Mon cher ami, ne te marie que lorsque tu auras fait tout ce que tu veux faire, lorsque tu auras cessé d'aimer la femme de ton choix et que tu l'auras bien étudiée; autrement, tu te tromperas cruellement et d'une façon irréparable ! Marie-toi plutôt vieux et bon à rien ! Alors tu ne risqueras pas de gaspiller tout ce qu'il y a en toi d'élevé et de bon. Oui, tout s'éparpille en menue monnaie ! Oui, c'est ainsi; tu as beau me regarder de cet air étonné. Si tu comptais devenir quelque chose par toi-même, tu sentiras à chaque pas que tout est fini, que tout est fermé pour toi, sauf les salons où tu coudoieras un laquais de cour et un idiot....
Tu ne me comprends pas, et c'est pourtant l'histoire de toute une existence ! Tu parles de Bonaparte et de sa carrière mais Bonaparte, lorsqu'il travaillait, marchait à son but, pas à pas, il était libre, il n'avait que cet objet en vue, et il l'a atteint.
Mais que tu aies le malheur de te lier à une femme, et te voilà enchaîné comme un forçat; tout ce que tu sentiras en toi de forces et d'aspirations ne fera que t'accabler et te remplir de regrets. Les commérages de salon, les bals, la vanité, la mesquinerie, voilà le cercle magique qui te retiendra. Je m'en vais à présent faire la guerre, une des plus formidables guerres qui aient jamais eu lieu, et je ne sais rien, je ne suis capable de rien; mais en revanche je suis très aimable, très caus-tique, et l'on m'écoute chez Mlle Schérer ! Et puis cette société stupide dont ma femme ne peut se passer !... Si seulement tu savais ce qu'elles valent, toutes ces femmes distinguées et toutes les femmes en général. Mon père a raison ! L'égoïsme, la vanité, la sottise, la médiocrité en tout... voilà les femmes, lorsqu'elles se montrent comme elles sont.
À les voir dans le monde, on pourrait croire qu'il y a en elles autre chose; mais non, rien, rien ! Oui, mon ami, ne te marie pas...
Tu ne me comprends pas, et c'est pourtant l'histoire de toute une existence ! Tu parles de Bonaparte et de sa carrière mais Bonaparte, lorsqu'il travaillait, marchait à son but, pas à pas, il était libre, il n'avait que cet objet en vue, et il l'a atteint.
Mais que tu aies le malheur de te lier à une femme, et te voilà enchaîné comme un forçat; tout ce que tu sentiras en toi de forces et d'aspirations ne fera que t'accabler et te remplir de regrets. Les commérages de salon, les bals, la vanité, la mesquinerie, voilà le cercle magique qui te retiendra. Je m'en vais à présent faire la guerre, une des plus formidables guerres qui aient jamais eu lieu, et je ne sais rien, je ne suis capable de rien; mais en revanche je suis très aimable, très caus-tique, et l'on m'écoute chez Mlle Schérer ! Et puis cette société stupide dont ma femme ne peut se passer !... Si seulement tu savais ce qu'elles valent, toutes ces femmes distinguées et toutes les femmes en général. Mon père a raison ! L'égoïsme, la vanité, la sottise, la médiocrité en tout... voilà les femmes, lorsqu'elles se montrent comme elles sont.
À les voir dans le monde, on pourrait croire qu'il y a en elles autre chose; mais non, rien, rien ! Oui, mon ami, ne te marie pas...