Citation de Lacoste-Tn
C'était un Berbère sanhadja de la branche lemtouna, issu d'une lignée de Berbères consanguins. Ça fait un beau noir soninké, dit-donc !
En plus de nombreuses autres sources arabes, lire la page 190 de la traduction française du livre que tu mentionnes plus haut (rédigé trois siècles plus tard, mais passons sur l'épistémologie, une terre inconnue pour les afrocentristes) : "un teint brun " et " une mèche de Mohamed ", en effet. Bref, curieusement comme le berbère Abu Bakr, l'autre star des afrocentristes.
La mèche de Mohamed est une coiffure typiquement berbère attestée depuis l'antiquité (sources littéraires, bustes, bas-reliefs...). C'est une mèche latérale, parfois axiale, portée encore par les Maures de Maurétanie (lire les travaux de Puigaudeau) et par les Berbères du pays zayane et du pays zemmour, ainsi que par quelques enfants de la région du Souss, après leur circoncision.
Allons plus en profondeur, les Almoravides sont issus des régions voisines de l'Adrar (" adrar " signifiant montagne en langue berbère) et étaient des Lemtouna, une des tribus berbères du groupe Sanhadja. C'était des éleveurs nomades de l'Ouest du Sahara et qui poussaient régulièrement vers le sud, jusqu'aux rives du Sénégal et du Niger.
Ce n'étaient pas du tout des Touaregs comme je l'ai lu plus haut mais, comme eux, leurs guerriers étaient armés d'un grand bouclier (le lamt en arabe), fait en peau d'oryx, d'une lance, d'un sabre et d'un poignard et s'habillaient d'une tunique serrée à la taille et d'un saroual (" pantalon bouffant " en langue arabe).
C'était des pasteurs caravaniers qui vivaient également des rezzous qu'ils opéraient chez les sédentaires noirs installés plus au sud.
Ces Almoravides sont étroitement liés à l'histoire de l'expansion berbère au Sahara. Leurs ancêtres étaient originaires du Tafilalet (la région d'origine de la dynastie marocaine actuelle) et de l'Atlas. D'après les textes, ils ont été détournée du Maroc atlantique par les Berbères masmouda (qui les vaincront à nouveau durant la période almohade) qui leur avaient résisté. Ce qui fit qu'ils avaient réorienté leur migration vers le sud avant d'aller occuper les régions de l'Adrar mauritanien et l'Adrar des Iforas.
Ces Berbères étaient des païens jusqu'à la conversion de leur chef Tarsina au tout début du XIe siècle, qui, pour l'anecdote et pour te faire plaisir, Raditz, mourra pendant une expédition chez les Noirs du Ghana au début du XIe siècle.
Je t'épargne les querelles internes entre Lemtouna et Messoufa mais les Sanhadja Lemtouna ont constitué plusieurs fédérations dont la plus forte a profité des divisions au Nord du Maroc pour s'imposer.
Les premières expéditions des Almoravides se sont faites dans le Tafilalet, dans la ville de Sijilmassa et contre les royaumes noirs de la région du fleuve Sénégal. Ce sont eux qui ont fondé Ouadaghost par exemple, avant que la ville ne soit conquise par les Soninkés fondateurs du royaume du Ghana.
Si j'étais un afrocentriste et que j'avais envie de faire un peu de propagande, j'aurais plutôt insisté lourdement sur les Soninkés qui furent incorporés dans l'infanterie de Youssef ben Tachfine. Ce dernier voulait agrandir son armée en plus d'avoir introduit l'arbalète, les enseignes, les tambours pour conduire les manœuvres d'une armée racialement composite mais à grande majorité berbère sanhadja lemtouna, méhariste, habitués à chevaucher les dromadaires.
Pour finir, ces Berbères du Sud avaient des coutumes et mœurs différentes des Berbères zénètes du Nord. Les élites zénètes considéraient avec effroi ces Berbères almoravides, " barbares " qui parlaient pourtant la même langue mais dont ils ne comprenaient rien du mode de vie car ces élites zénètes se sont fondues dans les mœurs andalouses, à des années lumière de la rusticité conquérante des Almoravides.
Bref, les Almoravides n'étaient en rien de nouvelle populations du Maroc comme tu l'a mentionné. Le plus grand bouleversement racial dans l'histoire du Maroc, est l'importation par les Alaouites des populations noires, esclaves au XVIIe et XVIIIe siècle.
D'ailleurs, un simple lancement du data set G25 permet de voir que les populations les plus "négrifiées" ne proviennent pas du tout des cœurs almoravides mais plutôt d'îlots parfaitement identifiés historiquement pour avoir abrité des marchés aux esclaves (Zagora, Tiznit...) à l'époque moderne.
Je suis tellement influençable mdrr