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Le passage en question :

« [L’Infini] 1) Comment expliquez-vous le retentissement de l’“affaire Dutroux ” ?

« — Je comprends mal le sens et l’objet de cette question. Je ne vois pas que le retentissement de l’affaire Dutroux ait besoin d’explication. C’est une affaire effroyable dont le degré d’horreur, très rarement atteint (qu’on sache), ne pouvait que frapper les imaginations.

« [L’Infini] 2) Qu’appelle-t-on un enfant, aujourd’hui ? Qu’appelle-t-on un pédophile ?

« — Mettons qu’on appelle enfant un être humain de moins de quinze ans, ou de quatorze ans : ce me semble une constatation à peu près objective de l’usage courant, indépendamment de l’étymologie. Et cet usage courant ne me paraît pas poser de problème particulier.

« En revanche, l’usage actuel du mot pédophile est tellement éloigné de l’étymologie, lui, qu’il se trouve en contradiction totale avec elle, et qu’il est à la fois la cause et l’emblème de toute sorte de malentendus, qui eux sont extrêmement graves.

« Le pédophile, ce devrait celui qui aime les enfants. Il est parfaitement absurde de ranger sous ce terme des violeurs, des proxénètes et des assassins. C’est pédophobes qu’il faudrait les appeler.

« [L’Infini] 3) Avez-vous eu, étant mineur, une relation amoureuse avec un ou une adulte et quel souvenir en gardez-vous ? Avez-vous, personnellement, des souvenirs de sexualité enfantine ?

« — Pas de relation amoureuse, non. Dans une institution religieuse, j’ai connu, comme la plupart de mes camarades, les attouchements très superficiels d’un vieux prêtre, que nous aimions bien, malgré sa tendance à nous serrer d’un peu près entre ses cuisses, au creux de la soutane râpée, entre son fauteuil et son bureau, quand il nous faisait ânonner ceci ou cela, ou nous montrait des photographies (parfaitement chastes, au demeurant). Ce n’était ni très agréable ni très désagréable, nous nous en serions volontiers passés, mais ça ne nous gênait pas beaucoup, nous étions plutôt portés à en rire, nous n’en voulions pas du tout à cet homme et nous n’aurions jamais songé à lui attirer des ennuis à ce propos.

« Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de sexualité enfantine, sinon de m’être déculotté pour une petite fille, à sept ou huit ans, dans un fourré, en l’invitant à faire de même. Comme par la suite elle a parlé, on en a fait toute une histoire. En revanche, j’ai plusieurs amis qui m’ont souvent parlé d’épisodes de cet ordre. L’un avait été violé, ou en tout cas sévèrement contraint, et il dit en subir aujourd’hui encore les conséquences psychologiques. D’autres, beaucoup plus nombreux, faisaient état de relations beaucoup plus heureuses, ou agréables, et ils en parlaient en général sur un ton amusé, ou nostalgique, ou érotiquement chargé.

« [L’Infini] 4) Estimez-vous que les spécialistes et les porte-parole de l’enfance nous disent tout ? Avez-vous quelque chose à ajouter ?

« — Je me méfie grandement des “spécialistes”, dont les discours me semblent les plus soumis de tous aux moules idéologiques, dominants du moment ; et plus encore des “porte-parole” de l’enfance, dont je ne vois pas très bien ce qu’ils peuvent être.

« Je crois que la “pédophilie”, la mal-nommée, est avec la question des races, la question des classes, celle de l’immigration et celle du chômage un des terrains d’élection par excellence de ce que j’appelle la glu des discours. Elle est aussi une arme absolue de langage, en ce sens qu’elle permet de déconsidérer à jamais et même d’éliminer du terrain de l’échange intellectuel [je ne croyais pas si bien dire !] quiconque prendrait la liberté de tenir une parole ou d’entretenir une opinion qui s’écarteraient si peu que ce soit du discours sympathique en place — lequel, vautré dans l’adhésion qu’il provoque, et qu’il entretient par un mélange de complaisance et de terreur, écrase tous les autres, et interdit toute nuance, confondant sans scrupule le monstrueux avec l’insignifiant.

« L’ensemble des discours sur la prétendue “pédophilie” constitue la dernière forteresse, la plus farouchement gardée, de la vieille haine immarcescible de la sexualité. [Et voici le passage choisi jadis avec soin par Asensio, probablement, et dont on me harcèle depuis lors : ] Si la sexualité, comme je crois, n’a strictement rien de répréhensible en soi, on ne voit pas pourquoi elle le serait chez les enfants, ou avec les enfants. Il est absurde de considérer qu’elle serait illicite jusqu’à un certain âge, et deviendrait licite du jour au lendemain, dès que cet âge est dépassé. Les enfants ont une sexualité et des pulsions sentimentales bien connues, qui peuvent très bien se porter sur des adultes, en particulier sur de jeunes et beaux adultes, professeurs de gymnastique ou moniteurs de colonies de vacances, comme nous l’avons tous vu. [Fin du passage cité.] Ça n’a rien en soi de monstrueux, et beaucoup de prétendus “traumatismes” qui en résultent sont la création pure et simple et rétrospective de la société, qui ne peut pas supporter que des relations de ce type ne laissent aucune trace douloureuse, et moins encore qu’elles laissent des souvenirs heureux, ou drôles, ou agréables, ce qui pourtant peut bel et bien être le cas.

« L’essentiel, comme d’habitude, est qu’aucune volonté ne soit forcée, ni mentalement ni bien sûr physiquement. Mais les même parents et “éducateurs” qui se plaignent de n’avoir aucune autorité sur les enfants, et de ne pouvoir les contraindre à rien, soutiennent que les séducteurs, eux, ont tout pouvoir, et que les volontés trop jeunes sont incapables de leur résister. C’est reconnaître que la séduction est bien grande — même s’il n’est que trop vrai qu’il peut y avoir abus de pouvoir en effet, bien entendu parfaitement condamnable.

« Tout ce que je veux dire est qu’il faut veiller avec le plus grand soin à ne pas confondre, d’une part, relations sentimentales ou sexuelles entre adultes et enfants d’un âge raisonnable parfaitement consentants, ou même désirants — relations qui peuvent être tout à fait innocentes, et quelquefois seraient très belles, si la société ne s’en mêlait pas — et d’autre part les faits divers épouvantables qui défraient la chronique ou qui malheureusement demeurent cachés, contraintes, abus de pouvoir, viols, enlèvements, meurtres, prostitution forcée et proxénétisme, lesquels méritent bien sûr tous les châtiments. Je crois que beaucoup de ces désastres et de ces monstruosités ont précisément pour origine cette confusion-là, car beaucoup des adultes qui éprouvent du désir pour des enfants (je précise prudemment que ce n’est pas mon cas) ont été imbus par leur éducation et par le climat général d’un tel sentiment d’horreur à l’égard de ce désir-là, et a fortiori de son assouvissement éventuel, même sans contrainte aucune, qu’ils ne voient pas la différence morale entre quelques caresses échangées et le viol, ou entre le viol et le meurtre. S’ils ont éprouvé un plaisir sexuel en la compagnie d’un enfant, ils n’ont sans doute pas l’impression d’aggraver leur cas en l’assassinant. Au contraire, ce faisant, ils font disparaître l’occasion, le témoin et la trace de leur premier crime.

« La névrose, l’aveuglement délibéré et la consécutive hystérie de toute une société à propos de la sexualité, de la sensualité ou de la sentimentalité infantiles (et adolescentes) sont certainement l’une des causes principales de toutes les abominations auxquelles nous assistons. Les meurtriers sont des puritains. »