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La Corée du Nord toujours plus accro aux vols de cryptomonnaies

07/02/2022
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Le piratage de la plateforme sud coréenne de bitcoin bithumb est l'un des premiers exemples connus, en 2018, d'un vol de bitcoin attribué au groupe Lazarus, soupçonné de travailler pour la Corée du Nord.

Les États-Unis ont dénoncé, lundi, les vols de cryptomonnaies qui permettent à la Corée du Nord de financer ses programmes nucléaires et balistique. Ces attaques auraient rapporté jusqu’à 400 millions de dollars à Pyongyang en 2021, une année particulièrement faste pour cette méthode permettant de contourner les sanctions internationales.

Des dizaines, voire des centaines de millions de dollars. Les cybercriminels soupçonnés de voler des cryptomonnaies pour le compte de la Corée du Nord ont eu une année 2021 faste. “C’est devenu une source importante pour financer leurs programmes nucléaire et de missiles balistiques” de Pyongyang, a conclu un rapport remis au comité des sanctions du conseil de sécurité des États-Unis, a affirmé la BBC, lundi 7 février.

Les enquêteurs chargés par les États-Unis d’évaluer l’ampleur de ces vols de bitcoins et autres monnaies dématérialisées ont estimé que ceux-ci avaient rapporté au moins 50 millions de dollars à Pyongyang entre fin 2020 et mi-2021. Mais ils ont reconnu que le butin pouvait être bien plus élevé.

De la Banque centrale du Bangladesh aux sites de ventes de bitcoins

Il pourrait avoir atteint 400 millions de dollars sur l’ensemble de l’année 2021, d’après les estimations de Chainalysis – une société d’étude des transactions dans le monde des cryptomonnaies – citées dans le rapport des États-Unis.

Une somme que les pirates informatiques à la solde de Pyongyang – essentiellement le groupe Lazarus – ont amassé grâce à seulement huit attaques contre des plateformes d’échange de cryptomonnaies et des fonds d’investissement, d’après les conclusions des experts de Chainalysis.

Ce n’est pas la première fois que les prouesses des pirates informatiques nord-coréens, et de Lazarus en particulier, sont utilisées pour contourner les sanctions internationales. Déjà, en 2016, ces cybercriminels avaient frappé un grand coup en piratant la Banque centrale du Bangladesh pour tenter d’y dérober un milliard de dollars.

Mais la cible de ces pirates "a changé en 2018 avec l’apparition des logiciels malveillants spécialisés dans le vol de cryptomonnaies”.

Depuis lors, Lazarus et consorts rapportent, ainsi, en moyenne, 200 millions de dollars par an dans les caisses de l’État nord-coréen, avec un pic en 2021, note Chainalysis. Certains logiciels malveillants que ces cyberbraqueurs utilisent “en sont déjà à leur version 5 ou 6, ce qui prouve qu’ils se sont perfectionnés”.

Dépendance nord-coréenne à la cybermanne

Mais qu’on ne s’y trompe pas. “Ces pirates informatiques ne font pas que ça. Ils peuvent aussi faire du vol d’identité, des attaques par déni de service sur demande [rendre des sites Internet indisponibles, NDLR] et tout ce qui peut rapporter de l’argent”, souligne Ivan Kwiatkowski, chercheur en cybersécurité pour le groupe russe de sécurité informatique Kaspersky. Le vol de bitcoins et autres cryptomonnaies demeure cependant leur activité principale, reconnaît ce spécialiste.

Une activité qui gagne en importance sur les autres sources traditionnelles pour acquérir des devises étrangères essentielles au financement des programmes militaires de Pyongyang. La Corée du Nord vend illégalement de larges quantités de charbon, procure des métaux précieux à la Chine et exporte des tonnes de sables. Mais “toutes ces activités sont en déclin depuis 2018".

La pandémie a rendu Kim Jong-un encore plus dépendant aux pirates informatiques, car le commerce de charbon et de sable a fortement chuté à la suite de la fermeture des frontières. L’ONU a aussi rendu illégal, en 2020, l’envoi par les travailleurs immigrés nord-coréens d’une partie de leur salaire au régime de Pyongyang. C’est une manne de près de 200 millions de dollars par an qui s’est ainsi tarie, rappelle l’Institut coréen pour la réunification de Séoul dans une note de 2021 sur les techniques utilisées par Pyongyang pour contourner les sanctions internationales.

Le vol de bitcoins, lui, n’a pas connu la crise, malgré le fait que les États-Unis et tous les spécialistes alertent sur ce phénomène depuis plus de trois ans. “Le grand avantage du monde des cryptomonnaies pour les pirates informatiques nord-coréens c’est qu’il n’y a pas moyen de sécuriser les cryptomonnaies étant donné que tout est dépend de site.

Certaines grandes plateformes, comme Binance ou Crypto.com, ont renforcé leur sécurité, mais “avec l’essor des cryptomonnaies, il y a un nombre grandissant d’acteurs de taille intermédiaire qui font passer leur croissance avant le reste et sont, ainsi, des cibles de choix pour les cybercriminels”.

Des pirates à la dernière mode

Ces pirates informatiques à la solde de Pyongyang savent aussi capter l’air du temps. Ainsi, en 2021, “ils ont, pour la première fois, dérobé plus d’ethereums que de bitcoins”, souligne Chainalysis. La raison la plus probable est “que le bitcoin semble avoir atteint un pic et que son principal concurrent, l’ethereum, a davantage de marge de progression”.