Citation de GordonCole
ERWIN ROMMEL
(dans le spoiler parce que texte très long)
Le calme avant la tempête
Erwin Rommel nait le 15 novembre 1891 dans le Wurtemberg et grandit assez sagement dans l’ancien royaume avalé par l’ogre prussien au tournant du XIXème siècle. D’abord enfant rêvasseur et dilettante, il devient un adolescent féru de mathématiques, se passionnant pour le sport et les études.
Sans remous particulier, il devient élève officier en 1910. Les éducateurs de l’armée observent une endurance tenace et un grand courage physique. Son parcours académique est probant ; en 1912 il est déjà sous-lieutenant après un passage à l’école militaire de Dantzig et on lui confie la formation des troupes. Petit galopin, il engrosse une maraichère bien achalandée mais face aux récriminations de ses pairs et de sa famille, il épouse plutôt « Lucie » une fille de grand propriétaire prussien. Il veillera toute sa vie sur sa progéniture illégitime, qu’il fera passer pour sa nièce lors de présentations.
Orage d’acier
Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, on le retrouve à la tête de son bataillon dans les premiers combats opposant Teutons et Français. Dans la mêlée des combats, il tire son épingle du jeu en multipliant les coups audacieux. Il parvient à prendre quatre forts en une journée de combats employant ses meilleurs éléments pour un assaut éclair. Amoureux de l’offensive et du mouvement, téméraire au-delà de toute raison, il est blessé sur le front français. Il y retourne semer la désolation avant d’être muté à la formation d’un bataillon d’élite. Lors des combats en France, il récolte les deux niveaux de croix de fer.
De retour dans sa contrée natale, il est donc affairé à l’enseignement militaire. Destiné à être déployé dans les Vosges, son bataillon part finalement sur le front Est. Rommel forge sa légende dans les régions inhospitalières du Mittle Europa. Avec ses chasseurs, il réitère les prouesses opérées sur le front occidental et rivalise d’imagination pour rentrer dans les annales militaires. Pendant une des intrépides attaques menées sur le front roumain, il reste allongé dans la neige et le froid hivernal pendant plusieurs heures, attendant l’endormissement d’une garnison pour s’emparer d’un fort. Il laisse les soldats ennemis tombés dans les bras de Morphée avant de sonner la charge. Il fait 400 prisonniers.
En 1917, il a tout juste le temps de s’emparer d’une forteresse réputée imprenable en Roumanie, qu’on l’envoie prêter assistance aux Autrichiens dont les pertes deviennent inquiétantes et menacent s’effondrer face à l’Italie qui se montre meilleure combattante que prévu par les états-majors tudesques. Il est intégré dans des régiments austro-allemands et encore une fois on le voit engager des combats décisifs pendant la fameuse victoire de Caporetto, pendant laquelle les Germains reprennent cinquante kilomètres de front aux Italiens. Ces derniers frisent la déroute totale et sans l’aide de ses alliés, ils auraient subi encore longtemps les prouesses d’Erwin.
Pour ses multiples faits d’arme et son courage indéfectible, Rommel est promu capitaine en 1918 et reçoit la médaille pour le Mérite, plus haute distinction de l’armée prussienne. Il en est aussi le plus jeune détenteur ! Il termine la guerre, qui tourne au vinaigre pour les Allemands, depuis les états-majors où il trépigne d’impatience. Il ne peut qu’observer le début de débâcle allemande et, comme la plupart des militaires, se sentir profondément trahi par les hommes politiques de son temps.
Mi-temps !
La fausse paix du traité de Versailles, qui ne pouvait que provoquer une nouvelle guerre tout aussi dévastatrice, lui permet de rentrer dans son pays et d’à nouveau participer activement à la formation de régiments. En 1919, dans le trouble succédant à la crise politique allemande, il parvient à réfréner les ardeurs de marins communistes qu’il transforme en parfaits soldats rangés… Jusqu’en 1933, il est assidu et fidèle. Il espère un renouveau grâce à l’élection du héros de guerre Hindenburg, le vainqueur de Tannenberg.
Lorsque l’Allemagne reprend couleur dans le rouge et noir gammés, Rommel continue inlassablement sa carrière d’instructeur. Il est enthousiasmé par l’arrivée au pouvoir d’Hitler qu’il rencontre en 1935, lors d’un défilé militaire. Il se fait remarquer par Goebbels et Himmler car il refuse que son bataillon défile après celui de SS… Son attitude cavalière et la belle tenue de son régiment lui valent les félicitations du Führer. Ce dernier lui vante les mérites de son livre d’instruction militaire « L’infanterie attaque ! ».
Erwin passe alors par l’académie de Postdam, où il régente les jeunesses hitlériennes, par le commandement du peloton de sécurité personnel de Tonton et par Vienne, où il reprend la formation militaire loin des conflits mondains et politiques. Il est toujours apprécié et continue de fournir un travail irréprochable.
La chevauchée des Walkyries
Quand Hitler met finalement le feu à la poudrière polonaise, on s’étonne de ne pas voir le frais général commander quelques régiments d’élite… Il reprend son office de protecteur personnel d’Hitler et profite de son rôle assez passif pour étudier avec attention les premières applications de la Blitzkrieg. La Pologne s’écroule et il faut se tourner à l’Ouest pendant que le géant rouge souffre encore de son instabilité passée. Félicité en personne par Hitler qui veut lui offrir ce qu’il désire, Rommel n’a qu’une réponse « Une division de Panzer ! ».
Chose promise chose due ! Rommel est le premier à envahir la ridicule France front populaire, partie cueillir des pâquerettes sur les bords du Rhin pendant que son allié polonais se faisait réduire en cendres par le déluge de panzers. Mal dirigée, mal équipée, sans moral (pourquoi se battre pour dent-de-scie ?), les troupes républicaines n’ont fourni aucun effort tandis que le front allemand était totalement dégarni. Le général de la 7ème Panzerdivision débaroule en France et le premier, 10 mai 1940, pénètre les rangs français par les Ardennes belges. Il participe avec appétit au défonçage en règle des fourmis affolées et est un des plus grands artisans de leur encerclement. Sa hardiesse et son sens de l’improvisation sont l’exemple type des grands généraux allemands de cette génération. Audacieux, modernes, rompus aux exercices les plus durs, les plus tactiques, il use avec précision et justesse de tous les moyens techniques offerts par l’incroyable industrie boche.
Il perce les lignes ; repousse une contre-attaque ; franchit le premier la Meuse en rivalisant d’astuce avec ses Panzers utilisés comme artillerie à tir tendu pour couvrir la traversée de l’infanterie ; il prend de l’avance sur ses camarades blitzkriegeurs ; on lui alloue des renforts ; nouvelle contre-attaque renversée ; il contourne les blindés lourds français (cloués au sol, faute de carburants !) ; il s’enfonce de 50 kilomètres en un jours dans le troupeau paniqué ; il amorce le mouvement d’enveloppement en fonçant désormais au Nord-Ouest, cap sur la Normandie ; il prend Cambrai ; il prend Arras ; il court jusqu’à l’Atlantique et coiffe au poteau Britanniques et Français : Les Alliés sont coincés en Picardie ; il est le premier à utiliser les canons de DCA flak 88 comme anti-char…
Envahisseur le 10 mai, il est vainqueur le 28 à Lille qu’il encercle entièrement… Premier jours de repos le 29. Le 2 juin, il discute stratégie avec Adolf, de passage pour surveiller l’évolution du front. Il reçoit à nouveau la pleine confiance de l’heureux dictateur. Rommel insiste pour que l’offensive se poursuive, assurant que les Français sont au bord de la débâcle.
Il reprend l’assaut et traverse la Somme en mettant en déroute les forces coloniales dont il vante tout de même la hargne. Il constate froidement que « nos chars ont le dernier mot ». Suivent neuf jours intenses où il se montre encore continuellement à sa tourelle de Panzer, guidant la Panzerdivision jusqu’à Cherbourg ! Il parcourt donc des centaines de kilomètres en semant la déroute partout et ouvrant la voie aux divisions moins audacieuses de l’armée allemande. En trois jours de siège, la ville tombe. Le plus important port de la côte Nord est en ses mains. Il capture aussi plusieurs amiraux et officiers de rang…
Finalement, on le retrouvera à Bordeaux le 24 juin, où il termine sa course champêtre dans la débandade des Franzosen ridicules. La France (« meilleur armée du monde ») est à terre. Il a grandement contribué à l’agenouiller. Il a officiellement pris : 100 000 soldats, des canons, des avions, des officiers et des quintaux de matériel… Sa division gagne le surnom respectueux de « division fantôme » à cause de ses apparitions ravageuses et inattendues.
Le renard du désert
Après un peu de repos bien mérité, il est expédié en Lybie pour assister les Italiens en grand danger contre les forces anglo-françaises. Dès son arrivée avec une division de Panzer et une division légère, il réalise quelques hauts-faits éclair et repousse les rosbifs jusqu’à Tobrouk. Fin 1941, il amorce un mouvement de repli pour recentrer ses forces et attendre des renforts. Il se plaint du climat désertique…
Il expose sa doctrine pour le combat dans ses contrées stériles : Rapidité de jugement, créer des situations surprenantes, empêcher l’ennemi de réagir. Besoin de résistance physique et d’intelligence.
Début 1942, il relance son offensive et dérouille les Britons jusqu’à Benghazi. De là, il échafaude un mouvement tournant par le Sud pour Isoler Tobrouk et envahir l’Egypte. Objectif : le canal de Suez ! Le plan est téméraire mais se déroule bien jusqu’à l’échec d’une division Italienne qui oblige ensuite Rommel à soutenir son flanc et à faire le siège de Bir-Hakeim. La résistance farouche de FFL nous permettra plus tard de renommer un pont en l’honneur de ce grain de sable dans la chenille du Panzer. L’initiative est perdue mais il parvient à prendre Trobouk et à repousser vers l’Egypte les forces anglaises. Il reçoit le plus haut grade de l’armée allemande pour cette victoire : il est fait Generalfeldmarshall. Ce qu’il apprend par la radio…
Les Anglais, avec les généraux Auchinleck puis Montgomery, changent de tactique et optent pour la défensive et la guerre d’usure. Les renforts arrivent plus vite côté britannique. L’Afrika Korps s’épuise contre les défenses érigées avant le delta du Nil. Ce sont les batailles d’El-Alamein (juillet à octobre 1942) qui se concluent par une lourde défaite réduisant à néant les blindés allemands. Rommel doit se replier en Lybie. Il rentre à Berlin en novembre pour demander à Hitler de retirer ses troupes du front perdu à ses yeux. Le Führer enrage et lui intime l’ordre de reprendre le combat en lui octroyant quelques renforts, notamment des chars Tigre.
Il poursuit la retraite italo-allemande sur la Tunisie et abandonne la Tripolitaine. Cependant, il fait preuve de beaucoup de ruse dans sa retraite et parvient à ralentir et fixer ses adversaires. En février 1943, il lance plusieurs offensives très efficaces et tactiquement audacieuses pour refouler les Américains et les Anglais. Il les attaque tour à tour, faisant volte-face à chaque fois que l’un des ennemis se présente. La victoire est nette mais pas décisive. Un de ses généraux à manquer de pugnacité et a réquisitionné des renforts dont Rommel avait besoin pour infliger une cinglante défaite aux alliés.
Malgré ces astuces militaires et cet acharnement, impressionnant notamment les généraux anglophones, le rapport de force continue de s’agrandir en faveur des ploutocrates. À un contre sept, il continue de les tenir en échec, d’alterner les retraites et les contre-offensives. On le surnomme alors le « Renard du désert », insaisissable et rusé. Tous ses efforts seront vains : en novembre 1943, il est rappelé en Allemagne d’où il suivra, en convalescence, l’effondrement du front tunisien. Hitler a de nouveau refusé tout désengagement… Il commence à douter de l’intelligence stratégique des pontes du régime. Il est particulièrement critique envers Göring, gros lard mondain, pompe à pouvoirs immérités, parcourant les paradis opiacées plutôt que le Walhalla.
Le jour le plus long
Après son repos, il est intronisé inspecteur des fortifications du mur Atlantique et commandant du groupe d’armée B, défendant les côtes de la Manche. Il renforce efficacement les installations et préconise une défense la plus concentrée possible sur le littoral, usant de sa qualité de premier rempart. Il prédit le débarquement en Normandie et prophétise l’appellation de « Jour le plus long ». Pour la petite histoire de ce grand maréchal, lors d’une inspection, un chasseur allié vient mitrailler la plage qu’il étudie. Son état-major s’éparpille dans le sable mais lui continue sa visite, s’étonnant même de ne plus trouver personne à qui parler !
Il est absent le jour du débarquement (anniversaire de sa femme) mais revient le soir même pour diriger les opérations et convaincre Hitler, avec le soutien de von Rundstedt. Tous deux préconisent un plan audacieux mais assez logique : contre-attaquer avec toutes les forces, notamment en rapatriant les armées éparpillées sur le littoral pour dégager les anglo-américains encore mal implantés. Hitler refuse. Il leur ordonne de tenir les positions et de reprendre le territoire avec leurs divisions.
Le crépuscule d’un héros
Ses efforts pour endiguer les flots ennemis font des ravages en ce premier mois de libération… Cependant, sa voiture est mitraillée par un chasseur allié. Il est plongé dans le coma quelques heures. Il a de multiples fractures notamment au crane. Repos forcé. Il ne cache plus son penchant pour une paix séparée avec les Occidentaux pour faire front contre l’avancée soviétique. Il critique les choix stratégiques d’Hitler mais refuse de participer à la tentative de putsch des partisans de la paix car il ne souhaite pas l’assassinat du Führer.
Il n’est pas inquiété après l’échec de l’attentat à la bombe du colonel Claus von Stauffenberg malgré la répression sanglante qui sévit alors que le charbon fume encore à la Wolfsschanze. S’il avait eu vent du complot, il n’y prit aucune part active. Néanmoins, en octobre 1944, on lui ordonne de se suicider en échange de l’intégrité de son honneur et de celui de sa famille. Cela éviterait aussi la honte d’un procès intenté à un héros de guerre et maréchal du Reich. Le petit cercle des séditieux l’a dénoncé comme remplaçant hypothétique d’Hitler si le coup avait réussi. Sans pouvoir jamais s’expliquer, il obtempère, dit adieu à sa femme et son fils et suit ses bourreaux. Il s’empoisonne et est admis à l’hôpital ou il décède d’une « thrombose coronaire »… Le régime a l’hypocrisie insigne de lui offrir des funérailles nationales.
Il aura incarné toutes les valeurs du soldat et du commandant. Apprécié et décoré pour son courage, sa clairvoyance et son sens tactique, il montrera des aptitudes de commandement hors du commun. Il dirigeait toujours près de ses troupes, n’hésitant pas à se mêler au combat de chars. Redouté de ses ennemis pour sa maitrise tactique et son audace militaire, il fit beaucoup avec peu. Guerrier pur, il échappa aux intrigues idéologiques et aujourd’hui encore son destin exemplaire ne peut pas être souillé par les bien-pensants les plus maléfiques.
Bravo. Un portrait exhaustif du Renard du désert.