04/12/23
A peine arrivés, les sacs débouclés, vite ! direction pinard ! Cher ! 99 centimes les 25cl de vin ! tant pis… malgré la température un peu basse ici dans les Alpes, on a chaud sous la neige et un litre c’est un litre ! et quatre euros n’est pas un si grand chiffre ! allons-y pour deux litres ! À trois heures de l’après-midi un vent de douce saoulerie soufflait, plus altérant qu’un simoun.
Buvons ! Le porte monnaie est troué… A cinq heures on tombe sur une auberge qui ouvre. Quelle ruée ! Les places sont rares et on n’ose les abandonner, même un instant, qu’au moment où il faut bien évacuer un peu, à force de liquide. Je n’y passerais que deux heures. La salle est surchauffée par nos haleines alcoolisées et sent la sueur et la crasse. Notre odeur de mâle flotte mêlée au vin répandu.
Une serveuse illumine ce réduit sale et puant, elle apporte une lueur de jouissance douteuse. Son charme opère. Elle danse entre les tables et Satan mène le bal… bientôt on se perd dans nos paroles rauques, gonflées de rêves de luxure, on s’enfle et rugit comme un hymne de rut horrible sur nos faces suants l’alcool, de vin et d’amour…
La scène prend ainsi une allure bestiale. Pour on ne sait quoi on vit une minute sublime, débraillés, saouls, lubriques, se vautrant dans cette fange, seul plaisir qui nous est offert.
Et moi je ne dis rien, calme et froid. Je regarde cette femme et d’un air sans doute pervers. Il m’est de plus en plus difficile de t’écrire, tant la fatigue pèse sur mes yeux. Le temps de vider mon verre il me faudra reprendre ma garde et mon ouvrage demain…
