Ma mère est morte dans un accident de voiture. Un dimanche ensoleillé. Je me souviens nous avons gambadé dans les camps toute la journée, ma sœur et moi, grimpé dans les arbres, cueilli des fruits sauvages par paniers et exécuté des acrobaties en nous accrochant aux branches. Ma mère a étalé une nappe blanche sur l'herbe, tandis que mon père s'occupait des grillades. La plaine était remplie de nos crie d'enfants et de gazouillis. C'était un jour merveilleux; pas une fausse note ne chahutait notre ivresse. Vers le soir, nous avons sauté dans notre voiture pour rentrer à la maison. A une bretelle, un tracteur a jailli d'une plantation sans regarder à droite ni à gauche. Mon père n'a pu l'éviter, et nous avons fini dans le fossé. Nous nous en sommes sortis, mon père, ma sœur et moi avec quelques bosses. Ma mère, elle, est restée couchée Contre la portière, les yeux écarquillés ; sans le filet de sang pendouillant de son oreille, on l'aurait crue amusée par quelque chose d'étonnant.