Examinée à l'Assemblée nationale le 27 mars 2024, la loi contre la discrimination capillaire n'ajouterait que quelques mots pour ajouter les cheveux aux facteurs de discrimination. Un grand pas pour ceux qui ont décidé de garder leurs cheveux "texturés" au naturel, surtout en entreprise.
Dans le salon de coiffure Boucles d’ébène, la proposition de loi a fait le tour de la clientèle. Ici, tout le monde a fait le choix de garder ses cheveux au naturel. Tresses, coupe afro, bantu knots, locks, vanilles et boucles lâchées sont le mot d’ordre. Depuis treize ans, la gérante Aline Tacite a ouvert un salon de coiffure où le défrisage, l’altération chimique du cheveu pour le rendre lisse, n’a pas sa place.
Dur pourtant d’assumer un cheveu considéré comme différent dans le cadre professionnel. Célia, cadre dans la finance pour une compagnie aérienne, est venue pour trouver une coupe où ses cheveux pourraient être libres et fonctionner dans son bureau. "Naturellement, je les attache tout le temps. Un peu comme si je voulais les cacher, explique-t-elle. C’est le cas aussi pour les quelques collègues qui ne sont pas défrisés." Le cas est rare. Les coiffeuses de Boucles d’ébène accueillent généralement des clients qui demandent le contraire. "Les cheveux au naturel, pour eux ce n'est pas coiffé", raconte Chouki. "Souvent quand des clientes viennent pour demander une coiffure professionnelle dans leur tête, c’est quelque chose de lisse, de bien structuré. Je dirais quelque chose qui camoufle". Selon une étude de Dove et LinkedIn publiée en 2023, deux tiers des femmes noires changent de coiffure pour un entretien d’embauche, majoritairement pour des cheveux lissés.
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Pour trouver un emploi, il faut « plaquer » les cheveux.
Les cheveux texturés ne sont pas professionnels est un cliché qui a la vie dure. La même étude révèle que les cheveux des femmes noires ont 2,5 fois plus de chance d’être considérés comme peu professionnels. Dès la recherche de son premier emploi, Noémie y a été confrontée. "La conseillère de France travail m’a recommandé d’attacher mes cheveux vers le bas, de les cacher, sur ma photo de CV pour que ça fasse plus professionnel." Un conseil commun dans le marché du travail puisque le cheveu joue un rôle dans l’accès au travail. Selon Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations à la Sorbonne, la chevelure peut alors influer positivement ou négativement sur les évolutions de carrière et plus particulièrement chez les femmes.
La discrimination est d’autant plus flagrante quand le cheveu disqualifie pour un poste. Ça a été le cas pour Laurie. "J’ai voulu postuler pour un job et n’ai finalement pas pu parce qu’il fallait se plaquer les cheveux sur le crâne. Même si je n’avais pas mes locks, je ne pourrais tout simplement pas. Mes cheveux ne peuvent pas faire ça." La seule solution : défriser ses cheveux alors que des études ont prouvé certains de ces produits mauvais pour la santé, ou les passer à une forte chaleur et les tirer au risque de les fragiliser voir même créer des points chauves sur le crâne. Impensable pour Sylvia, cadre dans le secteur de la formation. "Nous demander de changer nos cheveux, c’est porter atteinte à notre identité. Ça serait comme me dire ça serait mieux si tu avais la peau plus claire. Je ne peux pas. C’est moi."
Poser une loi sur un non-dit
Sylvia est cliente depuis treize ans dans le salon, elle a suivi sa coiffeuse Aline à l'Assemblée nationale pour participer aux groupes de travail sur la discrimination capillaire. Dans les quelques mots ajoutés au code du travail, elle voit le moyen de mettre en lumière une pratique souvent involontaire. "La représentation négative de nos cheveux est tellement profondément ancré dans l'inconscient, même de ceux qui ont le cheveu texturé, que le moindre pas est important." Pour la réalisation de ce reportage nous avons d'ailleurs contacter une dizaine d'entreprises de recrutement, une seule a répondu à nos sollicitations, celle spécialisée dans les personnes issues de la diversité, EM. "Dans l'entreprise ce n'est pas un sujet, explique sa fondatrice Princia Nsumbu. Mais c'est une demande récurrente des chercheurs d'emploi. Ils se demande si garder ses cheveux afro lâchés les fera être perçu comme non professionnel."
Outre la mise en lumière, c'est pour le cadre juridique que se bat Aline Tacite. Car aujourd'hui, il est pour elle difficile de prouver le motif discriminatoire en cas de remarques comme "Tu t'es coiffé en mettant les doigts dans la prise ?" au travail ou lorsque l'accès à un établissement scolaire est restreint à des élèves portant certaines coupes, comme cela avait été proposé dans un lycée privé en Guadeloupe. "Ça va permettre aux victimes de pouvoir dire, ce n’est pas normal, je ne suis pas sur un pied d’égalité avec mes camarades, avec mes collègues."
D'autant que de plus en plus que le cheveu texturé à le vent en poupe. "Nos comportements vis-à-vis de nos cheveux ont beaucoup changé, explique Sylvia. Je vois mes nièces en Guadeloupe. L’idée de se défriser les cheveux ne leur passe même pas à l’esprit." Alors qu'elle était dans les précurseurs des salons de coiffure et formations professionnelles autour du cheveu texturé, Aline Tacite à vu le marché se développer au point qu’elle ouvrira bientôt une nouvelle boutique. "Le cheveu, c’est le sommet de l’iceberg. Apprendre à le manipuler au naturel témoigne du besoin de s’accepter sans tenter de rentrer dans un carcan du cheveu lisse qui n’a pas été fait pour nous. C’est être sans avoir à se justifier d’être différent."
Appuyé par le groupe renaissance à l'Assemblée nationale, le texte contre la discrimination capillaire du député Olivier Serva (Liot) et aussi soutenu par les 4 groupes de gauche.
Dans le salon de coiffure Boucles d’ébène, la proposition de loi a fait le tour de la clientèle. Ici, tout le monde a fait le choix de garder ses cheveux au naturel. Tresses, coupe afro, bantu knots, locks, vanilles et boucles lâchées sont le mot d’ordre. Depuis treize ans, la gérante Aline Tacite a ouvert un salon de coiffure où le défrisage, l’altération chimique du cheveu pour le rendre lisse, n’a pas sa place.
Dur pourtant d’assumer un cheveu considéré comme différent dans le cadre professionnel. Célia, cadre dans la finance pour une compagnie aérienne, est venue pour trouver une coupe où ses cheveux pourraient être libres et fonctionner dans son bureau. "Naturellement, je les attache tout le temps. Un peu comme si je voulais les cacher, explique-t-elle. C’est le cas aussi pour les quelques collègues qui ne sont pas défrisés." Le cas est rare. Les coiffeuses de Boucles d’ébène accueillent généralement des clients qui demandent le contraire. "Les cheveux au naturel, pour eux ce n'est pas coiffé", raconte Chouki. "Souvent quand des clientes viennent pour demander une coiffure professionnelle dans leur tête, c’est quelque chose de lisse, de bien structuré. Je dirais quelque chose qui camoufle". Selon une étude de Dove et LinkedIn publiée en 2023, deux tiers des femmes noires changent de coiffure pour un entretien d’embauche, majoritairement pour des cheveux lissés.
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Pour trouver un emploi, il faut « plaquer » les cheveux.
Les cheveux texturés ne sont pas professionnels est un cliché qui a la vie dure. La même étude révèle que les cheveux des femmes noires ont 2,5 fois plus de chance d’être considérés comme peu professionnels. Dès la recherche de son premier emploi, Noémie y a été confrontée. "La conseillère de France travail m’a recommandé d’attacher mes cheveux vers le bas, de les cacher, sur ma photo de CV pour que ça fasse plus professionnel." Un conseil commun dans le marché du travail puisque le cheveu joue un rôle dans l’accès au travail. Selon Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations à la Sorbonne, la chevelure peut alors influer positivement ou négativement sur les évolutions de carrière et plus particulièrement chez les femmes.
La discrimination est d’autant plus flagrante quand le cheveu disqualifie pour un poste. Ça a été le cas pour Laurie. "J’ai voulu postuler pour un job et n’ai finalement pas pu parce qu’il fallait se plaquer les cheveux sur le crâne. Même si je n’avais pas mes locks, je ne pourrais tout simplement pas. Mes cheveux ne peuvent pas faire ça." La seule solution : défriser ses cheveux alors que des études ont prouvé certains de ces produits mauvais pour la santé, ou les passer à une forte chaleur et les tirer au risque de les fragiliser voir même créer des points chauves sur le crâne. Impensable pour Sylvia, cadre dans le secteur de la formation. "Nous demander de changer nos cheveux, c’est porter atteinte à notre identité. Ça serait comme me dire ça serait mieux si tu avais la peau plus claire. Je ne peux pas. C’est moi."
Poser une loi sur un non-dit
Sylvia est cliente depuis treize ans dans le salon, elle a suivi sa coiffeuse Aline à l'Assemblée nationale pour participer aux groupes de travail sur la discrimination capillaire. Dans les quelques mots ajoutés au code du travail, elle voit le moyen de mettre en lumière une pratique souvent involontaire. "La représentation négative de nos cheveux est tellement profondément ancré dans l'inconscient, même de ceux qui ont le cheveu texturé, que le moindre pas est important." Pour la réalisation de ce reportage nous avons d'ailleurs contacter une dizaine d'entreprises de recrutement, une seule a répondu à nos sollicitations, celle spécialisée dans les personnes issues de la diversité, EM. "Dans l'entreprise ce n'est pas un sujet, explique sa fondatrice Princia Nsumbu. Mais c'est une demande récurrente des chercheurs d'emploi. Ils se demande si garder ses cheveux afro lâchés les fera être perçu comme non professionnel."
Outre la mise en lumière, c'est pour le cadre juridique que se bat Aline Tacite. Car aujourd'hui, il est pour elle difficile de prouver le motif discriminatoire en cas de remarques comme "Tu t'es coiffé en mettant les doigts dans la prise ?" au travail ou lorsque l'accès à un établissement scolaire est restreint à des élèves portant certaines coupes, comme cela avait été proposé dans un lycée privé en Guadeloupe. "Ça va permettre aux victimes de pouvoir dire, ce n’est pas normal, je ne suis pas sur un pied d’égalité avec mes camarades, avec mes collègues."
D'autant que de plus en plus que le cheveu texturé à le vent en poupe. "Nos comportements vis-à-vis de nos cheveux ont beaucoup changé, explique Sylvia. Je vois mes nièces en Guadeloupe. L’idée de se défriser les cheveux ne leur passe même pas à l’esprit." Alors qu'elle était dans les précurseurs des salons de coiffure et formations professionnelles autour du cheveu texturé, Aline Tacite à vu le marché se développer au point qu’elle ouvrira bientôt une nouvelle boutique. "Le cheveu, c’est le sommet de l’iceberg. Apprendre à le manipuler au naturel témoigne du besoin de s’accepter sans tenter de rentrer dans un carcan du cheveu lisse qui n’a pas été fait pour nous. C’est être sans avoir à se justifier d’être différent."
Appuyé par le groupe renaissance à l'Assemblée nationale, le texte contre la discrimination capillaire du député Olivier Serva (Liot) et aussi soutenu par les 4 groupes de gauche.

