Citation de berbere2souche
Oui ça va khey et toi ?
Tu parles des sayid (descendants de Hussein) et surtout des chérifs (chorfa au Maroc et Algérie, les descendants de Hassan). Aujourd'hui, c'est plus qu'un titre honorifique (sauf pour les souverains).
Généalogiquement, ça a toujours été bancal pour moi : je préfère voir le rôle social et historique de ces chérifs (parfois sans histoires, comme peut-être ta famille) plutôt que religieux.
Dans le sens où si telle famille descend du prophète, ce qui compte c'est ce qu'il ont fait ou des évènements qui ont eu lieu au nom de ce titre de descendant du Prophète. Je m'arrête pas au simple titre car on saura quasiment jamais si c'est un vrai descendant de Muhammad.
Je te précise ça car j'ai connu des gens qui arboraient fièrement ces feuillets sans voir le cheminement historique derrière ces certificats.
Au départ, ces chérifs constituaient les grandes familles religieuses qui occupaient un peu la place des grandes familles féodales de la France médiévale. Au Moyen Age, le titre de chérif était un moyen de légitimer certaines familles arabes nouvellement installées au Maghreb.
Progressivement, le titre a été galvaudé par les dynasties au pouvoir car il fallait légitimer et délégitimer certaines familles pour construire les nouvelles dynasties (en sachant que une des premières, si ce n'est la première condition pour se dire calife ou sultan était de descendre du Prophète)
Au point qu'aujourd'hui, beaucoup de familles ne descendent certainement pas de Muhammad, et inversement certaines familles qui n'ont aucun titre de chérif étaient peut-être considérées comme des chorfa il y a quelques siècles.
Au delà du religieux et du titre de souverain, chez le peuple, les chérifs remplissaient le rôle de négociateurs et d’intermédiaires bénévoles entre les tribus entre elles et les tribus et les représentants des sultans.
C'est eux qui négociaient les dédommagements dus pour une razzia, le rachat d'un meurtre, la destitution d'un caïd, la réduction des impôts, la paix quand des tribus se révoltaient contre le sultan... bref ils jouaient souvent le rôle d'arbitres et de conciliateurs.
En théorie un chérif ne devait pas négocier avec un chef chrétien mais comme souvent, devant le fait accompli et les armes, on oubliait ces règles.
Je te dis ça parce que je pense aux Français qui vont savoir jouer des chérifs pour s'emparer du Maroc (là où ils ont moins prit ça en compte en Algérie par méconnaissance). Pendant la "pacification" (jusqu'en 1934), ils vont mettre en avant les chérifs pour rassurer les tribus. Je pense au général Moinier qui a prit un vieux chérif pour marcher vers Fès sans encombres en 1911.
D'ailleurs, théoriquement, le chérif jouissait d'une sorte d'inviolabilité. Par exemple, le jour du jugement (youm al 9iyama), les parents d'une personne assassinée par un chérif n'oseront vraisemblablement pas demander vengeance à Allah.
Aujourd'hui ils n'ont aucun privilège social. Certaines familles de chorfa sont même miséreuses.
Mais ils ont encore un grand prestige sur les populations superstitieuses parce que dans la Tradition musulmane, le Coran, les prophètes et particulièrement Muhammad, a laissé à ses descendants le pouvoir de donner sa baraka (sa bénédiction) qui porte chance à ceux qui la reçoivent. Le terme est même dans le Coran si je dis pas de bêtise (sourate al-Araf).
Au Maroc, par exemple, on appelle les femmes chargées de donner la baraka, les "tasherift" (traduction berbère du terme chorfa, descendant du Prophète donc).
De ces chérifs, vient le culte des saints au Maroc et en Algérie car le saint est le porteur de la baraka. La différence entre un chérif et un saint c'est qu'un saint peut être un tolba (ceux qui connaissent par cœur le Coran), un enfant innocent sans péchés, un vieux sage, et même un déficient mental s'il est doux et innocent.
Tout autour du tombeau de ces saints on y construisait et on y construit encore aujourd'hui des mosquées, des couvents religieux, des hôpitaux, des écoles, etc, c'est ce qu'on appelle les zaouïa au Maroc. Avec comme principe le droit d'asile, un peu comme les tombeaux des saints dans la France du Moyen Age.
Pour rebondir sur ces chérifs et le lien avec ces saints, ces zaouïa sont souvent dirigées par des chérifs et ont des ramifications partout au Maghreb. Je pense à la congrégation des chorfa d'Ouezzane par exemple qui, pendant le protectorat, étaient pensionnées sur le budget des Affaires Étrangères et grâce à ces tributs payés par la France, la France pénétrait certaines régions sans heurts.
J'insiste sur la colonisation et le protectorat car c'est la dernière période où l'on a plus ou moins défait certaines familles de chérifs du Maroc et d'Algérie, selon les évènements, pour pénétrer certaines tribus, pour négocier, etc. C'est pourquoi on trouve beaucoup de certificats qui datent du temps du protectorat et de la colonisation au Maghreb (même si au départ, on transmettait ça de bouche à oreille, avec les longues listes des ancêtres). Et voilà pourquoi c'est assez bancal pour moi en terme de véracité généalogique.
Ah oui, dans ce cas c'est un peu du bullshit en gros. Je me disais bien, je sais que du côté de mon père ils faisaient parti d'une tribu arabe spécifique mais pas au point d'être un descendant du prophète.
En plus Touggourt, je me suis jamais vraiment renseigné sur son histoire je sais que c'était un point de commerce central pour les bédouins mais pas plus
Merci d'avoir pris le temps de m'écrire khey t'es un bon ! Edit: André Citroën aussi pour son paris Dakar

