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Avatar de Suze-Blero Suze-Blero
J'ai fait un rêve très étrange ce matin. Le contexte ressemble à du XVIIème siècle, je suis habillé de rouge et suis un genre d'évêque ou prédicateur établi. Je lis un livre dans une grande salle, type de café de gare immense et lumineux, où l'on entend les gens discuter, rire, et le bruit des tasses et des verres sur le revêtement de marbre des tables. Toute une bande détonne en s'installant à une table voisine, parmi lesquels Gérard Filoche, méconnaissable dans cette dimension onirique qui le fait duc ou quelque chose d'approchant. Il est rouge comme à son habitude, mais peut-être moins quand même, la joie doit pâlir un peu sa nature de tapeur rougeaud. Ou c'est la douceur du Grand Siècle qui le flatte... Je vois un présage funeste à sa présence, et à son grand sourire satisfait.

Je redécouvre l'importance qu'aura ce jour, où une audition décisive doit avoir lieu lieu, concernant de damnables gloses d'esprit philosophique. Le grand café se remplit de têtes rouges, hommes de foi en robe, et de jeunes gens en blancs, portant culotte. Une belle femme du monde, connue pour ses liens avec le parti philosophique, s'assied à côté de moi et me parle d'une voix consolante et fière. Je ne peux pas restituer ses paroles, mais cela se résume à quelque chose comme : "ce n'est qu'un mauvais moment à passer".

Un de mes fidèles amis, ombrageux comme à son habitude, entre dans le café avec sa petite famille, il salue d'une poignée de main ferme les blancs attroupés autour de Filoche. Il revient vers moi, et d'un air entendu parle des impératifs de la politique, de la sauvegarde des intérêts, "tu comprends tout cela". Je ne réponds rien et essaye de lire le livre que j'ai amené, pendant que ses enfants jouent dans mes pattes. Soudain, c'est l'heure. Je monte en compagnie de la mondaine, jusqu'à une grande salle bleue, éclairée par de vastes fenêtres, où nous devons tenir à 20 personnes bien serrées sur des bancs, tandis qu'un flot incessant de visiteurs continue de passer par un coté de la chambre, pensée comme un couloir. L'homme au cœur de l'attention est vêtu de vert, il est l'homme dont on juge les textes aujourd'hui. Il rit et cajole sa suite de fidèles, tous de blanc vêtu.

La suite est assez confuse, j'ai les oreilles qui bourdonnent et je lis très lentement, toujours penché sur le même livre, avec la femme qui tente de me calmer, à moins que ce soit l'écho de ses premières paroles qui me reviennent comme un leitmotiv. "Continue de lire, cela sera bientôt terminé". A un moment, les portes se ferment et les touristes de passage sortent des poignards et des francisques et attaquent les prélats réunis, les portant jusqu'aux fenêtres où ils les évacuent. Les blancs aussi ont sorti des armes et maîtrisent les survivants. Je devine tout cela plus que je ne le vois, et attends que le silence soit à peu près complet pour me lever. Je sors de la salle calmement et regarde où j'en suis, page 410, avant de fermer enfin ce livre.