient gaiement.
Un couple allait au pas dans une allée déserte. Tout à coup, la jeune femme, levant les yeux, aperçut dans les branches quelque chose de brun ; elle leva la main, étonnée, inquiète :
– Regardez... qu’est-ce que c’est ?
Puis, poussant un cri, elle se laissa tomber dans les bras de son compagnon qui dut la déposer à terre.
Les gardes, appelés bientôt, décrochèrent un vieux homme pendu au moyen de ses bretelles.
On constata que le décès remontait à la veille au soir. Les papiers trouvés sur lui révélèrent qu’il était teneur de livres chez MM. Labuze et Cie et qu’il se nommait Leras.
On attribua la mort à un suicide dont on ne put soupçonner les causes. Peut-être un accès subit de folie ?


Synopsis : depuis quarante ans, le père Leras est un bon employé, exerçant méticuleusement des tâches monotones chez MM. Labuze et Cie. Sa vie privée paraît tout aussi terne et rangée. Aujourd'hui, il gagne les Champs-Élysées, dîne sur le trottoir et continue sa promenade...

N'oubliez pas le "a lu"
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Citation de Oriflamme
Voilà une vraie nouvelle :
Inhale.
Inspire autant d’air que tu peux. Cette histoire devrait durer à peu près aussi longtemps que tu seras capable de retenir ta respiration, et puis encore un peu plus. Donc, lis-là aussi vite que possible.
Un ami à moi, à treize ans, entendit parler de l’ « emmanchage » – c’est quand un mec s’éclate en se plantant un gode dans le cul. Si tu stimules ta prostate assez fort, il paraît que tu peux avoir des orgasmes explosifs – et sans les mains. À cet âge-là, mon ami est un petit obsédé. Il cherche sans cesse des moyens plus efficaces pour jouir. Il sort pour acheter une carotte et de la vaseline afin de mener à bien une petite expérience personnelle. Et puis il se rend compte de l’air qu’il va avoir au supermarché avec sa carotte solitaire et son tube de lubrifiant avançant doucement sur le tapis roulant vers la caissière. Sous les yeux de tous les clients qui font la queue derrière lui. Qui, tous, comprennent la grande soirée qu’il se prépare.
Alors, mon pote achète du lait, des œufs et du sucre, plus une carotte, tous les ingrédients pour un gâteau à la carotte. Et de la vaseline.
Comme s’il allait rentrer chez lui et se planter un gâteau à la carotte dans le fion.
De retour à la maison, il épluche son légume. Il le graisse et se l’enfonce dans le derrière. Et alors – que dalle. Il ne se passe rien, à part que ça fait mal. Pas d’orgasme.
Et voilà que sa mère l’appelle pour le dîner. Elle lui crie de descendre et tout de suite.
Il tire sur sa carotte pour la sortir de ses boyaux et il planque ce truc gluant et dégueulasse dans son linge sale, sous son lit.
Après le repas, quand il veut la récupérer, elle n’est plus là. Pendant qu’il mangeait, maman était venue chercher ses fringues pour les laver. Elle est forcément tombée sur l’éplucheur piqué à la cuisine et sur la carotte, lubrifiée et puante.
Après ça, mon pote reste des mois avec cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête, il attend que ses parents l’interrogent sur cette histoire. Et ils ne le font pas. Jamais. Et même aujourd’hui, alors que ce gamin est devenu adulte, cette carotte invisible pendouille au-dessus de chaque réveillon de Noël, de chaque anniversaire. À toutes les chasses aux œufs, à Pâques, avec ses propres gosses, les petits-enfants de ses parents, ce légume fantôme plane sur toute la famille.
Cette chose est trop horrible pour être nommée.
Les Français ont une formule pour ça – l’esprit de l’escalier – qui indique cet instant où tu trouves la réponse, mais trop tard. Disons que tu es à une fête et que quelqu’un t’insulte. Il faut que tu répliques. Et donc, sous la pression, alors que tout le monde te regarde, tu balances une connerie. Mais quand tu quittes la fête…
Juste quand tu t’engages dans l’escalier, tout à coup – c’est magique. Les mots parfaits que tu aurais dû dire te viennent tout seuls. La formule qui tue par excellence.
C’est ça, l’esprit de l’escalier.
L’ennui, c’est que même les Français n’ont pas d’expression pour les trucs stupides que tu as effectivement sortis sous le coup du stress. Ces machins idiots et affreux que tu penses ou que tu fais.
Certains actes sont trop ignobles pour être seulement nommés. Trop ignobles pour être seulement évoqués.
Rétrospectivement, les pédopsychiatres et les conseillers scolaires reconnaissent que parmi la dernière vague de suicides d’adolescents, la plupart de ces gosses tentaient de s’étrangler pendant qu’ils se branlaient. Leurs parents les découvrent, une serviette serrée autour du cou et attachée à la tringle du placard de leur chambre. Le gamin est mort. Il y a du sperme séché partout. Bien sûr, papa et maman nettoient tout ça. Et ils remettent un pantalon à leur rejeton. Ils s’arrangent pour que ça ait l’air…plus correct. Intentionnel, au moins. Le genre de suicides affreux, mais « normal ».
Un autre de mes potes, un gamin de l’école – son frère ainé est dans la marine US et il lui raconte que les mecs, au Moyen-Orient, ne s’astiquent pas comme nous. Il est stationné dans un quelconque pays plein de chameaux où on vend sur les marchés ce qu’on pourrait prendre pour un coupe-papier fantaisiste.
C’est une tige d’argent ou de cuivre poli, très mince, à peu près de la longueur d’une main, avec une extrémité un peu plus large, ou une grosse boule de métal, ou le genre de bout sculpté qu’on trouve sur le manche des épées. Le petit gars de la marine explique que les Arabes, une fois en érection, s’enfoncent toute la longueur de cette tigre métallique dans la queue, puis qu’ils se branlent avec ça et il paraît que c’est bien meilleur. Plus intense.
C’est ce grand frère qui voyage à travers le monde, et qui lui envoie des expressions françaises. Des expressions russes. Des conseils pratiques de branlette.
Et voilà qu’un jour mon pote ne se pointe pas à l’école. Et ce soir-là, il m’appelle pour me demander si je peux récupérer ses devoirs pour lui pendant deux semaines. Parce qu’il est à l’hosto.
Il est obligé de partager une chambre avec des vieux opérés de l’intestin. Il raconte qu’ils regardent la même télé. Il n’a qu’un rideau pour protéger son intimité. Ses parents ne lui rendent pas visite. Au téléphone, il me dit qu’à présent ses copains ont juste envie de flinguer son grand frère, le marin.
Au téléphone, il m’explique que, la veille, il était juste un peu défoncé. Il était chez lui, dans sa chambre, affalé sur son lit. Il avait allumé une bougie et il feuilletait de vieux magazines porno, décidé à se faire reluire. Il venait d’avoir des nouvelles de son frangin dans la marine. Ce détail technique sur la façon arabe de s’astiquer le poireau. Il regarde autour de lui pour trouver quelque chose qui ferait l’affaire. Un stylo à bille ? Trop gros. Un crayon ? Trop gros aussi, et trop rêche. Et puis il voit la fine coule de cire, le long de sa bougie. Parfait. Il la détache avec un ongle. Il la roule soigneusement entre ses mains. C’est long, c’est doux, c’est mince.
Défoncé et excité, il fait glisser cette tige de plus en plus profondément dans son urètre. Avec un bon morceau de cire qui dépasse du bout de son gland. Et il se met au boulot.
Aujourd’hui encore, il avoue que ces Arabes sont de sacrés mains. Ils ont complètement réinventé la branlette. Il est allongé sur le dos, dans son lit, et ça devient si merveilleux qu’il en oublie de surveiller la boule de cire. Encore un bon va-et-vient et il va lâcher la purée…sauf qu’il n’y a plus rien au bout de sa queue.
Elle a avalé la fine baguette. Complètement. Et si profond qu’il ne la sent carrément plus dans son canal urinaire.
Au rez-de-chaussée, sa mère l’appelle pour dîner. Elle lui demande de descendre – et tout de suite. Le gamin à la cire et celui à la carotte sont différents, mais nous vivons tous pratiquement la même vie.
Après le repas, mon pote commence à avoir mal au bide. C’est de la cire, alors il s’imagine qu’elle va peut-être fondre à l’intérieur de lui et qu’il finira par la pisser. Et puis maintenant, c’est son dos qui le fait souffrir. Ses reins. Il ne peut même plus rester droit.
Il me parle au téléphone depuis son lit d’hôpital et en fond sonore, on entend des cloches sonner, des gens hurler. Des jeux télévisés.
La radio révèle la vérité – il y a un truc long et plié en deux dans sa vessie. Ce long V à l’intérieur de lui accumule tous les sels minéraux de son urine. Il grossit et devient plus grumeleux, il se couvre de cristaux de calcium, il se déplace et déchire les parois fragiles et il empêche l’évacuation de l’urine. Ses reins sont bloqués. Et le peu de pisse qui coule de sa queue est sanguinolent.
Avec ses parents, toute sa famille, qui regardent la radio en compagnie du toubib et des infirmières, qui voient le gros V de cire d’un blanc lumineux exposé à la vue de tous, le gosse est forcé d’avouer la vérité. La façon dont les Arabes se branlent. Ce que son grand frère lui a écrit depuis son bateau.
À l’autre bout du fil, à présent, il fond en larmes.
Ils ont payé son opération de la vessie avec le capital mis de côté pour ses études. Une erreur stupide, et voilà qu’il ne sera jamais avocat.
Enfoncer des machins dans tes intérieurs. T’enfoncer à l’intérieur de machins. Une bougie dans ta queue ou ta tête dans un nœud coulant – ça sentait les emmerdes.
Ce qui m’a posé des problèmes, à moi, c’est ce que j’appelais « la Pêche aux Perles ». Ça voulait dire se branler sous l’eau, s’asseoir au fond de la piscine de mes parents, côté grand bassin. J’aspirais une énorme goulée d’air, je descendais et j’ôtais mon maillot. Je m’asseyais là pendant deux, trois quatre minutes.
Jusqu’à l’éjaculation. J’avais une sacrée capacité pulmonaire. Quand j’avais la baraque rien qu’à moi, je faisais ça tout l’après-midi. Et quand j’avais fini de cracher mon truc, mon sperme, il flottait à la surface, de gros mollards laiteux bien gras.
Ensuite, il fallait que je plonge plusieurs fois pour le récupérer. Le ramasser et essuyer chaque poignée dans une serviette. Voilà pourquoi j’avais surnommé ça la Pêche aux Perles. Même avec le chlore, il fallait que je fasse attention à ma sœur. Ou, nom de Dieu, à ma mère !
C’était ma pire crainte en ce monde : ma jeune sœur encore vierge, pensant juste qu’elle grossit un peu, et donnant finalement naissance à un bébé retardé à deux têtes. Et les deux têtes qui me ressemblent. À moi – le père ET l’oncle.
Au bout du compte, ce n’est jamais ce qui t’inquiète qui te tombe dessus.
Le meilleur moment de la Pêche aux Perles, c’était la bonde de fond du système de filtration. Le meilleur moment, c’était quand on se foutait à poil et qu’on collait son cul dessus.
Comme diraient les Français : Qui n’aime pas se faire sucer la rondelle ?
Enfin, t’es juste un gamin qui prend son pied, et puis l’instant d’après, tu ne seras jamais avocat.
À cette minute, je m’installe au fond de la piscine, et le ciel bleu clair ondule à travers deux mètres cinquante d’eau au-dessus de ma tête. Le monde est silencieux hormis les battements de mon cœur à mes oreilles. J’ai passé mon maillot à rayures jaunes autour de mon cou pour le récupérer illico presto au cas où un ami, un voisin, n’importe qui, se pointerait pour me demander pourquoi j’ai raté l’entraînement de foot. La bonde de fond m’aspire sans interruption et j’y appuie mon petit cul blanc tout maigre pour en profiter.
À cette minute, j’ai une grosse réserve d’air et j’ai ma queue bien en main. Mes parents sont partis au boulot et ma sœur est à la danse. J’ai la maison pour moi tout seul pour des heures.
Au moment où je vais jouir, je bloque tout et je remonte pour reprendre une bonne goulée d’air frais. Puis je plonge à nouveau et me réinstalle sur la bonde.
Et je recommence. Et je recommence.
Ça doit être pour ça que les filles adorent s’asseoir sur votre visage. Cette succion, c’est comme de couler un bronze qui ne s’arrête jamais. Avec ma queue bien dure et mon cul qui se fait bouffer, je n’ai pas besoin d’air. Mon cœur bat à mes oreilles et je reste sous l’eau jusqu’à ce que des étoiles de lumière très brillantes commencent à filer devant mes yeux. Les jambes en V, et mes creux poplités qui frottent durement contre le fond en ciment. Mes orteils deviennent bleus, et comme mes doigts, ils sont tout fripés d’être depuis si longtemps sous l’eau.
C’est alors que je lâche ma purée. Les gros crachats blancs jaillissent. Les perles.
Maintenant, j’ai besoin d’air. Mais quand je veux pousser avec mes pieds contre le fond pour remonter – impossible. Je ne peux pas les ramener sous moi. Mon cul est collé à la bonde.
Les services de secours vous diront que, chaque année, cent cinquante personnes environ restent coincées de cette façon, aspirées par le circuit de filtration d’une piscine. Il avale tes cheveux longs ou tes fesses, et tu te noies. Chaque année, ça arrive à des tas de gens. Et, la plupart du temps, en Floride.
Simplement, on n’en parle pas. Même les Français ne parlent pas DE TOUT.
Je redresse un genou, je réussis à poser un pied sur le fond, et je me relève à moitié – quand je sens un coup sec contre mon trou de balle. Je place mon second pied et je pousse pour remonter. Je parviens à me détacher du béton, mais pas à regagner l’air libre.
Jouant toujours des jambes et m’aidant follement des deux bras, je suis maintenant à mi-chemin entre le fond et la surface, incapable d’avancer davantage. Dans mes oreilles, les battements de mon cœur sont plus violents et plus rapides.
Des étincelles de lumière passent et repassent devant mes yeux. Je me retourne et je regarde au-dessous de moi… Mais ce que je vois n’a aucun sens. Cette corde épaisse, blanc-bleu et parcourue de veines, comme une sorte de serpent, sort de la bonde de fond et reste collée à mon derrière. Quelques-unes de ces veines saignent – un sang rouge qui, sous l’eau, paraît noir et coule lentement de petites déchirures dans la peau blême du serpent. Un sang rouge qui disparaît peu à peu en se mélangeant à l’eau. À travers la mince peau blanc-bleu du reptile, on aperçoit les morceaux d’un repas à demi digéré.
Je n’ai pas d’autre explication. Un horrible monstre marin, un serpent de mer, quelque chose qui n’a jamais vu la lumière du jour, est dissimulé au cœur même de la tuyauterie de notre piscine et attend de pouvoir me dévorer.
Et donc… Je balance un coup de pied à sa peau veinée, glissante, caoutchouteuse et pleine de nœuds, et j’ai l’impression que ça le fait sortir davantage de la bonde. À présent, il a à peu près la longueur de ma jambe, mais il s’accroche toujours à mon trou de balle. Un autre coup de pied et je gagne trois centimètres vers une bonne gorgée d’air. Je sens encore le reptile qui me bouffe le cul, mais je me rapproche de la surface.
Emmêlés à l’intérieur du serpent, tu peux voir du maïs et des cacahouètes. Tu peux voir un truc ovale orange vif. C’est le genre de remède de cheval que mon père m’oblige à avaler pour que je prenne du poids. Pour que mes talents de footballeur me valent une bourse à la fac. Des vitamines, plus du fer et des acides gras oméga-3.
C’est la vision de cette pilule de vitamine qui me sauve la vie.
Ce n’est pas un serpent. C’est mon gros intestin, mon côlon qui s’échappe de mon cul. Les toubibs appellent ça « une descente d’organe ». La bonde de fond est en train de m’aspirer les tripes.
Les secours d’urgence vous diront que dans une pompe de piscine circulent dans les trois cents litres d’eau à la minute. Soit environ deux cents kilos de pression. Le gros problème, c’est que tout est lié à l’intérieur de nous. Ton trouduc n’est que l’extrémité inférieure de ta bouche. Si je renonce, la pompe va continuer à tourner – à effilocher mes intestins – jusqu’à m’avaler la langue. Imagine-toi en train de chier une merde de deux cents kilos et tu comprendras comment elle pourrait te retourner comme une crêpe.
Ce que je peux te dire, c’est que tes tripes ne te font pas tellement mal. Rien à voir avec une blessure externe. Les trucs que tu digères, les toubibs appellent ça « matière fécale ». Au dessus, il y a le chyme, des poches d’une fine saleté baveuse constellées de maïs, de cacahouètes et de petits pois.
C’est une espèce de soupe de sang et de maïs, de merde et de sperme et de cacahouètes, qui flotte maintenant autour de moi. Mais même avec mes boyaux qui me jaillissent du cul, alors que je m’accroche à ce qui me reste de tripes, oui, même là, j’ai d’abord envie de remettre mon maillot de bain.
L’essentiel c’est que mes parents ne voient pas ma queue.
Je tiens un poing serré contre mon cul, tandis que de l’autre main j’attrape mon slip à rayures jaunes et je le retire d’autour de mon cou.
Mais impossible de l’enfiler.
Si tu veux palper tes intestins, va t’acheter un de ces paquets de capotes en boyaux d’agneau. Prends-en une et déroule-là. Remplis-là de beurre de cacahouète. Enduis-la de vaseline et mets-la sous l’eau. Et puis essaie de la déchirer. De la couper en deux. C’est trop solide et caoutchouteux.
Ca glisse tellement que tu n’arrives même pas à l’attraper.
Une capote en agneau, c’est tout simplement ton bon vieil intestin.
Maintenant, tu comprends ce qui m’attend.
Tu lâches une seconde, et tu te vides.
Tu nages jusqu’à la surface pour respirer, et tu te vides.
Tu ne nages pas, et tu te noies.
Tu as le choix entre mourir tout de suite ou mourir dans une minute.
En rentrant du boulot, mes parents découvriront un gros fœtus nu recroquevillé sur lui-même. Flottant dans l’eau trouble de leur piscine derrière la maison. Coincé au fond par un gros boyau entortillé et marbré de veines. L’exact contraire d’un gamin qui se pend en éjaculant. C’est leur bébé qu’ils ont ramené de l’hôpital il y a treize ans. C’est le gosse qu’ils espéraient voir décrocher une bourse grâce au foot et réussir un MBA. Qui se serait occupé d’eux quand ils seraient vieux. C’est tous leurs espoirs et tous leurs rêves. Flottant là, nu, mort. Avec, tout autour de lui, des grosses perles laiteuses de sperme gaspillé.
C’est ça – ou alors mes parents me découvriront enroulé dans une serviette sanguinolente, évanoui à mi-chemin entre la piscine et le téléphone de la cuisine, avec un morceau d’intestin déchiré, en lambeaux, pendouillant toujours de mon maillot de bain aux rayures jaunes.
Même les Français ne parleraient pas de ça.
Le fameux grand frère, dans la marine US il nous a appris une autre belle phrase. Une phrase russe. Quand nous disons : « C’est vraiment la dernière chose dont j’ai besoin », les Russes, eux s’exclament : « j’en ai autant envie que des dents au cul ! ».
Mnye etoh nadoh kahk zoobee v zadnetze.
Ces histoires que tu entends, sur les animaux qui se rongent la patte pour s’échapper d’un piège, ben, n’importe quel coyote te dira que, putain, deux coups de dents ça vaut mieux que d’être mort.
Putain… Même si t’es russe, un jour t’es bien content d’avoir des dents au cul.
Sinon, voilà ce que tu dois faire – tu te contorsionnes. Tu coinces un coude derrière ton genou pour ramener ta jambe contre ton visage. Et puis tu te mords le fion et tu l’entames. Vu que t’es en train d’étouffer et que tu mâcherais n’importe quoi pour avoir la bouffée d’air suivante.
C’est pas le genre de truc que t’as envie de raconter à une fille à ton premier rendez-vous. Pas si tu espères un bisou avant le dodo.
Si je te disais quel goût ça a, tu ne mangerais plus jamais de calmars, mais alors plus jamais.
Difficile de dire ce qui dégoûta le plus mes parents : la façon dont je me suis mis dans la merde, ou la façon dont je m’en suis tiré. Après ma sortie de l’hôpital, maman m’a murmuré : « Tu ne savais pas ce que tu faisais, chéri. Tu étais en état de choc. » Et elle a appris à cuisiner les œufs pochés.
Tous ces gens débectés ou désolés pour moi…
J’en ai autant envie que des dents au cul.
Aujourd’hui, on n’arrête pas de me dire que j’ai l’air trop maigre. À des dîners, mes hôtes font la gueule et le prennent mal que je ne touche pas au rôti à la cocotte qu’ils ont cuisiné. Ce genre de rôti me tue. Le jambon au four. Tout ce qui reste dans mes boyaux plus de deux heures, ça ressort tel quel. Les haricots de Lima fait maison ou les gros morceaux de thon au naturel, quand je vais chier, je les retrouve intacts au fond de la cuvette.
Quand tu as eu droit à une résection radicale des boyaux, tu ne digères plus aussi bien la viande, tu vois. La plupart des gens ont plus de deux mètres de gros intestin. Moi, je suis heureux avec mes dix-huit centimètres. Et donc, j’ai jamais eu de bourse sportive. Jamais eu de MBA. Mes deux potes, le gosse à la cire et celui à la carotte, ils ont grandi ils ont grossi, mais moi je n’ai jamais fait deux cents grammes de plus que ce que je pesais à treize ans.
Un autre gros problème, c’est que mes parents avaient claqué un paquet de fric pour cette piscine.
À la fin, mon père s’est contenté de dire au type chargé de l’entretien que c’était une histoire de chien. Notre foutu toutou était tombé dedans et s’était noyé. Son cadavre avait été aspiré par la bonde de fond. Et même quand le type a ouvert le filtre et qu’il en a retiré un tube caoutchouteux, un écheveau d’intestins détrempés, avec une vitamine orange à l’intérieur, oui, même là, mon paternel s’est contenté de dire : « Ce chien était complètement con ».
Et depuis la fenêtre de ma chambre à l’étage, j’entendis papa qui disait : « On ne pouvait pas laisser ce cabot seul une seconde… »
Et puis ma sœur n’a pas eu ses règles.
Même lorsqu’ils ont changé l’eau de la piscine, même lorsqu’ils ont vendu la maison et déménagé dans un autre État, et même après l’avortement de ma sœur, mes vieux n’ont plus jamais évoqué cette histoire.
Jamais.
C’est la carotte invisible de la famille.
Maintenant, tu peux prendre une bonne grosse bouffée d’air.
Parce que moi, j’en manque toujours.
- Chuck Palahniuk


Je vais lire, mais bon de là à insinuer que Maupassant écrivait de fausses nouvelles...
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Citation de Oriflamme
Voilà une vraie nouvelle :
Inhale.
Inspire autant d’air que tu peux. Cette histoire devrait durer à peu près aussi longtemps que tu seras capable de retenir ta respiration, et puis encore un peu plus. Donc, lis-là aussi vite que possible.
Un ami à moi, à treize ans, entendit parler de l’ « emmanchage » – c’est quand un mec s’éclate en se plantant un gode dans le cul. Si tu stimules ta prostate assez fort, il paraît que tu peux avoir des orgasmes explosifs – et sans les mains. À cet âge-là, mon ami est un petit obsédé. Il cherche sans cesse des moyens plus efficaces pour jouir. Il sort pour acheter une carotte et de la vaseline afin de mener à bien une petite expérience personnelle. Et puis il se rend compte de l’air qu’il va avoir au supermarché avec sa carotte solitaire et son tube de lubrifiant avançant doucement sur le tapis roulant vers la caissière. Sous les yeux de tous les clients qui font la queue derrière lui. Qui, tous, comprennent la grande soirée qu’il se prépare.
Alors, mon pote achète du lait, des œufs et du sucre, plus une carotte, tous les ingrédients pour un gâteau à la carotte. Et de la vaseline.
Comme s’il allait rentrer chez lui et se planter un gâteau à la carotte dans le fion.
De retour à la maison, il épluche son légume. Il le graisse et se l’enfonce dans le derrière. Et alors – que dalle. Il ne se passe rien, à part que ça fait mal. Pas d’orgasme.
Et voilà que sa mère l’appelle pour le dîner. Elle lui crie de descendre et tout de suite.
Il tire sur sa carotte pour la sortir de ses boyaux et il planque ce truc gluant et dégueulasse dans son linge sale, sous son lit.
Après le repas, quand il veut la récupérer, elle n’est plus là. Pendant qu’il mangeait, maman était venue chercher ses fringues pour les laver. Elle est forcément tombée sur l’éplucheur piqué à la cuisine et sur la carotte, lubrifiée et puante.
Après ça, mon pote reste des mois avec cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête, il attend que ses parents l’interrogent sur cette histoire. Et ils ne le font pas. Jamais. Et même aujourd’hui, alors que ce gamin est devenu adulte, cette carotte invisible pendouille au-dessus de chaque réveillon de Noël, de chaque anniversaire. À toutes les chasses aux œufs, à Pâques, avec ses propres gosses, les petits-enfants de ses parents, ce légume fantôme plane sur toute la famille.
Cette chose est trop horrible pour être nommée.
Les Français ont une formule pour ça – l’esprit de l’escalier – qui indique cet instant où tu trouves la réponse, mais trop tard. Disons que tu es à une fête et que quelqu’un t’insulte. Il faut que tu répliques. Et donc, sous la pression, alors que tout le monde te regarde, tu balances une connerie. Mais quand tu quittes la fête…
Juste quand tu t’engages dans l’escalier, tout à coup – c’est magique. Les mots parfaits que tu aurais dû dire te viennent tout seuls. La formule qui tue par excellence.
C’est ça, l’esprit de l’escalier.
L’ennui, c’est que même les Français n’ont pas d’expression pour les trucs stupides que tu as effectivement sortis sous le coup du stress. Ces machins idiots et affreux que tu penses ou que tu fais.
Certains actes sont trop ignobles pour être seulement nommés. Trop ignobles pour être seulement évoqués.
Rétrospectivement, les pédopsychiatres et les conseillers scolaires reconnaissent que parmi la dernière vague de suicides d’adolescents, la plupart de ces gosses tentaient de s’étrangler pendant qu’ils se branlaient. Leurs parents les découvrent, une serviette serrée autour du cou et attachée à la tringle du placard de leur chambre. Le gamin est mort. Il y a du sperme séché partout. Bien sûr, papa et maman nettoient tout ça. Et ils remettent un pantalon à leur rejeton. Ils s’arrangent pour que ça ait l’air…plus correct. Intentionnel, au moins. Le genre de suicides affreux, mais « normal ».
Un autre de mes potes, un gamin de l’école – son frère ainé est dans la marine US et il lui raconte que les mecs, au Moyen-Orient, ne s’astiquent pas comme nous. Il est stationné dans un quelconque pays plein de chameaux où on vend sur les marchés ce qu’on pourrait prendre pour un coupe-papier fantaisiste.
C’est une tige d’argent ou de cuivre poli, très mince, à peu près de la longueur d’une main, avec une extrémité un peu plus large, ou une grosse boule de métal, ou le genre de bout sculpté qu’on trouve sur le manche des épées. Le petit gars de la marine explique que les Arabes, une fois en érection, s’enfoncent toute la longueur de cette tigre métallique dans la queue, puis qu’ils se branlent avec ça et il paraît que c’est bien meilleur. Plus intense.
C’est ce grand frère qui voyage à travers le monde, et qui lui envoie des expressions françaises. Des expressions russes. Des conseils pratiques de branlette.
Et voilà qu’un jour mon pote ne se pointe pas à l’école. Et ce soir-là, il m’appelle pour me demander si je peux récupérer ses devoirs pour lui pendant deux semaines. Parce qu’il est à l’hosto.
Il est obligé de partager une chambre avec des vieux opérés de l’intestin. Il raconte qu’ils regardent la même télé. Il n’a qu’un rideau pour protéger son intimité. Ses parents ne lui rendent pas visite. Au téléphone, il me dit qu’à présent ses copains ont juste envie de flinguer son grand frère, le marin.
Au téléphone, il m’explique que, la veille, il était juste un peu défoncé. Il était chez lui, dans sa chambre, affalé sur son lit. Il avait allumé une bougie et il feuilletait de vieux magazines porno, décidé à se faire reluire. Il venait d’avoir des nouvelles de son frangin dans la marine. Ce détail technique sur la façon arabe de s’astiquer le poireau. Il regarde autour de lui pour trouver quelque chose qui ferait l’affaire. Un stylo à bille ? Trop gros. Un crayon ? Trop gros aussi, et trop rêche. Et puis il voit la fine coule de cire, le long de sa bougie. Parfait. Il la détache avec un ongle. Il la roule soigneusement entre ses mains. C’est long, c’est doux, c’est mince.
Défoncé et excité, il fait glisser cette tige de plus en plus profondément dans son urètre. Avec un bon morceau de cire qui dépasse du bout de son gland. Et il se met au boulot.
Aujourd’hui encore, il avoue que ces Arabes sont de sacrés mains. Ils ont complètement réinventé la branlette. Il est allongé sur le dos, dans son lit, et ça devient si merveilleux qu’il en oublie de surveiller la boule de cire. Encore un bon va-et-vient et il va lâcher la purée…sauf qu’il n’y a plus rien au bout de sa queue.
Elle a avalé la fine baguette. Complètement. Et si profond qu’il ne la sent carrément plus dans son canal urinaire.
Au rez-de-chaussée, sa mère l’appelle pour dîner. Elle lui demande de descendre – et tout de suite. Le gamin à la cire et celui à la carotte sont différents, mais nous vivons tous pratiquement la même vie.
Après le repas, mon pote commence à avoir mal au bide. C’est de la cire, alors il s’imagine qu’elle va peut-être fondre à l’intérieur de lui et qu’il finira par la pisser. Et puis maintenant, c’est son dos qui le fait souffrir. Ses reins. Il ne peut même plus rester droit.
Il me parle au téléphone depuis son lit d’hôpital et en fond sonore, on entend des cloches sonner, des gens hurler. Des jeux télévisés.
La radio révèle la vérité – il y a un truc long et plié en deux dans sa vessie. Ce long V à l’intérieur de lui accumule tous les sels minéraux de son urine. Il grossit et devient plus grumeleux, il se couvre de cristaux de calcium, il se déplace et déchire les parois fragiles et il empêche l’évacuation de l’urine. Ses reins sont bloqués. Et le peu de pisse qui coule de sa queue est sanguinolent.
Avec ses parents, toute sa famille, qui regardent la radio en compagnie du toubib et des infirmières, qui voient le gros V de cire d’un blanc lumineux exposé à la vue de tous, le gosse est forcé d’avouer la vérité. La façon dont les Arabes se branlent. Ce que son grand frère lui a écrit depuis son bateau.
À l’autre bout du fil, à présent, il fond en larmes.
Ils ont payé son opération de la vessie avec le capital mis de côté pour ses études. Une erreur stupide, et voilà qu’il ne sera jamais avocat.
Enfoncer des machins dans tes intérieurs. T’enfoncer à l’intérieur de machins. Une bougie dans ta queue ou ta tête dans un nœud coulant – ça sentait les emmerdes.
Ce qui m’a posé des problèmes, à moi, c’est ce que j’appelais « la Pêche aux Perles ». Ça voulait dire se branler sous l’eau, s’asseoir au fond de la piscine de mes parents, côté grand bassin. J’aspirais une énorme goulée d’air, je descendais et j’ôtais mon maillot. Je m’asseyais là pendant deux, trois quatre minutes.
Jusqu’à l’éjaculation. J’avais une sacrée capacité pulmonaire. Quand j’avais la baraque rien qu’à moi, je faisais ça tout l’après-midi. Et quand j’avais fini de cracher mon truc, mon sperme, il flottait à la surface, de gros mollards laiteux bien gras.
Ensuite, il fallait que je plonge plusieurs fois pour le récupérer. Le ramasser et essuyer chaque poignée dans une serviette. Voilà pourquoi j’avais surnommé ça la Pêche aux Perles. Même avec le chlore, il fallait que je fasse attention à ma sœur. Ou, nom de Dieu, à ma mère !
C’était ma pire crainte en ce monde : ma jeune sœur encore vierge, pensant juste qu’elle grossit un peu, et donnant finalement naissance à un bébé retardé à deux têtes. Et les deux têtes qui me ressemblent. À moi – le père ET l’oncle.
Au bout du compte, ce n’est jamais ce qui t’inquiète qui te tombe dessus.
Le meilleur moment de la Pêche aux Perles, c’était la bonde de fond du système de filtration. Le meilleur moment, c’était quand on se foutait à poil et qu’on collait son cul dessus.
Comme diraient les Français : Qui n’aime pas se faire sucer la rondelle ?
Enfin, t’es juste un gamin qui prend son pied, et puis l’instant d’après, tu ne seras jamais avocat.
À cette minute, je m’installe au fond de la piscine, et le ciel bleu clair ondule à travers deux mètres cinquante d’eau au-dessus de ma tête. Le monde est silencieux hormis les battements de mon cœur à mes oreilles. J’ai passé mon maillot à rayures jaunes autour de mon cou pour le récupérer illico presto au cas où un ami, un voisin, n’importe qui, se pointerait pour me demander pourquoi j’ai raté l’entraînement de foot. La bonde de fond m’aspire sans interruption et j’y appuie mon petit cul blanc tout maigre pour en profiter.
À cette minute, j’ai une grosse réserve d’air et j’ai ma queue bien en main. Mes parents sont partis au boulot et ma sœur est à la danse. J’ai la maison pour moi tout seul pour des heures.
Au moment où je vais jouir, je bloque tout et je remonte pour reprendre une bonne goulée d’air frais. Puis je plonge à nouveau et me réinstalle sur la bonde.
Et je recommence. Et je recommence.
Ça doit être pour ça que les filles adorent s’asseoir sur votre visage. Cette succion, c’est comme de couler un bronze qui ne s’arrête jamais. Avec ma queue bien dure et mon cul qui se fait bouffer, je n’ai pas besoin d’air. Mon cœur bat à mes oreilles et je reste sous l’eau jusqu’à ce que des étoiles de lumière très brillantes commencent à filer devant mes yeux. Les jambes en V, et mes creux poplités qui frottent durement contre le fond en ciment. Mes orteils deviennent bleus, et comme mes doigts, ils sont tout fripés d’être depuis si longtemps sous l’eau.
C’est alors que je lâche ma purée. Les gros crachats blancs jaillissent. Les perles.
Maintenant, j’ai besoin d’air. Mais quand je veux pousser avec mes pieds contre le fond pour remonter – impossible. Je ne peux pas les ramener sous moi. Mon cul est collé à la bonde.
Les services de secours vous diront que, chaque année, cent cinquante personnes environ restent coincées de cette façon, aspirées par le circuit de filtration d’une piscine. Il avale tes cheveux longs ou tes fesses, et tu te noies. Chaque année, ça arrive à des tas de gens. Et, la plupart du temps, en Floride.
Simplement, on n’en parle pas. Même les Français ne parlent pas DE TOUT.
Je redresse un genou, je réussis à poser un pied sur le fond, et je me relève à moitié – quand je sens un coup sec contre mon trou de balle. Je place mon second pied et je pousse pour remonter. Je parviens à me détacher du béton, mais pas à regagner l’air libre.
Jouant toujours des jambes et m’aidant follement des deux bras, je suis maintenant à mi-chemin entre le fond et la surface, incapable d’avancer davantage. Dans mes oreilles, les battements de mon cœur sont plus violents et plus rapides.
Des étincelles de lumière passent et repassent devant mes yeux. Je me retourne et je regarde au-dessous de moi… Mais ce que je vois n’a aucun sens. Cette corde épaisse, blanc-bleu et parcourue de veines, comme une sorte de serpent, sort de la bonde de fond et reste collée à mon derrière. Quelques-unes de ces veines saignent – un sang rouge qui, sous l’eau, paraît noir et coule lentement de petites déchirures dans la peau blême du serpent. Un sang rouge qui disparaît peu à peu en se mélangeant à l’eau. À travers la mince peau blanc-bleu du reptile, on aperçoit les morceaux d’un repas à demi digéré.
Je n’ai pas d’autre explication. Un horrible monstre marin, un serpent de mer, quelque chose qui n’a jamais vu la lumière du jour, est dissimulé au cœur même de la tuyauterie de notre piscine et attend de pouvoir me dévorer.
Et donc… Je balance un coup de pied à sa peau veinée, glissante, caoutchouteuse et pleine de nœuds, et j’ai l’impression que ça le fait sortir davantage de la bonde. À présent, il a à peu près la longueur de ma jambe, mais il s’accroche toujours à mon trou de balle. Un autre coup de pied et je gagne trois centimètres vers une bonne gorgée d’air. Je sens encore le reptile qui me bouffe le cul, mais je me rapproche de la surface.
Emmêlés à l’intérieur du serpent, tu peux voir du maïs et des cacahouètes. Tu peux voir un truc ovale orange vif. C’est le genre de remède de cheval que mon père m’oblige à avaler pour que je prenne du poids. Pour que mes talents de footballeur me valent une bourse à la fac. Des vitamines, plus du fer et des acides gras oméga-3.
C’est la vision de cette pilule de vitamine qui me sauve la vie.
Ce n’est pas un serpent. C’est mon gros intestin, mon côlon qui s’échappe de mon cul. Les toubibs appellent ça « une descente d’organe ». La bonde de fond est en train de m’aspirer les tripes.
Les secours d’urgence vous diront que dans une pompe de piscine circulent dans les trois cents litres d’eau à la minute. Soit environ deux cents kilos de pression. Le gros problème, c’est que tout est lié à l’intérieur de nous. Ton trouduc n’est que l’extrémité inférieure de ta bouche. Si je renonce, la pompe va continuer à tourner – à effilocher mes intestins – jusqu’à m’avaler la langue. Imagine-toi en train de chier une merde de deux cents kilos et tu comprendras comment elle pourrait te retourner comme une crêpe.
Ce que je peux te dire, c’est que tes tripes ne te font pas tellement mal. Rien à voir avec une blessure externe. Les trucs que tu digères, les toubibs appellent ça « matière fécale ». Au dessus, il y a le chyme, des poches d’une fine saleté baveuse constellées de maïs, de cacahouètes et de petits pois.
C’est une espèce de soupe de sang et de maïs, de merde et de sperme et de cacahouètes, qui flotte maintenant autour de moi. Mais même avec mes boyaux qui me jaillissent du cul, alors que je m’accroche à ce qui me reste de tripes, oui, même là, j’ai d’abord envie de remettre mon maillot de bain.
L’essentiel c’est que mes parents ne voient pas ma queue.
Je tiens un poing serré contre mon cul, tandis que de l’autre main j’attrape mon slip à rayures jaunes et je le retire d’autour de mon cou.
Mais impossible de l’enfiler.
Si tu veux palper tes intestins, va t’acheter un de ces paquets de capotes en boyaux d’agneau. Prends-en une et déroule-là. Remplis-là de beurre de cacahouète. Enduis-la de vaseline et mets-la sous l’eau. Et puis essaie de la déchirer. De la couper en deux. C’est trop solide et caoutchouteux.
Ca glisse tellement que tu n’arrives même pas à l’attraper.
Une capote en agneau, c’est tout simplement ton bon vieil intestin.
Maintenant, tu comprends ce qui m’attend.
Tu lâches une seconde, et tu te vides.
Tu nages jusqu’à la surface pour respirer, et tu te vides.
Tu ne nages pas, et tu te noies.
Tu as le choix entre mourir tout de suite ou mourir dans une minute.
En rentrant du boulot, mes parents découvriront un gros fœtus nu recroquevillé sur lui-même. Flottant dans l’eau trouble de leur piscine derrière la maison. Coincé au fond par un gros boyau entortillé et marbré de veines. L’exact contraire d’un gamin qui se pend en éjaculant. C’est leur bébé qu’ils ont ramené de l’hôpital il y a treize ans. C’est le gosse qu’ils espéraient voir décrocher une bourse grâce au foot et réussir un MBA. Qui se serait occupé d’eux quand ils seraient vieux. C’est tous leurs espoirs et tous leurs rêves. Flottant là, nu, mort. Avec, tout autour de lui, des grosses perles laiteuses de sperme gaspillé.
C’est ça – ou alors mes parents me découvriront enroulé dans une serviette sanguinolente, évanoui à mi-chemin entre la piscine et le téléphone de la cuisine, avec un morceau d’intestin déchiré, en lambeaux, pendouillant toujours de mon maillot de bain aux rayures jaunes.
Même les Français ne parleraient pas de ça.
Le fameux grand frère, dans la marine US il nous a appris une autre belle phrase. Une phrase russe. Quand nous disons : « C’est vraiment la dernière chose dont j’ai besoin », les Russes, eux s’exclament : « j’en ai autant envie que des dents au cul ! ».
Mnye etoh nadoh kahk zoobee v zadnetze.
Ces histoires que tu entends, sur les animaux qui se rongent la patte pour s’échapper d’un piège, ben, n’importe quel coyote te dira que, putain, deux coups de dents ça vaut mieux que d’être mort.
Putain… Même si t’es russe, un jour t’es bien content d’avoir des dents au cul.
Sinon, voilà ce que tu dois faire – tu te contorsionnes. Tu coinces un coude derrière ton genou pour ramener ta jambe contre ton visage. Et puis tu te mords le fion et tu l’entames. Vu que t’es en train d’étouffer et que tu mâcherais n’importe quoi pour avoir la bouffée d’air suivante.
C’est pas le genre de truc que t’as envie de raconter à une fille à ton premier rendez-vous. Pas si tu espères un bisou avant le dodo.
Si je te disais quel goût ça a, tu ne mangerais plus jamais de calmars, mais alors plus jamais.
Difficile de dire ce qui dégoûta le plus mes parents : la façon dont je me suis mis dans la merde, ou la façon dont je m’en suis tiré. Après ma sortie de l’hôpital, maman m’a murmuré : « Tu ne savais pas ce que tu faisais, chéri. Tu étais en état de choc. » Et elle a appris à cuisiner les œufs pochés.
Tous ces gens débectés ou désolés pour moi…
J’en ai autant envie que des dents au cul.
Aujourd’hui, on n’arrête pas de me dire que j’ai l’air trop maigre. À des dîners, mes hôtes font la gueule et le prennent mal que je ne touche pas au rôti à la cocotte qu’ils ont cuisiné. Ce genre de rôti me tue. Le jambon au four. Tout ce qui reste dans mes boyaux plus de deux heures, ça ressort tel quel. Les haricots de Lima fait maison ou les gros morceaux de thon au naturel, quand je vais chier, je les retrouve intacts au fond de la cuvette.
Quand tu as eu droit à une résection radicale des boyaux, tu ne digères plus aussi bien la viande, tu vois. La plupart des gens ont plus de deux mètres de gros intestin. Moi, je suis heureux avec mes dix-huit centimètres. Et donc, j’ai jamais eu de bourse sportive. Jamais eu de MBA. Mes deux potes, le gosse à la cire et celui à la carotte, ils ont grandi ils ont grossi, mais moi je n’ai jamais fait deux cents grammes de plus que ce que je pesais à treize ans.
Un autre gros problème, c’est que mes parents avaient claqué un paquet de fric pour cette piscine.
À la fin, mon père s’est contenté de dire au type chargé de l’entretien que c’était une histoire de chien. Notre foutu toutou était tombé dedans et s’était noyé. Son cadavre avait été aspiré par la bonde de fond. Et même quand le type a ouvert le filtre et qu’il en a retiré un tube caoutchouteux, un écheveau d’intestins détrempés, avec une vitamine orange à l’intérieur, oui, même là, mon paternel s’est contenté de dire : « Ce chien était complètement con ».
Et depuis la fenêtre de ma chambre à l’étage, j’entendis papa qui disait : « On ne pouvait pas laisser ce cabot seul une seconde… »
Et puis ma sœur n’a pas eu ses règles.
Même lorsqu’ils ont changé l’eau de la piscine, même lorsqu’ils ont vendu la maison et déménagé dans un autre État, et même après l’avortement de ma sœur, mes vieux n’ont plus jamais évoqué cette histoire.
Jamais.
C’est la carotte invisible de la famille.
Maintenant, tu peux prendre une bonne grosse bouffée d’air.
Parce que moi, j’en manque toujours.
- Chuck Palahniuk


j'ai vomi
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Citation de Moe
A lu. https://image.noelshack.com/minis/2017/20/1495293946-sans-titre-23.png
Très bonne histoire en tout cas.
Je ne connais pas trop Maupassant, mais il y a moyen que je m'y mette. https://image.noelshack.com/minis/2016/52/1482960312-sakuyaya.png

je poste une nouvelle de lui chaque jour, si tu veux t'y mettre
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