Ne crois-tu pas, chère déesse, que tous ces maux quels qu’ils soient doivent aller droit au ciel après de semblables actes d’héroïsme et ne crois-tu pas odieux, honteux, scandaleux, que ces Messieurs-Dames au dessus de nous veuillent refuser ou même discuter l’attribution d’une reconnaissance à mon attention sous prétexte qu’il faille leur lécher le derche ?
Pour eux, la force d’âme n’est pas suffisante. Injustice et ingratitude humaines. Et tandis qu’un lambda se promène dans les rues ou les lieux de plaisirs européens, tandis que, mollement, assis dans un fauteuil de velours, au coin d’un bon feu, à l’abri de la pluie et scandalisés si un grain de poussière ou une goutte d’eau viennent ternir l’éclat de leurs chaussures, ils discutent pour savoir si l’alcool est un poison ou si le mot bar est mieux que débit de boissons, tandis que loin du danger de l’existence vous vous demandez tous d’un air dédaigneux : que fait-il donc, ce Cigalon ? Moi si j’étais au feu je ferais ceci cela…
J’essaie de les élever, ils ne font que me rabaisser.
Pendant ce temps, douce déesse, ton humble ami, ton concitoyen et ton frère, un fantassin ou un péon, c’est selon, dont le seul nom évoque le mépris le plus grand, et les braves en général, sont en train de recommander leurs âmes à Dieu avant d’accomplir dans l’ombre le plus grand des sacrifices, celui de leurs vies.
Et c’est à vous autres, qui êtes si prompts à vous décerner mutuellement des décorations parfois méritées par quelques beaux discours ou quelques puissants appuis, contre un bout de mon cerveau en moins, c’est vous, leur dis-je, qui refusez d’accorder aux divergeants la moindre croix de guerre honorifique si vaillamment méritée, pour un petit bout de cerveau en moins, que serait un petit bout de métal suspendu à un ruban quelconque.
Et ce sera pourtant tout ce qu’il restera dans quelques années de ma conduite sublime de malheureux estropié que le monde regardera d’un air dédaigneux. De plus, ça ferait tant plaisir aux belles âmes comme la tienne et stimulerait le courage.
Ainsi ces Messieurs-Dames distribuent à tort et à travers des croix de fer et d’or et même de saphir lorsque nous nous montrerions parcimonieux.
Excuse mon bavardage, Gina, excuse mes erreurs et mes étranges errances, je suis écoeuré de tout.
Et que penser de certains chefs qui lancent des hommes sur un obstacle insurmontable, les vouant ainsi à une mort presque certaine et qui jouent avec leurs âmes comme on jouerait aux échecs avec un gallon de plus, s’ils gagnent leurs morts ?
Ne te scandalise pas, ma très douce Gina, de mon affreux comportement révolté. Je t’écris sur le coup de l’émotion d’hier et de cette nuit, parce que je prends part de front à des luttes qui me touchent et me blessent et d’ailleurs bien des officiers supérieurs qui sont ici me soutiennent face aux petits chefs de pacotilles ; il y en a qui pleurent de rage et de pitié sur mon sort.
Ne crois pas que mon moral est bas, car je t’aime Gina.
Cigalon.
Pour eux, la force d’âme n’est pas suffisante. Injustice et ingratitude humaines. Et tandis qu’un lambda se promène dans les rues ou les lieux de plaisirs européens, tandis que, mollement, assis dans un fauteuil de velours, au coin d’un bon feu, à l’abri de la pluie et scandalisés si un grain de poussière ou une goutte d’eau viennent ternir l’éclat de leurs chaussures, ils discutent pour savoir si l’alcool est un poison ou si le mot bar est mieux que débit de boissons, tandis que loin du danger de l’existence vous vous demandez tous d’un air dédaigneux : que fait-il donc, ce Cigalon ? Moi si j’étais au feu je ferais ceci cela…
J’essaie de les élever, ils ne font que me rabaisser.
Pendant ce temps, douce déesse, ton humble ami, ton concitoyen et ton frère, un fantassin ou un péon, c’est selon, dont le seul nom évoque le mépris le plus grand, et les braves en général, sont en train de recommander leurs âmes à Dieu avant d’accomplir dans l’ombre le plus grand des sacrifices, celui de leurs vies.
Et c’est à vous autres, qui êtes si prompts à vous décerner mutuellement des décorations parfois méritées par quelques beaux discours ou quelques puissants appuis, contre un bout de mon cerveau en moins, c’est vous, leur dis-je, qui refusez d’accorder aux divergeants la moindre croix de guerre honorifique si vaillamment méritée, pour un petit bout de cerveau en moins, que serait un petit bout de métal suspendu à un ruban quelconque.
Et ce sera pourtant tout ce qu’il restera dans quelques années de ma conduite sublime de malheureux estropié que le monde regardera d’un air dédaigneux. De plus, ça ferait tant plaisir aux belles âmes comme la tienne et stimulerait le courage.
Ainsi ces Messieurs-Dames distribuent à tort et à travers des croix de fer et d’or et même de saphir lorsque nous nous montrerions parcimonieux.
Excuse mon bavardage, Gina, excuse mes erreurs et mes étranges errances, je suis écoeuré de tout.
Et que penser de certains chefs qui lancent des hommes sur un obstacle insurmontable, les vouant ainsi à une mort presque certaine et qui jouent avec leurs âmes comme on jouerait aux échecs avec un gallon de plus, s’ils gagnent leurs morts ?
Ne te scandalise pas, ma très douce Gina, de mon affreux comportement révolté. Je t’écris sur le coup de l’émotion d’hier et de cette nuit, parce que je prends part de front à des luttes qui me touchent et me blessent et d’ailleurs bien des officiers supérieurs qui sont ici me soutiennent face aux petits chefs de pacotilles ; il y en a qui pleurent de rage et de pitié sur mon sort.
Ne crois pas que mon moral est bas, car je t’aime Gina.
Cigalon.
