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Écoutons Baudelaire.

Un éclair… puis la nuit… Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître

Le poète nous fait ici entendre qu’un seul regard, tout à la fois, l’a rendu conscient de la beauté de la passante en grand deuil qu’il a croisée et, en même temps, l’a transformé, l’a fait renaître.

Mais de quel regard s’agit-il au fond ? La langue française cultive parfois des ambiguïtés qui ouvrent sur un doute, le suscitent, le cultivent. Est-ce le regard venant de la belle passante qui frappe en un éclair son vis-à-vis, regard peut-être accompagné d’un furtif sourire avant que ne tombe la nuit, lorsque divergent leurs chemins ? Ou bien est-ce le regard porté sur cette passante, faisant choc et fulgurante lumière ? Comme elle est belle ainsi ! Cet autre regard est découverte, éblouissement, joie inattendue…

Auto-édit :
L’important est ce qui jaillit, hic et nunc, entre deux êtres, ce qui est dévoilé soudainement de l’autre, sa personnalité profonde pressentie. En moi font écho ces vers de Pierre de Nolhac disant l’illumination d’une rencontre à la cour du roi, la joie de se sentir aimé par une gracieuse jouvencelle ou par un beau damoiseau :

Et plus d’un cœur, sous l’or des hauts plafonds du Louvre,
À l’éclair d’un sourire a tressailli d’orgueil.

L’éclair que suit la nuit ne s’est pas évanoui avec la fuite de la passante. Il a ouvert à une nouvelle connaissance, à de nouveaux sentiments, à une renaissance. Ainsi en est-il quand telle Samaritaine tire l’eau du puits de Jacob et que le regard d’un inconnu croise le sien ; la présence du Galiléen ainsi que sa parole la dérangent au plus profond de son cœur. La grâce qui surgit en ce moment ne peut être vue comme fugitive. Celle qui la reçoit s’en nourrit à jamais et la communique autour d’elle. La beauté de certaines rencontres est constituée de même par ce qu’elles offrent durablement d’intérêt, d’amour, à travers le regard, le sourire, tel bref propos d’où naît la joie.
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