Retour au sujet

Avatar de JeanGabin JeanGabin
Petite conclusion sur l'ensemble de problèmes évoqués dans les topic précédents.

Par Etienne Gilson:

Les efforts de l'Etat marxiste pour extirper des esprits la notion de Dieu, et leur échec, sont doublement significatifs. Il attestent une remarquable permanence de l'idée de Dieu et la remarquable résistance qu'elle oppose aux forces qui tentent de la détruire. Cette résistivité de l'idée est le cœur du problème, car elle est un fait qui veut être expliqué.
L'athée dénonce volontiers l'insuffisance des preuves de l'existence de Dieu, et il n'en manque pas d'insuffisantes, mais toutes témoignent de la même vérité, qui est que si le théisme a ses difficultés, l'athéisme a les siennes, dont la principale est l'existence de l’athéisme lui-même. Car on en parle beaucoup, on lui consacre des livres sur livres, on a même publié une encyclopédie consacrée au problème de l'inexistence de Dieu. Si on y pense, c'est un phénomène extraordinaire . Dieu est le seul être dont d’innombrable écrivains, philosophes, sociologues, ou économistes s'attachent à démontrer l’inexistence. En principe, si on était sûr qu'il n'y a pas de Dieu, on ne perdrait pas tant de temps et d'argent à le démontrer.
Il est d'ailleurs remarquable que lorsqu'elles se formulent dans leur sincérité naïves, les professions de foi d'athéisme trahissent souvent la présence d'une obscure croyance à la survie de ce mort. Dans une notice nécrologique consacrée à l'écrivain Jean Schlumberger, le journal Le Monde (27/28 octobre 1968) croit devoir stipuler, comme chose remarquable, non seulement qu'il est mort, mais comme si cela n'allait pas de soi, sans en éprouver d’inquiétude: "Jean Schlumberger attendait la mort depuis longtemps. Avec le regret de quitter la vie et de renoncer à ses projets littéraires, notamment à un Anti-Pascal. Mais la pleine sérénité qui lui donnait sa tranquille incroyance." Si son incroyance était si tranquille, pourquoi Schlumberger se souciait-il d'écrire un Anti-Pascal ? S'il est permis d'opposer une expérience personnelle à une autre, je dirai de ma propre croyance qu'elle est si assuré que l'idée ne me viendrait jamais à l'esprit d'écrire un anti-Voltaire pour faire contrepoids aux remarques du grand moqueur sur les Pensées, ni un anti-Valéry pour défendre Pascal contre les amertumes de Monsieur Teste. La vanité de telles entreprises est tellement certaine qu'on se demande comment de gens, non seulement continuent d'y penser, mais encore éprouvent le besoin d'en ruiner la croyance de l'esprit d'autrui.
Le véritable athée, s'il existe, ne nie pas l'existence de Dieu, il n'y pense plus. L'insuffisance des preuves de son existences le laisse d'autant plus indifférent que lui-même est plus sûr de son inexistence.


Pavé césar :cimer: