Topic : « J'ai toujours des opport' avec les Foïds mais jamais l'envie »

Avatar de Bzh777 Bzh777
Je traîne mon ennui sur des applications de rencontre comme on arpente les rayons d’un supermarché à deux heures du matin : sans faim, sans joie, mais par un réflexe d’automate. Dans les faits, je m’en tire plutôt bien. J’enchaîne les échanges, je cumule une ou deux silhouettes dans mon champ de vision. Et pourtant, dès qu’il s’agit de sceller cette comédie sous le nom de « stabilité », une nausée physique me prend.

Cette stabilité qu'on exige de nous n'est pas un havre : c’est la soumission totale au dogme de l'époque. Pour prétendre à une femme dite « de qualité » dans cette grande foirouille moderne, il faut arborer le badge du parfait exécutant. Dans mon cas, l'imagerie est limpide : devenir commercial grand compte dans une structure d'infogérance, décliner des *process* vides en réunion Teams, encaisser 4 500 € nets par mois et s'extasier devant la moquette neuve d'un open space.

C'est séduisant sur la brochure RH. Mais dès qu'on y met le nez, on y respire l'odeur rance d'une société déspiritualisée, désincarnée jusqu'à la moelle. Une grande machinerie hypocrite où la flicabilité sociale est reine. Et pour cause : la majorité des individus n'a connu que ça. Ils sont glissés sans transition d'un moule autoritaire à un autre — de la crèche aux écoles de commerce payantes, du soutien scolaire à la compétition sportive du dimanche, jusqu'au grand abattoir du salariat. Un parcours de petits soldats résignés.

Moi, cet air-là me tue. Je peux travailler, et même avec une intensité furieuse, mais uniquement par accès, par crises. Je ne vis réellement que dans le silence des grands espaces, dans la lecture d'un grand roman, dans le sauvage. Ou alors dans les bras d'une femme. Mais la tragédie est là : aujourd'hui, les bras d'une femme ne s'ouvrent qu'après une longue procédure d'asservissement personnel. Il faut prouver qu'on est prêt à devenir un esclave solvable pour obtenir le droit d'aimer.

Je n'ai pourtant aucun goût pour le luxe grossier. Je ne convoite pas les gadgets à la mode, je ne suis pas un accumulateur de plastiques dorés. J'aime simplement les belles choses, j'ai de l'allure, je choisis avec soin. Faire un brunch pompeux au Plaza Athénée ou signer un bail pour un T3 dans le 15e, pourquoi pas, la mise en scène a son charme grotesque. Mais payer ce décorum au prix de 70 heures de servitude hebdomadaire dans un univers de laquais me révulse.

Je me retrouve donc coincé au carrefour des abrutis :

1. M'aliéner dans un travail de clerc moderne pour me payer le droit d'être en couple, en sacrifiant tout ce qui fait mon âme.
2. Tirer ma révérence, partir dans 30 m² en province, vivre de livres et d'eau fraîche, mais crever d'une solitude affective absolue.
3. Tenter un « coup », accumuler un pactole rapide dans l'arène pour me barrer écrire, en espérant ne pas me liquéfier la conscience en chemin.

Certains d'entre vous voient-ils encore le jour à travers cette mascarade, ou avez-vous tous déjà signé votre bon d'incorporation ?
#21046613
Liste des sujets