Novembre 2002, Éthiopie du Sud. “Depuis que nous sommes entrés en Éthiopie, nous sommes malades. Il y a trop de mouches. Des nuées, des nuages. Pourquoi tant de mouches ? Beaucoup de bétail, mais ça n’explique pas tout. L’absence de toilettes se confirme jour après jour. Cette vieille civilisation chrétienne ne les a pas inventés. Aucune maison n’est pourvue de chiottes, pas même d’un trou au fond du jardin. Rien. Alors il faut s’adapter. Essayer de faire ça la nuit, pour conserver un soupçon d’intimité. Mais où ? N’importe où, comme tout le monde. Dans les ruelles, derrière les maisons, dans la cour, chez le voisin, dans les champs, n’importe où. En fait, nous découvrons bientôt que les boqueteaux d’eucalyptus aux abords des villages servent de lieu d’aisances. Au lieu des agréables parfums de térébenthine attendus s’en dégagent des remugles de fosses septiques. Terrain miné. Toujours occupé, voire convivial, alors on met sa pudeur dans sa poche et on fait sa colique au coude à coude avec un badaud qui en profite pour vous réclamer du PQ. Qu’aurait-il fait sans moi ? Mystère. Et le boqueteau est cerné : cinquante mioches et dix oisifs nous attendent, qu’il faut ensuite se traîner sur des kilomètres. Car les routes éthiopiennes abondent de marcheurs.”
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