Citation de Kristaline
Sans s'allier au préalable avec les menchéviks ? Il avait connaissance des forces dont disposaient Lénine et Trotsky ?
Il y avait quelques mencheviks exilés dans la Baltische Landeswehr oui d'après les sources lettones (parmi les 10 000 russes sur les 50 000 membres de l'armée des volontaires). Von der Goltz, d'après ses mémoires, comptait s'allier aux Russes-blancs et en cas d'arrivée à Pétrograd, son but était de mettre les Alliés devant le fait accompli pour renégocier le traité de Versailles. Il comptait aussi s'appuyer sur d'éventuels volontaires sur les 1 million d'Allemands en Russie (un peu plus, recensés par Berlin, et j'avais trouvé le chiffre exact dans un numéro de la revue L’Économiste européen, de 1920).
Oui il existait un plan d'attaque des officiers d'état-major allemands en direction de Pétrograd, appelé "opération Éclair" (Blitzschlag) d'après les archives lettones. Le prince Bermont-Avalof en a d'ailleurs informé le chef des armées blanches Dénikine en octobre 1919. Mais il fallait d'abord capturer Riga et négocier avec le gouvernement letton. Ce projet a été renforcé par le fait que Bermondt, Dénikine et von der Goltz étaient tous les trois des monarchistes.
Ah, et une chose aussi qui à mon avis, aurait fait capoter les tribulations de von der Goltz dans l'arrière-pays russe : le chef de l'Armée rouge était un Letton ! Ancien tirailleur letton, qui a combattu les Allemands en 1917.

Sinon, en Lettonie, début 1919, les adversaires étaient presque égaux en nombre. Mais les Allemands disposaient d'un bien meilleur armement, en particulier de l'artillerie. Ce matériel venait d'Allemagne car une partie du matériel allemand n'a pas été détruit comme l'a stipulé le traité de Versailles. On s'arrangeait en douce entre industriels et militaires pour transférer ces stocks d'armes et de munition vers la Baltique.
Les corps francs de la Baltique n'étaient pas que des aventuriers qui se servaient sur l'occupant. Ils ont eu le soutien d’industriels allemands qui convoitaient le potentiel économique de l’espace baltique et d’émigrés russes qui souhaitaient organiser grâce aux Allemands, la reconquête de leur pays (c'est en partie pour cette raison que von der Goltz s'est allié au prince Bermont-Avalof).
Le tournant, c'est l'aide britannique aux Lettons suite au refus de von der Gorlitz de démobiliser ses corps francs car lui et ses troupes ont compris qu'ils ont été la voiture-balais des Anglais en Lettonie. Et un des problèmes de ces corps francs (et qui a fait leur légende, notamment sous Weimar et sous les nazisme) c'est qu'ils ont souvent été animé par le ralliement à un chef charismatique, plutôt qu'à un État.
Du coup, ils ont souvent eut l'impression d'avoir été trahis. La courte réussite de von der Goltz, à savoir, d'unifier en partie ces corps francs dans la Baltique, relève presque du miracle. Ernst von Salomon, qui a combattu dans la Baltische Landeswehr, transcris bien cet esprit un peu aventurier des corps francs et cette impression de se faire niquer à chaque fois (Les Reprouvés, dans les sources).