Il y a quelque temps, j'étais dans ma quincaillerie en train de traiter une pièce de coutellerie, en lui appliquant un produit pour la nettoyer et la conserver. Rien de spécial, d'ailleurs je l'avais trouvée le matin même en allant au travail.
J'ai cru qu'un client était entré, alors, par précaution, je l'ai rangée sous le comptoir, surtout pour pouvoir le servir correctement. L'homme, qui mettait mal à l'aise avec plusieurs tics nerveux à l'œil et une allure de Unabomber, a remarqué que je rangeais quelque chose et m'a demandé ce que c'était, par curiosité. Je la lui ai montrée, plutôt pour faire le malin, et je lui ai dit que c'était une authentique dague des SS. Je ne sais pas comment j'ai pu me retenir de rire : mon travail est assez monotone et de temps en temps je sors une bêtise pour amuser les gens. La plupart s'en rendent compte dès le premier coup d'œil et me répondent quelque chose comme « quel enfoiré, haha », « tu parles, c'est ce que tu dis » ou « tu aimerais bien, champion ». Tout le monde rit de ces petites blagues. J'essaie de leur égayer la matinée. En fait, il était clairement écrit « Silvercrest », on voyait parfaitement que c'était une camelote de chez LIDL. Je ne sais même pas pourquoi je l'avais ramassée, franchement, c'était bon à jeter et, de fait, je l'ai jetée le soir même car elle ne servait à rien.
Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête, mais il est resté complètement figé. J'ai vu que ma blague sur la pièce l'avait mis très mal à l'aise et qu'il n'avait aucune intention de la toucher. Voyant cela, je lui ai dit : « Je me moque de toi, mon gars, hahaha, tu ne crois quand même pas que c'est une relique ou un truc comme ça ? » Mais il ne m'a pas répondu et a continué à regarder la pièce comme s'il avait vu un objet maléfique. J'ai rangé la pièce et lui ai dit de regarder ce qu'il voulait dans le magasin, que s'il avait la moindre question je le servirais sans problème. Le type m'a rendu mon regard avec un vide dans les yeux, comme si quelque chose s'était brisé en lui.
Moi non plus, je ne suis pas un sans-cœur, j'ai vu beaucoup de visages et je sais très bien ce que représentait son regard, mais à ce moment-là je ne voyais qu'une personne complètement à côté de la plaque, incapable de comprendre la différence entre une blague et la réalité. Le type est resté debout quelques minutes, immobile devant moi sans rien dire. Au bout de ce temps, il a fait quelques tours dans le magasin et il est parti sans même dire au revoir.
Cela dit, en y repensant, peut-être que tout le monde n'est pas capable de comprendre mes blagues, ou peut-être que ce n'était pas son jour. Toujours est-il que, cette même semaine, il est resté devant la porte de ma boutique tous les jours, sans entrer. Il y passait deux heures environ avant de s'en aller.
Un jour, comme il était venu, il est parti, et je n'ai plus jamais entendu parler de lui.
J'ai cru qu'un client était entré, alors, par précaution, je l'ai rangée sous le comptoir, surtout pour pouvoir le servir correctement. L'homme, qui mettait mal à l'aise avec plusieurs tics nerveux à l'œil et une allure de Unabomber, a remarqué que je rangeais quelque chose et m'a demandé ce que c'était, par curiosité. Je la lui ai montrée, plutôt pour faire le malin, et je lui ai dit que c'était une authentique dague des SS. Je ne sais pas comment j'ai pu me retenir de rire : mon travail est assez monotone et de temps en temps je sors une bêtise pour amuser les gens. La plupart s'en rendent compte dès le premier coup d'œil et me répondent quelque chose comme « quel enfoiré, haha », « tu parles, c'est ce que tu dis » ou « tu aimerais bien, champion ». Tout le monde rit de ces petites blagues. J'essaie de leur égayer la matinée. En fait, il était clairement écrit « Silvercrest », on voyait parfaitement que c'était une camelote de chez LIDL. Je ne sais même pas pourquoi je l'avais ramassée, franchement, c'était bon à jeter et, de fait, je l'ai jetée le soir même car elle ne servait à rien.
Je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête, mais il est resté complètement figé. J'ai vu que ma blague sur la pièce l'avait mis très mal à l'aise et qu'il n'avait aucune intention de la toucher. Voyant cela, je lui ai dit : « Je me moque de toi, mon gars, hahaha, tu ne crois quand même pas que c'est une relique ou un truc comme ça ? » Mais il ne m'a pas répondu et a continué à regarder la pièce comme s'il avait vu un objet maléfique. J'ai rangé la pièce et lui ai dit de regarder ce qu'il voulait dans le magasin, que s'il avait la moindre question je le servirais sans problème. Le type m'a rendu mon regard avec un vide dans les yeux, comme si quelque chose s'était brisé en lui.
Moi non plus, je ne suis pas un sans-cœur, j'ai vu beaucoup de visages et je sais très bien ce que représentait son regard, mais à ce moment-là je ne voyais qu'une personne complètement à côté de la plaque, incapable de comprendre la différence entre une blague et la réalité. Le type est resté debout quelques minutes, immobile devant moi sans rien dire. Au bout de ce temps, il a fait quelques tours dans le magasin et il est parti sans même dire au revoir.
Cela dit, en y repensant, peut-être que tout le monde n'est pas capable de comprendre mes blagues, ou peut-être que ce n'était pas son jour. Toujours est-il que, cette même semaine, il est resté devant la porte de ma boutique tous les jours, sans entrer. Il y passait deux heures environ avant de s'en aller.
Un jour, comme il était venu, il est parti, et je n'ai plus jamais entendu parler de lui.

