Les épouses : des prostituées comme les autres ?
Paola Tabet, anthropologue féministe italienne, définit l’échange économico-sexuel comme « toute relation sexuelle impliquant une compensation » (Tabet, 2004). Si elle n’utilise pas le terme de prostitution, c’est qu’elle refuse l’opposition binaire entre mariage à vie et rapport de quelques minutes impliquant une transaction économique.
2Une telle dichotomie masque d’abord l’aspect économique du mariage, c’est-à-dire la production par la femme mariée de travaux domestiques, de services sexuels et de travaux de reproduction (affective et biologique). Ce travail, bien que non tarifé, a pour contrepartie une compensation qu’elle soit en espèce (salaire du mari) ou en nature (cadeaux).
3De plus, les anthropologues ont étudié de nombreux cas où la frontière entre prostitution et mariage s’étiole, notamment dans des sociétés africaines. Ainsi, les malaya, prostituées de Nairobi qu’a étudié Louise White (White, 1990), proposent à leurs clients tout un ensemble de services domestiques comme la préparation du repas ou d’un bain, conférant à la relation de prostitution des « qualités quasi-conjugales ». Chez les Amharas d’Éthiopie (Dirasse, 1991), il existe un type de mariage, dit damoz, par lequel l’homme se lie à une « épouse-auberge » pour une durée limitée, stipulant la rémunération de la femme et l’ensemble des services domestiques et sexuels que celle-ci doit assurer.
4À la catégorisation binaire prostitution/ mariage, Paola Tabet oppose une grille analytique plus complexe et à même de saisir les plans de distinction de ces différentes situations. Il s’agit d’analyser la temporalité de l’échange, les personnes impliquées, qui décide de l’échange, qui en récolte les profits ainsi que le caractère explicite ou implicite de la transaction économique. Cette grille autorise de nouveaux axes d’analyse, permettant par exemple de distinguer les échanges économico-sexuels en fonction de l’autonomie des femmes, de leur statut (sujet ou objet) dans la transaction, et du contrôle qu’elles ont de leur sexualité.
https://www.cairn.info/re[...]l-economie-2014-2-page-30


Paola Tabet, anthropologue féministe italienne, définit l’échange économico-sexuel comme « toute relation sexuelle impliquant une compensation » (Tabet, 2004). Si elle n’utilise pas le terme de prostitution, c’est qu’elle refuse l’opposition binaire entre mariage à vie et rapport de quelques minutes impliquant une transaction économique.
2Une telle dichotomie masque d’abord l’aspect économique du mariage, c’est-à-dire la production par la femme mariée de travaux domestiques, de services sexuels et de travaux de reproduction (affective et biologique). Ce travail, bien que non tarifé, a pour contrepartie une compensation qu’elle soit en espèce (salaire du mari) ou en nature (cadeaux).
3De plus, les anthropologues ont étudié de nombreux cas où la frontière entre prostitution et mariage s’étiole, notamment dans des sociétés africaines. Ainsi, les malaya, prostituées de Nairobi qu’a étudié Louise White (White, 1990), proposent à leurs clients tout un ensemble de services domestiques comme la préparation du repas ou d’un bain, conférant à la relation de prostitution des « qualités quasi-conjugales ». Chez les Amharas d’Éthiopie (Dirasse, 1991), il existe un type de mariage, dit damoz, par lequel l’homme se lie à une « épouse-auberge » pour une durée limitée, stipulant la rémunération de la femme et l’ensemble des services domestiques et sexuels que celle-ci doit assurer.
4À la catégorisation binaire prostitution/ mariage, Paola Tabet oppose une grille analytique plus complexe et à même de saisir les plans de distinction de ces différentes situations. Il s’agit d’analyser la temporalité de l’échange, les personnes impliquées, qui décide de l’échange, qui en récolte les profits ainsi que le caractère explicite ou implicite de la transaction économique. Cette grille autorise de nouveaux axes d’analyse, permettant par exemple de distinguer les échanges économico-sexuels en fonction de l’autonomie des femmes, de leur statut (sujet ou objet) dans la transaction, et du contrôle qu’elles ont de leur sexualité.
https://www.cairn.info/re[...]l-economie-2014-2-page-30

