----Ce chapitre est une réécriture car la première version a été 410 et je ne l'avais pas sauvegardé -----
Chapitre Hors-série n°1: Les histoires de l'aristocratie
J'avais onze ans, j'étais en sixième, et les journées étaient longues. Sans amis, 0 tout, je me faisais bien chier. Quand ils rentraient du collège mes frères et soeurs montaient directement s'enfermer dans leurs chambres respectives.
Je faisais la même chose jusqu'à un jour, où en rentrant du collège j'aperçois ma mère en pleurs.
-Ben pourquoi tu pleures ?

-C'est rien fils... C'est rien t'inquiète.
Elle séchait ses larmes et se repositionnait dans son fauteuil, comme pour garder la face.
-Allez va faire tes devoirs.
Ce jour là je suis monté dans ma chambre et j'ai fait comme si je n'avais rien vu. Puis quelques jours plus tard, j'ai surpris ma mère s'engueuler au téléphone.
Je voyais qu'elle n'allait pas très bien, alors je décidai de passer un peu plus de temps avec elle que d'habitude. Au bout de quelques semaines ou quelques mois j'étais devenu son confident.
-Tu sais parmi mes trois enfants, tu es mon préféré
Elle me racontait sa vie comme si j'étais un psy avec 20 ans de carrière.
Elle me racontait alors son enfance, son père violent traumatisé par sa participation à la guerre d'Algérie.
Elle me racontait comment, quand elle avait mon âge, elle se faisait traiter de pute par ses parents; comment son père la frappait et la menaçait à la carabine. Et son frère qui s'enfermait dans le grenier dans son coin passivement.
Puis elle me raconta les détails d'une histoire sordide: Comment mon grand-père avait violé la meilleure amie de ma grand-mère.
Quand on avait 5 et 7 ans, mon frère et moi on s'est fait chopper par grand-père. Il nous a attrapé et nous a cogné nos têtes l'un contre l'autre. Sans raison. Alors quand j'entendais ma mère me raconter ces histoires, je trouvais ça irréaliste mais en même temps un peu naturel.
Je pensais faire le bien en écoutant les histoires de ma mère et essayer de la réconforter, mais je me suis traumatisé: A l'âge de 11 ans, ç'eût été préférable qu'on me cache cette histoire de viol commis par mon propre grand-père.
Pendant tout mon collège, les repas de famille étaient invivables. Ma mère buvait trop et finissait par taper des crises contre son père, son frère ou quelqu'un d'autre.
Papy Gustave a toujours été particulier. Il ne ratait jamais une émission de Questions Pour Un Champion. Il répondait aux questions avec toujours un temps d'avance sur les candidats, et je ne crois pas l'avoir vu se tromper une seule fois.
Aux repas de famille, vers 17-18h il lançait à mon père:
-Allez Eric, tu m'allumes la télé ? C'est l'heure !
C'était son petit rituel.
Quand on faisait un jeu de culture G en fin de repas, tout le monde voulait être dans son équipe, c'était un peu le code triche. Ma mère a même fini par lui interdire de jouer, parce qu'il gagnait à chaque fois (et aussi parce qu'il donnait les réponses même quand c'était pas à son équipe de jouer).
Un homme intelligent, instruit et cultivé; mais déchiré par l'alcool et ses souvenirs de la guerre.
Un jour pendant un repas j'étais allé me réfugier dans ma chambre après le plat principal, comme à mon habitude. On m'appelle pour le dessert, je descends et là je vois ma soeur Célestine en pleurs.
-Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures ?

Elle ne me répond pas. A côté d'elle, son copain de l'époque essaye de la prendre dans ses bras, de la réconforter.
Alors mon frère arrive et me dit:
-Tout le monde est bourré comme d'hab, et Papy a pelotté les seins de Célestine.

-....
Bon ça n'a pas empêché de réinviter Papy aux repas de famille suivants. Après tout, on savait qu'il était dérangé.
Quand elle avait 20-30 ans ma mère ne parlait plus à son père. Puis quand elle a commencé à avoir des enfants, elle a décidé de le réintégrer dans sa vie pour que ses enfants "connaissent au moins un grand-père".
Je n'ai jamais connu le père de mon père, il est mort un peu avant ma naissance; et le grand-père que j'ai connu à la place était la personne la plus incroyable que j'ai jamais connu, dans le bon sens et dans le mauvais sens du terme.
Chapitre Hors-série n°1: Les histoires de l'aristocratie
J'avais onze ans, j'étais en sixième, et les journées étaient longues. Sans amis, 0 tout, je me faisais bien chier. Quand ils rentraient du collège mes frères et soeurs montaient directement s'enfermer dans leurs chambres respectives.
Je faisais la même chose jusqu'à un jour, où en rentrant du collège j'aperçois ma mère en pleurs.
-Ben pourquoi tu pleures ?


-C'est rien fils... C'est rien t'inquiète.

Elle séchait ses larmes et se repositionnait dans son fauteuil, comme pour garder la face.
-Allez va faire tes devoirs.

Ce jour là je suis monté dans ma chambre et j'ai fait comme si je n'avais rien vu. Puis quelques jours plus tard, j'ai surpris ma mère s'engueuler au téléphone.
Je voyais qu'elle n'allait pas très bien, alors je décidai de passer un peu plus de temps avec elle que d'habitude. Au bout de quelques semaines ou quelques mois j'étais devenu son confident.
-Tu sais parmi mes trois enfants, tu es mon préféré

Elle me racontait sa vie comme si j'étais un psy avec 20 ans de carrière.

Elle me racontait alors son enfance, son père violent traumatisé par sa participation à la guerre d'Algérie.

Elle me racontait comment, quand elle avait mon âge, elle se faisait traiter de pute par ses parents; comment son père la frappait et la menaçait à la carabine. Et son frère qui s'enfermait dans le grenier dans son coin passivement.

Puis elle me raconta les détails d'une histoire sordide: Comment mon grand-père avait violé la meilleure amie de ma grand-mère.

Quand on avait 5 et 7 ans, mon frère et moi on s'est fait chopper par grand-père. Il nous a attrapé et nous a cogné nos têtes l'un contre l'autre. Sans raison. Alors quand j'entendais ma mère me raconter ces histoires, je trouvais ça irréaliste mais en même temps un peu naturel.

Je pensais faire le bien en écoutant les histoires de ma mère et essayer de la réconforter, mais je me suis traumatisé: A l'âge de 11 ans, ç'eût été préférable qu'on me cache cette histoire de viol commis par mon propre grand-père.
Pendant tout mon collège, les repas de famille étaient invivables. Ma mère buvait trop et finissait par taper des crises contre son père, son frère ou quelqu'un d'autre.

Papy Gustave a toujours été particulier. Il ne ratait jamais une émission de Questions Pour Un Champion. Il répondait aux questions avec toujours un temps d'avance sur les candidats, et je ne crois pas l'avoir vu se tromper une seule fois.
Aux repas de famille, vers 17-18h il lançait à mon père:
-Allez Eric, tu m'allumes la télé ? C'est l'heure !

C'était son petit rituel.
Quand on faisait un jeu de culture G en fin de repas, tout le monde voulait être dans son équipe, c'était un peu le code triche. Ma mère a même fini par lui interdire de jouer, parce qu'il gagnait à chaque fois (et aussi parce qu'il donnait les réponses même quand c'était pas à son équipe de jouer).

Un homme intelligent, instruit et cultivé; mais déchiré par l'alcool et ses souvenirs de la guerre.
Un jour pendant un repas j'étais allé me réfugier dans ma chambre après le plat principal, comme à mon habitude. On m'appelle pour le dessert, je descends et là je vois ma soeur Célestine en pleurs.
-Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures ?


Elle ne me répond pas. A côté d'elle, son copain de l'époque essaye de la prendre dans ses bras, de la réconforter.
Alors mon frère arrive et me dit:
-Tout le monde est bourré comme d'hab, et Papy a pelotté les seins de Célestine.


-....
Bon ça n'a pas empêché de réinviter Papy aux repas de famille suivants. Après tout, on savait qu'il était dérangé.

Quand elle avait 20-30 ans ma mère ne parlait plus à son père. Puis quand elle a commencé à avoir des enfants, elle a décidé de le réintégrer dans sa vie pour que ses enfants "connaissent au moins un grand-père".

Je n'ai jamais connu le père de mon père, il est mort un peu avant ma naissance; et le grand-père que j'ai connu à la place était la personne la plus incroyable que j'ai jamais connu, dans le bon sens et dans le mauvais sens du terme.