Citation de Lacoste-Tn
Pour juger le bilan de Louis XIV, je pense qu'il faut le juger par rapport à ses voisins proches plutôt qu'à ses prédécesseurs et successeurs.
Louis XIV avait dans les mains le royaume le plus peuplé d'Europe oui, le plus militarisé (200 000 hommes de troupes, énorme pour l'époque), un royaume plutôt centralisé par rapport à ses voisins (pas forcément un cadeau, j'en parlerai plus tard), une génération assez exceptionnelle de ministres, gens de guerre et diplomates, et un trésor bien pourvu par Colbert qui a permis aux diplomates d'acquérir de nombreux alliances (Hugues de Lionne, Arnaud de Pomponne, le frère de Colbert dont j'ai oublié le nom...)
Mais ses exigences diplomatiques démesurées ont souvent ligué les États européens contre le pays avec des conséquences dramatiques sur les mers (et donc sur le commerce extérieur).
Sa fin est à la fois éclatante sur le plan européen (abandon de la lutte par l'Angleterre qui redoute que l'héritage espagnol passe au main de l'Empereur, victoire de Denain qui ferme le chemin de Paris à l'invasion, victoire de Villaviciosa sur les Impériaux en Espagne) mais dramatique sur les mers, garantes d'une partie des finances (ce que les Anglais et Hollandais avaient habilement compris).
La paix d'Utrecht (1713) et de Rasdat (1714) furent fort mal négociées sur les mers et a quand même fait perdre à la France l'Acadie, Terre-Neuve, les territoires de la baie d'Hudson et gagner à l'Angleterre Minorque et Gibraltar, deux positions stratégiques essentielles en Méditerranée.
Louis XIV a abandonné d'importants avantages commerciaux aux colonies : monopole du trafic d'esclaves (l'asiento), le droit d'envoyer chaque année un navire de commerce dans les colonies espagnoles d'Amérique (le vaisseau de permission, récupéré par les Anglais).
En bref, il a offert les clés de la prépondérance britannique et a quasiment scellé l'avenir des Indes françaises, 50 ans avant le traité de Paris. À sa décharge, je pense que le manque d'activité commerciale mondiale de la France, fait que le roi n'a pas su contenir le fort parti antifrançais aux Indes, appuyé sur la Bourse, la Banque et le commerce britannique et hollandais.
Sur le plan économique, sans évoquer le colbertisme (salutaire à mon sens), la boucle des dragonnades et de la fuite des cerveaux protestants (nuancée par les historiens depuis des années) un phénomène un peu particulier à la France sous Louis XIV, était le placement dans les offices (vénalité des offices), jugé plus sûr et plus honorifique que dans le négoce ou l'industrie. Ce qui a fait stagner le volume du commerce.
En quelques générations, les charges les plus difficiles à acquérir ont permis d'accéder à la noblesse ainsi qu'à des revenus stables mais au détriment du volume du commerce qui n'a pas connu de grand accroissement, à la différence de ce qui s'est passé en Angleterre, ou dans les Provinces-Unies.
Par conséquent, le commerce intérieur sous Louis XIV a stagné en dépit des prouesses techniques (canal de Briare ou encore le canal du Midi pour ne citer que ces projets).
Colbert a quand même réussi ce que Richelieu et Mazarin ont voulu faire sur les plans industriel et commercial (Richelieu empêché par la guerre de Trente Ans et Mazarin par la Fronde) mais, sous Louis XIV, 33 années de guerre sur 54 années de règne, la multiplication des douanes intérieures ont pesé sur les prix et découragé les investisseurs.
Ce qui explique largement la pauvreté des campagnes, d'où provenaient la stagnation et l'autarcie, responsables à leur tour du manque de dynamisme industriel malgré la politique habile de Colbert.
Cette centralisation folle n'était peut-être pas une solution. Louis XIV a castré cette noblesse symboliquement, géographiquement (Versailles) et économiquement (vénalité des offices).
Remarquez d'ailleurs, pour finir, que de l'autre côté des Pyrénées, le véritable moment du déclin espagnol, fut l'installation des Bourbons sur le trône en 1701 et l'accélération de la politique unitaire espagnole par l'abolition des fueros, sur le modèle de la France.
L'Espagne, jusque là, à la noblesse forte (l'ère des validos du début du XVIIIe par exemple) et hostile à la centralisation, ne s'en est jamais remise alors qu'elle avait tenu tête à la France durant le XVIIe malgré des finances en lambeau (bien pire qu'en France) et une crise démographique grave (explosion de la mortalité, population qui s'est maintenue entre 6 et 7 millions d'habitants).
Putain, je met en favori directe ! Cimer de cette information goldé !

