Topic : « [Texte] Amour, haine et désespoir »

Avatar de Apyrexie Apyrexie
Assourdissante, torrentielle, explosive, la haine qui coule dans mon sang pulse dans tout mon corps. La colère jaillit continuellement dans mon esprit, recouvrant d'écume la bonté d'âme qui souvent la recouvre et se démène pour la faire taire.

Je contemple le miroir qui renvoie une image de mes yeux durs, plus figés que le miroir les répercutant. Leur douceur et éclat rieur y est totalement absent. Je suis seul avec moi-même, face à ma noirceur la plus véritable et profonde. C'est une vision rare que nul autre ne peut contempler. Elle m'appartient entièrement, dans le secret des moments les plus intimes où la vérité de ce qu'il y a de plus médiocre en nous s'impose.

À raison, puisque la haine qui dévore mes orbites n'est portée qu'envers moi. Mes traits doux la rendent encore plus odieuse et mal placée mais pas moins véritable. Si on me voyait, on me trouverait beau et glaçant.

On désire toujours ce qui est primitif, animal et pourtant plaisant à voir. J'en suis conscient et même moi, je reconnais que mon aura a quelque chose d'attirant quand je suis dans cet état-là. Je passe de l'eau glacée sur mon visage pour créer un choc, mais c'est à peine si ma peau y réagit. L'habitude l'a anesthésié.

Je soupire et voyant un profond dégoût s'emparer de mon physique, je finis par déserter ma salle de bain. Je n'ai pas besoin de m'y attarder plus longuement, je connais par cœur cette expression. Et je ne la hais que de plus belle.

Il y a longtemps que je connais ses causes. La solitude, la lassitude, le désespoir et le mépris que j'ai envers moi-même d'être si faible. Si émotif et soumis au bon vouloir de la sociabilité dans ma nature. Le contact des autres m'éprouve et me rappelle constamment mon errance. Mais j'ai ai pourtant besoin. Je le fuis autant que je le recherche. Comme l'amour.

Une chapelle de pensées lourdes suivent ce constat, bien trop souvent établi dans mon esprit. C'est une tragique ritournelle.

Si je tente de rendre les autres heureux, c'est parce que j'y ai moi-même en partie renoncé à l'être. Le maigre espoir qui m'habite est sur-utilisé et surjoué. Là comme un triste mensonge, auquel je crois moi-même de croire en le partageant aux autres. Avec un fond de vérité, tout de même. Mais bien plus complexe que ce que l'on semble souvent le croire.

J'étais très jeune quand j'ai compris que ce que je portais était lourd, encombrant et différent des émotions des autres. Ce que j'abrite est bien trop intense pour que je puisse avoir la chance de trouver l'écho que je recherche si désespérément. Si peu d'individus arrivent à se confronter à leur noirceur sans haïr le monde qui les entoure. Et encore moins sont prêts à partager ce qu'ils ont de plus profond avec quelqu'un d'autre.

Moi-même, j'ai cherché à masquer ma peine et ma douleur. Comment ne pas comprendre que tant de personnes n'ont pas le courage d'affronter leur nature et quand ils le font, ont trop peur d'être vulnérables et jugés pour pouvoir l'exposer ?

Lourdement, mes paupières se ferment. Mon lit est glacial, comme toujours. Mes lèvres ne se rappellent plus de l'électricité d'un baiser, elles ne désirent même plus le contact humain.

La partie de moi qui réussit à aimer, pourtant, tente désespérément de me faire m'accrocher à l'envie de revivre un choc positif, un mouvement d'insouciance et de bonheur.

Des larmes pourraient presque perler aux coins de mes yeux, à la pensée de recevoir à nouveau de la douceur et de la compréhension. Mais la haine viscérale de ne pouvoir abandonner cette nécessité de contact humain m'en empêche.

La connexion que je recherche n'est sans doute qu'une vaste illusion. Un mirage cruel dont mon esprit ne peut se passer. La fusion à laquelle j'aspire n'est rien d'autre qu'un délire romantique, si éloigné de la réalité.

Pourtant, elle est à l'origine de tous mes maux et de toutes mes qualités. Elle me compose sans que je puisse m'y soumettre, elle a mes plus mauvais et brillants sentiments.

Jusqu'à ma mort, j'aimerai et espérerai. Bâtissant en utilisant ma douleur comme moteur. C'est une sentence dure et cruelle, dont seul ma glace connaît toute l'étendue de ma peine.
Avatar de MichelLaFolie19 MichelLaFolie19
Jusqu'à ma mort, j'aimerai et espérerai. Bâtissant en utilisant ma douleur comme moteur. C'est une sentence dure et cruelle, dont seul ma glace connaît toute l'étendue de ma peine.

Un chef d’oeuvre. :joie:
Avatar de Apyrexie Apyrexie
Citation de Draekoort
j'ai lu avec cette musique

j'aime bien lire les textes des kheys avec une ambiance musicale qui correspond bien :hap:

Citation de Draekoort
magnifique :cute:

https://image.noelshack.com/minis/2017/02/1484089609-coeur.png T'es le meilleur...

Citation de VoxPopuli
J'ai survolé.
Impression qu'il manque un quelque chose d'éthéré, ta poésie est trop concrète. Mais ce n'est qu'une impression.

Je suis un fils de pute poétique. Je te laisse l'étheré. Cela dit oui, je peux mieux faire. :noelpipe: Mais laisser le brut tel quel dans mes écrits me semblait important. J'écris tout d'un coup et je ne modifie par la suite que très peu de choses.

Citation de Kalem
:pls:

https://image.noelshack.com/minis/2020/33/2/1597181329-calinou.png Pardon, Kalemimi... Force à toi.
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