Je suis avec ma copine depuis 2 ans, tout à l'heure elle m'a envoyé ce message.
Elle aime souvent me partager des textes qui ressemble à ce qu'on vie, ou juste parce que les idées sont intéressantes, mais en ce moment elle a l'air un peu différente de d'habitude, je me demande si je me fais idées
Elle m'a envoyé ce sms tout à l'heure, je lui ai répondu : "C'est trop mignon hihi ! =) ça me fait penser à nous <3" mais je suis pas sûr de ce qu'elle veux me faire comprendre, qu'en pensez-vous ?
N’est-ce pas moi qui décide du coefficient d’adversité des choses et jusque de leur imprévisibilité en décidant de moi-même ? Ainsi n’y a-t-il pas d’accidents dans une vie ; un événement social qui éclate soudain et m’entraîne ne vient pas du dehors ; si je suis mobilisé dans une guerre, cette guerre est ma guerre, elle est à mon image et je la mérite. Je la mérite d’abord parce que pouvais toujours m’y soustraire, par le suicide ou la désertion : ces possibles ultimes sont ceux qui doivent toujours nous être présents lorsqu’il s’agit d’envisager une situation. Faute de m’y être soustrait, je l’ai choisie ; ce peut être par veulerie, par lâcheté devant l’opinion publique, parce que je préfère certaines valeurs à celle du refus même de faire la guerre (l’estime de mes proches, l’honneur de ma famille, etc.). De toute façon, il s’agit d’un choix. Ce choix sera réitéré par la suite d’une façon continue jusqu’à la fin de la guerre ; il faut donc souscrire au mot de J. Romains1 : « À la guerre, il n’y a pas de victimes innocentes. » Si donc j’ai préféré la guerre à la mort ou au déshonneur, tout se passe comme si je portais l’entière responsabilité de cette guerre. Sans doute, d’autres l’ont déclarée et l’on serait tenté, peut-être, de me considérer comme simple complice. Mais cette notion de complicité n’a qu’un sens juridique ; ici, elle ne tient pas ; car il a dépendu de moi que pour moi et par moi cette guerre n’existe pas et j’ai décidé qu’elle existe. Il n’y a eu aucune contrainte, car la contrainte ne saurait avoir aucune prise sur une liberté ; je n’ai eu aucune excuse, car, ainsi que nous l’avons dit et répété dans ce livre, le propre de la réalité humaine, c’est qu’elle est sans excuse. Il ne me reste donc qu’à revendiquer cette guerre. Mais, en outre, elle est mienne parce que, du seul fait qu’elle surgit dans une situation que je fais être et que je ne puis l’y découvrir qu’en m’engageant pour ou contre elle, je ne puis plus distinguer à présent le choix que je fais de moi du choix que je fais d’elle : vivre cette guerre, c’est me choisir par elle et la choisir par mon choix de moi-même. Il ne saurait être question de l’envisager comme « quatre ans de vacances » ou de « sursis », comme une « suspension de séance », l’essentiel de mes responsabilités étant ailleurs, dans ma vie conjugale, familiale, professionnelle. Mais dans cette guerre que j’ai choisie, je me choisis au jour le jour et je la fais mienne en me faisant. Si elle doit être quatre années vides, c’est moi qui en porte la responsabilité.
La conscience, originellement immanente à tout ce qui vit, s’endort là où il n’y a plus de mouvement spontané, et s’exalte quand la vie appuie vers l’activité libre. Chacun de nous a d’ailleurs pu vérifier cette loi sur lui-même. Qu’arrive-t-il quand une de nos actions cesse d’être spontanée pour devenir automatique ? La conscience s’en retire. Dans l’apprentissage d’un exercice, par exemple, nous commençons par être conscients de chacun des mouvements que nous exécutons, parce qu’il vient de nous, parce qu’il résulte d’une décision et implique un choix ; puis, à mesure que ces mouvements s’enchaînent davantage entre eux et se déterminent plus mécaniquement les uns les autres, nous dispensant ainsi de nous décider et de choisir, la conscience que nous en avons diminue et disparaît. Quels sont, d’autre part, les moments où notre conscience atteint le plus de vivacité ? Ne sont-ce pas les moments de crise intérieure, où nous hésitons entre deux ou plusieurs partis à prendre, où nous sentons que notre avenir sera ce que nous l’aurons fait ? Les variations d’intensité de notre conscience semblent donc bien correspondre à la somme plus ou moins considérable de choix ou, si vous voulez, de création, que nous distribuons sur notre conduite. Tout porte à croire qu’il en est ainsi de la conscience en géné- ral. Si conscience signifie mémoire et anticipation, c’est que conscience est synonyme de choix.
La volonté est une sorte de causalité des êtres vivants, en tant qu’ils sont raisonnables, et la liberté serait la propriété qu’aurait cette causalité de pouvoir agir indépendamment de causes étrangères qui la déterminent ; de même que la nécessité naturelle est la propriété qu’a la causalité de tous les êtres dépourvus de raison d’être déterminée à agir par l’influence de causes étrangères. La définition qui vient d’être donnée de la liberté est négative, et par conséquent, pour en saisir l’essence, inféconde ; mais il en découle un concept positif de la liberté, qui est d’autant plus riche et plus fécond. Comme le concept d’une causalité implique en lui celui des lois, d’après lesquelles quelque chose que nous nommons effet doit être posé par quelque autre chose qui est la cause, la liberté, bien qu’elle ne soit pas une propriété de la volonté se conformant à des lois de la nature, n’est pas cependant pour cela en dehors de toute loi ; au contraire, elle doit être une causalité agissant selon des lois immuables, mais des lois d’une espèce particulière, car autrement une volonté libre serait un pur rien. La nécessité naturelle est, elle, une hétéronomie des causes efficientes, car tout effet n’est alors possible que suivant cette loi, que [à savoir que] quelque chose d’autre détermine la cause efficiente à la causalité. En quoi donc peut bien consister la liberté de la volonté, sinon dans une autonomie, c’est-à-dire dans la propriété qu’elle a d’être à elle-même sa loi ? Or cette proposition : la volonté dans toutes les actions est à elle-même sa loi, n’est qu’une autre formule de ce principe : il ne faut agir que d’après une maxime qui puisse aussi se prendre elle même pour objet à titre de loi universelle. Mais c’est précisément la formule de l’impératif catégorique et le principe de la moralité ; une volonté libre et une volonté soumise à des lois morales sont par conséquent une seule et même chose.
J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d’une certaine façon déterminée. Dieu, par exemple, existe librement bien que nécessairement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes choses librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité. Mais descendons aux choses créées qui sont toutes déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d’une certaine façon déterminée. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mais parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singulière, quelle que soit la complexité qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent être ses aptitudes, parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée. Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assuré- ment, puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est très libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce qu’elle le veut. Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par un libre décret de l’âme et non se laisser contraindre.
Un homme venant à tomber dans l’eau, parce qu’un pont sur lequel il marchait s’est rompu sous lui, n’a point de liberté, et n’est pas un agent libre à cet égard. Car quoiqu’il préfère ne pas tomber à nouveau, cependant comme il n’est pas en sa puissance d’empêcher ce mouvement, la cessation de ce mouvement ne suit pas sa volition ; c’est pourquoi il n’est point libre dans ce cas-là. Il en est de même d’un homme qui se frappe luimême, ou qui frappe son ami, par un mouvement convulsif de son bras, qu’il n’est pas en son pouvoir d’empêcher ou d’arrêter par la direction de son esprit ; personne se s’avise de penser qu’un tel homme soit libre à cet égard, mais on le plaint comme agissant par nécessité et par contrainte. Autre exemple. Supposons qu’on porte un homme, pendant qu’il est dans un profond sommeil, dans une chambre où il y ait une personne qu’il lui tarde de voir et que l’on ferme à clef la porte sur lui, de sorte qu’il ne soit pas en son pouvoir de sortir. Cet homme s’éveille et est charmé de se trouver avec une personne dont il souhaitait si fort la compagnie, et avec qui il demeure avec plaisir, aimant mieux être là avec elle dans cette chambre que d’en sortir pour aller ailleurs : je demande s’il ne reste pas volontairement dans ce lieu-là ? Je ne pense pas que personne s’avise d’en douter. Cependant, comme cet homme est enfermé à clef, il est évident qu’il n’est pas en liberté de ne pas demeurer dans cette chambre et d’en sortir s’il veut. Et par conséquent, la liberté n’est pas une idée qui appartienne à la préférence que notre esprit donne à une action plutôt qu’à une autre, mais à la personne qui a la puissance d’agir ou de s’empêcher d’agir selon que son esprit se déterminera à l’un ou à l’autre de ces deux partis.
Lorsque dans l’esprit humain les appétits, les aversions, les espoirs, les craintes, concernant une seule et même chose, s’élèvent alternativement ; que diverses conséquences bonnes ou mauvaises de l’accomplissement ou de l’omission de la chose proposée se présentent successivement dans nos pensées : de sorte que nous ressentons pour elle tantôt de l’appétit et tantôt de l’aversion ; tantôt l’espoir d’être capable de l’accomplir, tantôt le désespoir, ou la crainte, à l’idée de l’entreprendre : la somme totale des désirs, aversions, espoirs et craintes, poursuivis jusqu’à ce que la chose soit accomplie, ou jugée impossible, est ce que nous appelons DÉLIBÉRATION. Aussi, sur les choses passées n’y a-t-il pas de délibération, parce qu’il est manifestement impossible de les changer. De même pour les choses connues comme impossibles, ou pensées telles, parce qu’on sait ou qu’on pense qu’une telle délibération est vaine. Mais on peut délibérer sur des choses impossibles qu’on pense possibles, sans savoir que c’est en vain. On appelle cela délibération, parce que c’est le fait de mettre fin à la liberté que nous avions d’accomplir ou d’omettre conformément à notre appétit ou à notre aversion. Cette succession alternée d’appétits, d’aversions, d’espoirs et de craintes n’existe pas moins chez les autres créatures vivantes que dans l’homme : les bêtes délibèrent donc, elles aussi. On dit qu’une délibération se termine quand ce dont on délibère est soit accompli, soit considéré comme impossible : car jusque-là nous gardons la liberté d’accomplir ou d’omettre selon notre appétit ou notre aversion. Dans la délibération, le dernier appétit ou la dernière aversion, qui se trouve en contact immédiat avec l’action ou son omission, est ce qu’on appelle la Volonté : c’est l’acte (non la faculté) de vouloir. […] La définition que les Écoles donnent communément de la volonté, que c’est un appétit rationnel, n’est pas bonne : car s’il en était ainsi, il ne pourrait pas y avoir d’acte volontaire contraire à la raison. Un acte volontaire est en effet celui qui procède de la volonté, et rien d’autre. Mais si, au lieu d’appétit rationnel, on disait appétit résultant d’une délibération antécédente, alors la définition ne diffère en rien de celle que j’ai donnée. La volonté est donc l’appétit qui intervient le dernier au cours de la délibération. Et quoi qu’on dise, dans la conversation courante, qu’un homme a eu la volonté de faire une chose que néanmoins il s’est abstenu de faire, cela n’est cependant à proprement parler qu’une inclination, chose qui ne rend volontaire aucune action, puisque l’action ne dépend pas d’elle, mais de la dernière inclination, du dernier appétit
Finalement on distingue aussi les droits de l’homme comme tels des droits du citoyen. Qui est l’homme distinct du citoyen ? Nul autre que le membre de la société bourgeoise. Pourquoi le membre de la société bourgeoise est-il appelé « homme », homme en soi, pourquoi ses droits sont-ils appelés droits de l’homme ? Par quoi expliquons-nous ce fait ? Par la relation de l’État politique avec la société bourgeoise, par la nature de l’émancipation politique. Avant tout nous constatons que les droits dits de l’homme, les droits de l’homme, par opposition aux droits du citoyen, ne sont rien d’autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la collectivité. La Constitution la plus radicale, la Constitution de 1793, peut énoncer : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen Article 2. « Ces droits, etc. (les droits naturels et imprescriptibles) sont : l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. » En quoi consiste la liberté ? Article 6. « La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui », ou d’après la Déclaration des droits de l’homme de 1791 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.
Aidez-moi les kheys

Elle aime souvent me partager des textes qui ressemble à ce qu'on vie, ou juste parce que les idées sont intéressantes, mais en ce moment elle a l'air un peu différente de d'habitude, je me demande si je me fais idées

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N’est-ce pas moi qui décide du coefficient d’adversité des choses et jusque de leur imprévisibilité en décidant de moi-même ? Ainsi n’y a-t-il pas d’accidents dans une vie ; un événement social qui éclate soudain et m’entraîne ne vient pas du dehors ; si je suis mobilisé dans une guerre, cette guerre est ma guerre, elle est à mon image et je la mérite. Je la mérite d’abord parce que pouvais toujours m’y soustraire, par le suicide ou la désertion : ces possibles ultimes sont ceux qui doivent toujours nous être présents lorsqu’il s’agit d’envisager une situation. Faute de m’y être soustrait, je l’ai choisie ; ce peut être par veulerie, par lâcheté devant l’opinion publique, parce que je préfère certaines valeurs à celle du refus même de faire la guerre (l’estime de mes proches, l’honneur de ma famille, etc.). De toute façon, il s’agit d’un choix. Ce choix sera réitéré par la suite d’une façon continue jusqu’à la fin de la guerre ; il faut donc souscrire au mot de J. Romains1 : « À la guerre, il n’y a pas de victimes innocentes. » Si donc j’ai préféré la guerre à la mort ou au déshonneur, tout se passe comme si je portais l’entière responsabilité de cette guerre. Sans doute, d’autres l’ont déclarée et l’on serait tenté, peut-être, de me considérer comme simple complice. Mais cette notion de complicité n’a qu’un sens juridique ; ici, elle ne tient pas ; car il a dépendu de moi que pour moi et par moi cette guerre n’existe pas et j’ai décidé qu’elle existe. Il n’y a eu aucune contrainte, car la contrainte ne saurait avoir aucune prise sur une liberté ; je n’ai eu aucune excuse, car, ainsi que nous l’avons dit et répété dans ce livre, le propre de la réalité humaine, c’est qu’elle est sans excuse. Il ne me reste donc qu’à revendiquer cette guerre. Mais, en outre, elle est mienne parce que, du seul fait qu’elle surgit dans une situation que je fais être et que je ne puis l’y découvrir qu’en m’engageant pour ou contre elle, je ne puis plus distinguer à présent le choix que je fais de moi du choix que je fais d’elle : vivre cette guerre, c’est me choisir par elle et la choisir par mon choix de moi-même. Il ne saurait être question de l’envisager comme « quatre ans de vacances » ou de « sursis », comme une « suspension de séance », l’essentiel de mes responsabilités étant ailleurs, dans ma vie conjugale, familiale, professionnelle. Mais dans cette guerre que j’ai choisie, je me choisis au jour le jour et je la fais mienne en me faisant. Si elle doit être quatre années vides, c’est moi qui en porte la responsabilité.
La conscience, originellement immanente à tout ce qui vit, s’endort là où il n’y a plus de mouvement spontané, et s’exalte quand la vie appuie vers l’activité libre. Chacun de nous a d’ailleurs pu vérifier cette loi sur lui-même. Qu’arrive-t-il quand une de nos actions cesse d’être spontanée pour devenir automatique ? La conscience s’en retire. Dans l’apprentissage d’un exercice, par exemple, nous commençons par être conscients de chacun des mouvements que nous exécutons, parce qu’il vient de nous, parce qu’il résulte d’une décision et implique un choix ; puis, à mesure que ces mouvements s’enchaînent davantage entre eux et se déterminent plus mécaniquement les uns les autres, nous dispensant ainsi de nous décider et de choisir, la conscience que nous en avons diminue et disparaît. Quels sont, d’autre part, les moments où notre conscience atteint le plus de vivacité ? Ne sont-ce pas les moments de crise intérieure, où nous hésitons entre deux ou plusieurs partis à prendre, où nous sentons que notre avenir sera ce que nous l’aurons fait ? Les variations d’intensité de notre conscience semblent donc bien correspondre à la somme plus ou moins considérable de choix ou, si vous voulez, de création, que nous distribuons sur notre conduite. Tout porte à croire qu’il en est ainsi de la conscience en géné- ral. Si conscience signifie mémoire et anticipation, c’est que conscience est synonyme de choix.
La volonté est une sorte de causalité des êtres vivants, en tant qu’ils sont raisonnables, et la liberté serait la propriété qu’aurait cette causalité de pouvoir agir indépendamment de causes étrangères qui la déterminent ; de même que la nécessité naturelle est la propriété qu’a la causalité de tous les êtres dépourvus de raison d’être déterminée à agir par l’influence de causes étrangères. La définition qui vient d’être donnée de la liberté est négative, et par conséquent, pour en saisir l’essence, inféconde ; mais il en découle un concept positif de la liberté, qui est d’autant plus riche et plus fécond. Comme le concept d’une causalité implique en lui celui des lois, d’après lesquelles quelque chose que nous nommons effet doit être posé par quelque autre chose qui est la cause, la liberté, bien qu’elle ne soit pas une propriété de la volonté se conformant à des lois de la nature, n’est pas cependant pour cela en dehors de toute loi ; au contraire, elle doit être une causalité agissant selon des lois immuables, mais des lois d’une espèce particulière, car autrement une volonté libre serait un pur rien. La nécessité naturelle est, elle, une hétéronomie des causes efficientes, car tout effet n’est alors possible que suivant cette loi, que [à savoir que] quelque chose d’autre détermine la cause efficiente à la causalité. En quoi donc peut bien consister la liberté de la volonté, sinon dans une autonomie, c’est-à-dire dans la propriété qu’elle a d’être à elle-même sa loi ? Or cette proposition : la volonté dans toutes les actions est à elle-même sa loi, n’est qu’une autre formule de ce principe : il ne faut agir que d’après une maxime qui puisse aussi se prendre elle même pour objet à titre de loi universelle. Mais c’est précisément la formule de l’impératif catégorique et le principe de la moralité ; une volonté libre et une volonté soumise à des lois morales sont par conséquent une seule et même chose.
J’appelle libre, quant à moi, une chose qui est et agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d’une certaine façon déterminée. Dieu, par exemple, existe librement bien que nécessairement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même librement parce qu’il existe par la seule nécessité de sa nature. De même aussi Dieu se connaît lui-même et connaît toutes choses librement, parce qu’il suit de la seule nécessité de sa nature que Dieu connaisse toutes choses. Vous le voyez bien, je ne fais pas consister la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité. Mais descendons aux choses créées qui sont toutes déterminées par des causes extérieures à exister et à agir d’une certaine façon déterminée. Pour rendre cela clair et intelligible, concevons une chose très simple : une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mais parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause extérieure. Et ce qui est vrai de la pierre il faut l’entendre de toute chose singulière, quelle que soit la complexité qu’il vous plaise de lui attribuer, si nombreuses que puissent être ses aptitudes, parce que toute chose singulière est nécessairement déterminée par une cause extérieure à exister et à agir d’une certaine manière déterminée. Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir. Cette pierre assuré- ment, puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est très libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce qu’elle le veut. Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire. De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par un libre décret de l’âme et non se laisser contraindre.
Un homme venant à tomber dans l’eau, parce qu’un pont sur lequel il marchait s’est rompu sous lui, n’a point de liberté, et n’est pas un agent libre à cet égard. Car quoiqu’il préfère ne pas tomber à nouveau, cependant comme il n’est pas en sa puissance d’empêcher ce mouvement, la cessation de ce mouvement ne suit pas sa volition ; c’est pourquoi il n’est point libre dans ce cas-là. Il en est de même d’un homme qui se frappe luimême, ou qui frappe son ami, par un mouvement convulsif de son bras, qu’il n’est pas en son pouvoir d’empêcher ou d’arrêter par la direction de son esprit ; personne se s’avise de penser qu’un tel homme soit libre à cet égard, mais on le plaint comme agissant par nécessité et par contrainte. Autre exemple. Supposons qu’on porte un homme, pendant qu’il est dans un profond sommeil, dans une chambre où il y ait une personne qu’il lui tarde de voir et que l’on ferme à clef la porte sur lui, de sorte qu’il ne soit pas en son pouvoir de sortir. Cet homme s’éveille et est charmé de se trouver avec une personne dont il souhaitait si fort la compagnie, et avec qui il demeure avec plaisir, aimant mieux être là avec elle dans cette chambre que d’en sortir pour aller ailleurs : je demande s’il ne reste pas volontairement dans ce lieu-là ? Je ne pense pas que personne s’avise d’en douter. Cependant, comme cet homme est enfermé à clef, il est évident qu’il n’est pas en liberté de ne pas demeurer dans cette chambre et d’en sortir s’il veut. Et par conséquent, la liberté n’est pas une idée qui appartienne à la préférence que notre esprit donne à une action plutôt qu’à une autre, mais à la personne qui a la puissance d’agir ou de s’empêcher d’agir selon que son esprit se déterminera à l’un ou à l’autre de ces deux partis.
Lorsque dans l’esprit humain les appétits, les aversions, les espoirs, les craintes, concernant une seule et même chose, s’élèvent alternativement ; que diverses conséquences bonnes ou mauvaises de l’accomplissement ou de l’omission de la chose proposée se présentent successivement dans nos pensées : de sorte que nous ressentons pour elle tantôt de l’appétit et tantôt de l’aversion ; tantôt l’espoir d’être capable de l’accomplir, tantôt le désespoir, ou la crainte, à l’idée de l’entreprendre : la somme totale des désirs, aversions, espoirs et craintes, poursuivis jusqu’à ce que la chose soit accomplie, ou jugée impossible, est ce que nous appelons DÉLIBÉRATION. Aussi, sur les choses passées n’y a-t-il pas de délibération, parce qu’il est manifestement impossible de les changer. De même pour les choses connues comme impossibles, ou pensées telles, parce qu’on sait ou qu’on pense qu’une telle délibération est vaine. Mais on peut délibérer sur des choses impossibles qu’on pense possibles, sans savoir que c’est en vain. On appelle cela délibération, parce que c’est le fait de mettre fin à la liberté que nous avions d’accomplir ou d’omettre conformément à notre appétit ou à notre aversion. Cette succession alternée d’appétits, d’aversions, d’espoirs et de craintes n’existe pas moins chez les autres créatures vivantes que dans l’homme : les bêtes délibèrent donc, elles aussi. On dit qu’une délibération se termine quand ce dont on délibère est soit accompli, soit considéré comme impossible : car jusque-là nous gardons la liberté d’accomplir ou d’omettre selon notre appétit ou notre aversion. Dans la délibération, le dernier appétit ou la dernière aversion, qui se trouve en contact immédiat avec l’action ou son omission, est ce qu’on appelle la Volonté : c’est l’acte (non la faculté) de vouloir. […] La définition que les Écoles donnent communément de la volonté, que c’est un appétit rationnel, n’est pas bonne : car s’il en était ainsi, il ne pourrait pas y avoir d’acte volontaire contraire à la raison. Un acte volontaire est en effet celui qui procède de la volonté, et rien d’autre. Mais si, au lieu d’appétit rationnel, on disait appétit résultant d’une délibération antécédente, alors la définition ne diffère en rien de celle que j’ai donnée. La volonté est donc l’appétit qui intervient le dernier au cours de la délibération. Et quoi qu’on dise, dans la conversation courante, qu’un homme a eu la volonté de faire une chose que néanmoins il s’est abstenu de faire, cela n’est cependant à proprement parler qu’une inclination, chose qui ne rend volontaire aucune action, puisque l’action ne dépend pas d’elle, mais de la dernière inclination, du dernier appétit
Finalement on distingue aussi les droits de l’homme comme tels des droits du citoyen. Qui est l’homme distinct du citoyen ? Nul autre que le membre de la société bourgeoise. Pourquoi le membre de la société bourgeoise est-il appelé « homme », homme en soi, pourquoi ses droits sont-ils appelés droits de l’homme ? Par quoi expliquons-nous ce fait ? Par la relation de l’État politique avec la société bourgeoise, par la nature de l’émancipation politique. Avant tout nous constatons que les droits dits de l’homme, les droits de l’homme, par opposition aux droits du citoyen, ne sont rien d’autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la collectivité. La Constitution la plus radicale, la Constitution de 1793, peut énoncer : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen Article 2. « Ces droits, etc. (les droits naturels et imprescriptibles) sont : l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. » En quoi consiste la liberté ? Article 6. « La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui », ou d’après la Déclaration des droits de l’homme de 1791 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.
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