Retour au sujet

Avatar de Chouffix Chouffix
L’influence de McKinsey n’en finit plus d’être exhumée. Après les sommes folles déboursées par l’appareil d’État français depuis plusieurs années, ce sont les dépenses de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) accordées à ce cabinet de conseil qui interrogent.

https://i.aveshack.com/9ca3371724947494.jpg

Depuis 2015, l’OMS a versé près de 17,7 millions de dollars au cabinet de conseil en stratégie, McKinsey & Company. Comment expliquer de tels montants? Sans doute en partie pour mettre en œuvre la vaste réorganisation de l’OMS, engagée en 2017, ainsi que pour formuler des recommandations de santé publique. La question de l’influence réelle de la multinationale américaine McKinsey sur la santé mondiale mérite d’être posée.

La grande transformation

En 2017, la décision est prise de réformer en profondeur l’OMS en vue d’atteindre en 2030 les objectifs de développement durable liés à la santé. Ce nouveau modèle de fonctionnement revient à transformer l’institution en « une ONG flexible, mobile, modulable, innovante » en « faisant appel à des consultants extérieurs dans des domaines tels que la gestion du changement, la refonte des processus et les outils d’analyse du modèle de fonctionnement », développe son directeur général, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus en 2019. Les conseils de McKinsey au sein de l’OMS ont toutefois débuté bien avant. « La Firme », telle qu’on la surnomme, première dans son secteur et présente dans plus de 60 pays, a reçu de l’OMS près de 17,7 millions de dollars entre 2015 et 2021.

L’opacité domine

En effet, nous ne savons pas précisément quelles ont été les missions des consultants engagés. Ces contrats sont-ils liés au programme de transformation de l’OMS amorcé en 2017 ? A d’autres conseils de gestion ? Ou, véritablement, à l’influence d’intérêts privés sous couvert de recommandations de santé publique ? Nous ne connaissons pas davantage la nature des missions menées avant 2015, de même que le contenu des contrats totalement ou partiellement pris en charge par de grands donateurs comme la Fondation Gates. L’influence de McKinsey ne transparaît pas seulement dans les bilans financiers de l’OMS. Elle prend aussi la forme de prestations « pro bono », une stratégie commerciale qui consiste à offrir ses services bénévolement, gracieusement, au nom de l’intérêt général.

À qui profite le « pro bono » ?

Les cabinets de conseil tels que McKinsey se sont fait une spécialité de cette pratique aux prestations tout d’abord gratuites, puis grassement payées. Cette stratégie d’entrisme échappe aux mécanismes de contrôle et instille le doute sur d’éventuelles contreparties. L’OMS a reconnu, en 2011, l’implication de McKinsey dans les travaux préliminaires de l’un de ses groupes de travail sur la préparation aux grippes pandémiques et l’accès aux vaccins. Pour réaliser ces études, la Fondation Bill & Melinda Gates s’est chargée du contrat avec McKinsey, sans que cette mission apparaisse dans le suivi de passation des marchés de l’OMS.

Comment le cabinet McKinsey a-t-il été sélectionné ? L’OMS s’est-elle inquiétée des éventuels conflits d’intérêts de « la Firme » ? Ces questions sont loin d’être anodines puisque dans le même temps, en 2010 et 2011, McKinsey a monnayé ses conseils auprès des fabricants de vaccins Merck, Sanofi et Novartis, ainsi qu’au sein d’autres missions touchant au marché des vaccins. Il en est ainsi du développement du business plan de l’Alliance GAVI, une organisation largement financée par la Fondation Bill et Melinda Gates depuis sa création en 2000, et dont la raison d’être est de « façonner le marché » de l’accès aux vaccins.

En janvier 2021, l’OMS a confirmé son soutien au projet de traité international de réponse aux pandémies annoncé par Charles Michel, président du Conseil européen. Ce traité, en cours d’écriture, sera signé d’ici 2023. Mais avons-nous la certitude que c’est bien l’OMS, et non McKinsey ou d’autres consultants, qui est derrière la rédaction de ce traité ? Le risque étant de finaliser un traité conçu pour façonner un marché de la santé mondiale taillé selon les besoins de grands groupes privés. Nous devons assurer la traçabilité de l’activité de ces cabinets de conseil et l’accès public à leurs recommandations. Un contrôle réel et transparent de l’usage des deniers publics est impératif.