Soudan: affrontements meurtriers entre les armées éthiopienne et soudanaise

Les Arabes misant sur le Soudan pour attaquer l'Éthiopie que nous Israël avons comme un allié régional.

Éthiopie: contre-offensive du gouvernement, Addis-Abeba reprend son souffle
01/12/2021

Les combats se poursuivent en Éthiopie et les groupes rebelles se rapprochent de la capitale Addis-Abeba. Si l'on a beaucoup parlé du front au nord du pays – où l'armée combat les forces de défense du Tigré (TDF) – il existe un autre groupe armé, allié des Tigréens, qui combat depuis le sud et l'ouest. L'Armée de libération oromo (OLA) contrôle désormais un large territoire, et certains de ses soldats ont réussi à rallier les TDF. Ensemble, ils prévoient de faire chuter le gouvernement et de prendre la capitale.
Est-on en train d’assister à un nouveau renversement de situation en Éthiopie ? Les rebelles tigréens et leur coalition s’étaient récemment approchés à moins de 200 km d’Addis-Abeba, faisant planer une menace sur la capitale. Mais depuis plusieurs jours, le gouvernement s’est engagé dans une large contre-offensive qui semble pousser les forces tigréennes à se replier.
Avec notre correspondant à Addis-Abeba, Noé Hochet-Bodin
Une dizaine de villes auraient été reprises aux rebelles tigréens, a assuré ce mercredi 1er décembre un porte-parole gouvernemental. Parmi elles, certaines sont stratégiques, comme Chifra sur le front Est, Shewa Robit sur le front Sud et Gashena sur le front Ouest.
Difficile néanmoins de vérifier cette avancée à cause de la coupure des télécommunications. Mais elle confirmerait la contre-offensive du gouvernement, qui a notamment intensifié ses frappes de drones ces derniers jours. L’avancée pourrait aussi être due à la mobilisation importante de miliciens, notamment en régions Afar et Amhara.
Retrait coordonné des forces tigréennes
Selon une source proche des rebelles tigréens, ces prises de guerre sont en fait le résultat d’un retrait coordonné des forces de défenses tigréennes. En effet, ses lignes d’approvisionnements sont étirées sur des centaines de kilomètres et les commandants tigréens craignent les frappes de drones.
Ce revirement de situation change la donne en Éthiopie, au moins dans le court terme. La capitale Addis-Abeba est désormais hors de portée. Le ministre chinois des Affaires étrangères a d’ailleurs fait une courte visite ce mercredi dans la capitale, s’opposant à ce qu’il qualifie d’ingérence de certains pays dans les affaires internes de l’Éthiopie.

28/11/2021
Des renforts militaires en route depuis Khartoum pour l'État de Gedaref pour être déployés à la frontière éthiopienne. Des camions chargés de soldats, de pièces d'artilleries et des blindés.
La situation est très tendue à la frontière entre le Soudan et l'Éthiopie. L'armée soudanaise a dénoncé, samedi 28 novembre, une attaque menée par les forces éthiopiennes, dans la région disputée d'al-Fashaga, point de friction entre les deux pays, depuis de longues années. L'armée soudanaise précise que cette attaque a fait plusieurs morts parmi ses soldats, sans en préciser le nombre.
L'armée soudanaise explique que ses forces, qui protègent les récoltes dans cette région d'al-Fashaga, ont été attaquées par l'armée et par des milices éthiopiennes. L’attaque visait, selon elle, à intimider les agriculteurs et à saboter la saison des récoltes.
L'armée soudanaise affirme que l'attaque a pu être repoussée par ses hommes mais elle évoque aussi d'importantes pertes humaines et matérielles, sans donner plus de précisions sur le bilan. Les autorités éthiopiennes n'ont, elles, pas fait de commentaires.
Ce n'est pas la première fois que des heurts ont lieu dans la vaste région d'al-Fashaga, aux terres fertiles. Des accrochages y sont signalés régulièrement. Ils se sont intensifiés, l'année dernière, quand le conflit entre le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités du Tigré a poussé des dizaines de milliers d'Éthiopiens à se réfugier dans l'est du Soudan. C'est d'ailleurs après le début de ce conflit, au Tigré, que des troupes soudanaises s'y sont déployées.
Le Soudan et l'Éthiopie n'ont jamais réussi à se mettre d'accord sur le tracé de leur frontière, malgré de nombreux cycles de négociations. Les deux pays s'opposent aussi, depuis plus de dix ans, sur la question du grand barrage de la renaissance.
Ethiopie : Phase critique du conflit et Abiy Ahmed met en garde contre un scénario à la libyenne (Analyse)
- Les rebelles du Tigré ont annoncé leur prise de contrôle de deux villes stratégiques, en dépit d'un démenti gouvernemental, et se sont alliés aux insurgés d’Oromo
08.11.2021
Ethiopie : Phase critique du conflit et Abiy Ahmed met en garde contre un scénario à la libyenne
La guerre en Ethiopie s'est enlisée dans une phase critique avec l'annonce par les rebelles du Front de Libération du Peuple du Tigré (FLPT) de leur prise de contrôle de deux villes stratégiques situées au nord de la capitale Addis-Abeba, et de leur fusion avec les insurgés du Front de Libération Oromo (FLO).
Les autorités éthiopiennes ont décrété l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire et appelé les habitants d’Addis-Abeba à s’organiser pour défendre la ville, en portant les armes et en défendant les quartiers de la capitale.
De leur côté, les Etats-Unis ont recommandé à leurs ressortissants de quitter le territoire éthiopien, en raison de la détérioration de la situation sécuritaire, et ce à l’instar du Koweït et du Qatar.
Cela reflète la gravité de la situation en Ethiopie, compte tenu des menaces proférées par les rebelles de progresser vers Addis-Abeba pour faire chuter le gouvernement d'Abiy Ahmed, dès lors que quelques centaines de kilomètres seulement les séparent de la capitale.
Les rebelles du FLO ont annoncé la prise de contrôle de la ville de Kemissie (située à 320 Km au nord de la capitale), après que les rebelles du FLPT s’étaient emparés des villes stratégiques de Dessie (400 Km au nord d’Addis-Abeba) et de Kombolcha (380 Km au nord de la capitale).
- Que signifie la chute de Dessie et de Kombolcha ?
Les deux premières villes de cette région sont Baher Dar (170 mille habitants) et Gondar (154 mille habitants).
Dessie dispose d’une importance stratégique, compte tenu de sa position sur la route A2 reliant la région du Tigré à la capitale Addis-Abeba, de même qu’elle est proche de la route internationale A1, un axe à travers lequel passent 95% des exportations éthiopiennes vers le port de Djibouti.
Quant à la ville de Kombolcha et bien qu’elle soit moins peuplée que Dessie (94 mille habitants), il n’en demeure pas moins que son importance stratégique dépasse celle de Dessie concernant certains aspects.
Située à 25 kilomètres au sud-est de Dessie, la ville de Kombolcha est également traversée par la route A2 de même qu’elle est située à proximité de la route internationale A1. Elle compte également un petit aéroport international et une zone industrielle qui a attiré des investisseurs étrangers, essentiellement, européens et asiatiques.
La prise de contrôle par les rebelles du Tigré des villes de Dessie et de Kombolcha signifie que la zone orientale de la région d'Amhara a chuté au plan militaire, en particulier après l'annonce par les rebelles du FLO de leur prise de contrôle de la ville de Kemissie (au sud de Kombocha, 24000 habitants) et de plusieurs autres localités situées sur la route menant à Addis-Abeba.
Cela a généré la fusion entre les rebelles du Tigré avec leurs alliés d’Oromo, pour la première fois depuis l'annonce de leur alliance au mois d'août dernier, ce qui sera de nature à aggraver les menaces qui pèsent sur le gouvernement d'Abiy Ahmed qui a décrété l'état d'urgence.
En effet, plusieurs localités situées dans l'est de la région d'Amhara sont désormais coincées entre l'enclume des rebelles du Tigré du nord et de l'ouest et le marteau des insurgés du Front Oromo du sud et de l'est comme le montre une carte interactive du compte « Ethiopie Map » sur Twitter.
Ainsi, il est devenu difficile pour les forces gouvernementales de lancer une contre-offensive pour récupérer Dessie et Kombocha, mais il est probable que ces forces tentent de desserrer l'étau dans cette région avant de s'orienter vers la libération des deux villes stratégiques.
- Les rebelles du Tigré changent leur tactique militaire
Au mois d'août dernier, les rebelles du Tigré ont ouvert plusieurs fronts de combat dans l'est, l'ouest et le sud, mais l'attaque surprise lancée par l'armée fédérale a stoppé leur avancée et les forces gouvernementales ont réussi à récupérer de vastes zones de la région d'Afar, contraignant les rebelles de battre en retraite, loin des villes de Baher Dar et de Gondar. L’armée fédérale était même sur le point récupérer Lalibela.
Au mois d’octobre dernier, l'armée éthiopienne a exploité sa domination incontestable du ciel pour lancer des raids aériens contre les bases-arrières des rebelles dans la région du Tigré.
L'armée a renforcé, également, le siège de la région qui compte 400 mille habitants en proie à la famine, selon des rapports d'organisations de droits humains.
Dans une tentative de briser ce blocus et de transférer le combat dans l'autre camp, les rebelles du Tigré ont axé et focalisé leurs attaques sur le front sud au lieu de combattre sur plusieurs fronts.
Ils sont ainsi parvenus, en date du 17 octobre, de prendre le contrôle de la localité de Woshal, et tout en progressant vers la ville de Dessie, plusieurs localités et villages sont tombés dans leurs mains.
À la fin du mois d'octobre, les rebelles sont arrivés aux abords de la ville de Dessie et se sont engagés dans divers combats féroces face aux unités fédérales et aux milices de la région d’Amhara.
Les informations étaient contradictoires entre l'affirmation par les rebelles de leur prise de contrôle de Dessie et le démenti gouvernemental. Cependant, en date du 2 novembre courant, la chute de Dessie aux mains des rebelles a été confirmée, tout particulièrement après l'annonce par le gouvernement de l'élimination par les rebelles de 100 jeunes à Kombolcha, ce qui signifie une reconnaissance implicite de la chute de Dessie.
Avec la fusion des rebelles du Tigré avec leurs alliés de l'Oromo, le prochain objectif des insurgés sera de bloquer la route internationale vers Djibouti.
De même, les rebelles d’Oromo n'ont pas caché leur volonté de prendre le contrôle de la capitale Addis-Abeba « d’ici quelques mois, si ce n'est des semaines », selon un porte-parole du FLO.
Au cours de cette période, il est attendu qu'une alliance se nouera entre les rebelles de tout bord pour encercler la capitale du nord, de l'est et de l'ouest, où se positionnement de manière éparse les insurgés du Oromo, qui sont les plus proches de la capitale Addis-Abeba.
En effet, plus qu'une seule ville, celle de Debre Berhan (58 mille habitants) et quelques petites localités, séparent les rebelles du Tigré et de Oromo de Addis-Abeba.
- À la recherche d’un appui international
Le gouvernement d'Abiy Ahmed se trouve dans une situation extrêmement critique face à la progression des rebelles du Tigré, en direction de la capitale et à leur fusion avec l’armée de Libération d’Oromo.
Bien que le gouvernement fédéral ait formellement démenti la chute de Dessie et de Kombocha, il n’en demeure pas moins que l’état d’urgence a été décrété et approuvé par le parlement, ce qui reflète la situation délicate qui prévaut dans la capitale.
Le gouvernement vise à enrôler le plus grand nombre de jeunes capables de porter les armes afin de faire face à la progression des rebelles.
Toutefois, et bien que cette approche ait réalisé un certain succès auparavant, l'on constate que les milliers de jeunes, à l'expérience limitée dans les combats, ne seront pas suffisants pour faire face aux rebelles du Tigré, qui avaient déjà engagé des guerres des gangs contre le régime de Mengistu Haile Mariam (1974-1991) et dirigé le pays pendant près de 3 décennies (1991-2018).
Ainsi, l’armée éthiopienne s’emploiera à intensifier ses raids contre les positions des rebelles, en particulier, dans leurs bastions et centres de groupement, ainsi que sur les entrepôts d’armes et de munitions dans le nord pour rompre leurs lignes d’approvisionnement, distantes de centaines de kilomètres de leur capitale Mékélé.
Il n’est pas exclu qu'Addis-Abeba recourt à s’allier, à nouveau, avec l’Erythrée pour lancer une contre-offensive depuis le nord sur la région du Tigré, afin de pousser les rebelles à battre en retraite et à défendre leurs fiefs et leur capitale Mékélé.
L’armée de l’Erythrée avait, en effet, joué un rôle important, au mois de novembre 2020, dans la chute rapide de la région du Tigré aux mains des forces gouvernementales, avec le moindre coût, mais a choisi, aujourd’hui, d’épouser la posture de spectateur, ce qui a permis aux rebelles du FLPT de progresser vers le sud.
L’autre scénario consiste à ce que Addis-Abeba recourt à des mercenaires étrangers ce à quoi Abiy Ahmed avait fait allusion, même s’il le refuse publiquement.

Les Arabes misant sur le Soudan pour attaquer l'Éthiopie que nous Israël avons comme un allié régional.

Éthiopie: contre-offensive du gouvernement, Addis-Abeba reprend son souffle
01/12/2021

Les combats se poursuivent en Éthiopie et les groupes rebelles se rapprochent de la capitale Addis-Abeba. Si l'on a beaucoup parlé du front au nord du pays – où l'armée combat les forces de défense du Tigré (TDF) – il existe un autre groupe armé, allié des Tigréens, qui combat depuis le sud et l'ouest. L'Armée de libération oromo (OLA) contrôle désormais un large territoire, et certains de ses soldats ont réussi à rallier les TDF. Ensemble, ils prévoient de faire chuter le gouvernement et de prendre la capitale.
Est-on en train d’assister à un nouveau renversement de situation en Éthiopie ? Les rebelles tigréens et leur coalition s’étaient récemment approchés à moins de 200 km d’Addis-Abeba, faisant planer une menace sur la capitale. Mais depuis plusieurs jours, le gouvernement s’est engagé dans une large contre-offensive qui semble pousser les forces tigréennes à se replier.
Avec notre correspondant à Addis-Abeba, Noé Hochet-Bodin
Une dizaine de villes auraient été reprises aux rebelles tigréens, a assuré ce mercredi 1er décembre un porte-parole gouvernemental. Parmi elles, certaines sont stratégiques, comme Chifra sur le front Est, Shewa Robit sur le front Sud et Gashena sur le front Ouest.
Difficile néanmoins de vérifier cette avancée à cause de la coupure des télécommunications. Mais elle confirmerait la contre-offensive du gouvernement, qui a notamment intensifié ses frappes de drones ces derniers jours. L’avancée pourrait aussi être due à la mobilisation importante de miliciens, notamment en régions Afar et Amhara.
Retrait coordonné des forces tigréennes
Selon une source proche des rebelles tigréens, ces prises de guerre sont en fait le résultat d’un retrait coordonné des forces de défenses tigréennes. En effet, ses lignes d’approvisionnements sont étirées sur des centaines de kilomètres et les commandants tigréens craignent les frappes de drones.
Ce revirement de situation change la donne en Éthiopie, au moins dans le court terme. La capitale Addis-Abeba est désormais hors de portée. Le ministre chinois des Affaires étrangères a d’ailleurs fait une courte visite ce mercredi dans la capitale, s’opposant à ce qu’il qualifie d’ingérence de certains pays dans les affaires internes de l’Éthiopie.

28/11/2021
Des renforts militaires en route depuis Khartoum pour l'État de Gedaref pour être déployés à la frontière éthiopienne. Des camions chargés de soldats, de pièces d'artilleries et des blindés.
La situation est très tendue à la frontière entre le Soudan et l'Éthiopie. L'armée soudanaise a dénoncé, samedi 28 novembre, une attaque menée par les forces éthiopiennes, dans la région disputée d'al-Fashaga, point de friction entre les deux pays, depuis de longues années. L'armée soudanaise précise que cette attaque a fait plusieurs morts parmi ses soldats, sans en préciser le nombre.
L'armée soudanaise explique que ses forces, qui protègent les récoltes dans cette région d'al-Fashaga, ont été attaquées par l'armée et par des milices éthiopiennes. L’attaque visait, selon elle, à intimider les agriculteurs et à saboter la saison des récoltes.
L'armée soudanaise affirme que l'attaque a pu être repoussée par ses hommes mais elle évoque aussi d'importantes pertes humaines et matérielles, sans donner plus de précisions sur le bilan. Les autorités éthiopiennes n'ont, elles, pas fait de commentaires.
Ce n'est pas la première fois que des heurts ont lieu dans la vaste région d'al-Fashaga, aux terres fertiles. Des accrochages y sont signalés régulièrement. Ils se sont intensifiés, l'année dernière, quand le conflit entre le gouvernement fédéral éthiopien et les autorités du Tigré a poussé des dizaines de milliers d'Éthiopiens à se réfugier dans l'est du Soudan. C'est d'ailleurs après le début de ce conflit, au Tigré, que des troupes soudanaises s'y sont déployées.
Le Soudan et l'Éthiopie n'ont jamais réussi à se mettre d'accord sur le tracé de leur frontière, malgré de nombreux cycles de négociations. Les deux pays s'opposent aussi, depuis plus de dix ans, sur la question du grand barrage de la renaissance.
Ethiopie : Phase critique du conflit et Abiy Ahmed met en garde contre un scénario à la libyenne (Analyse)
- Les rebelles du Tigré ont annoncé leur prise de contrôle de deux villes stratégiques, en dépit d'un démenti gouvernemental, et se sont alliés aux insurgés d’Oromo
08.11.2021
Ethiopie : Phase critique du conflit et Abiy Ahmed met en garde contre un scénario à la libyenne
La guerre en Ethiopie s'est enlisée dans une phase critique avec l'annonce par les rebelles du Front de Libération du Peuple du Tigré (FLPT) de leur prise de contrôle de deux villes stratégiques situées au nord de la capitale Addis-Abeba, et de leur fusion avec les insurgés du Front de Libération Oromo (FLO).
Les autorités éthiopiennes ont décrété l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire et appelé les habitants d’Addis-Abeba à s’organiser pour défendre la ville, en portant les armes et en défendant les quartiers de la capitale.
De leur côté, les Etats-Unis ont recommandé à leurs ressortissants de quitter le territoire éthiopien, en raison de la détérioration de la situation sécuritaire, et ce à l’instar du Koweït et du Qatar.
Cela reflète la gravité de la situation en Ethiopie, compte tenu des menaces proférées par les rebelles de progresser vers Addis-Abeba pour faire chuter le gouvernement d'Abiy Ahmed, dès lors que quelques centaines de kilomètres seulement les séparent de la capitale.
Les rebelles du FLO ont annoncé la prise de contrôle de la ville de Kemissie (située à 320 Km au nord de la capitale), après que les rebelles du FLPT s’étaient emparés des villes stratégiques de Dessie (400 Km au nord d’Addis-Abeba) et de Kombolcha (380 Km au nord de la capitale).
- Que signifie la chute de Dessie et de Kombolcha ?
Les deux premières villes de cette région sont Baher Dar (170 mille habitants) et Gondar (154 mille habitants).
Dessie dispose d’une importance stratégique, compte tenu de sa position sur la route A2 reliant la région du Tigré à la capitale Addis-Abeba, de même qu’elle est proche de la route internationale A1, un axe à travers lequel passent 95% des exportations éthiopiennes vers le port de Djibouti.
Quant à la ville de Kombolcha et bien qu’elle soit moins peuplée que Dessie (94 mille habitants), il n’en demeure pas moins que son importance stratégique dépasse celle de Dessie concernant certains aspects.
Située à 25 kilomètres au sud-est de Dessie, la ville de Kombolcha est également traversée par la route A2 de même qu’elle est située à proximité de la route internationale A1. Elle compte également un petit aéroport international et une zone industrielle qui a attiré des investisseurs étrangers, essentiellement, européens et asiatiques.
La prise de contrôle par les rebelles du Tigré des villes de Dessie et de Kombolcha signifie que la zone orientale de la région d'Amhara a chuté au plan militaire, en particulier après l'annonce par les rebelles du FLO de leur prise de contrôle de la ville de Kemissie (au sud de Kombocha, 24000 habitants) et de plusieurs autres localités situées sur la route menant à Addis-Abeba.
Cela a généré la fusion entre les rebelles du Tigré avec leurs alliés d’Oromo, pour la première fois depuis l'annonce de leur alliance au mois d'août dernier, ce qui sera de nature à aggraver les menaces qui pèsent sur le gouvernement d'Abiy Ahmed qui a décrété l'état d'urgence.
En effet, plusieurs localités situées dans l'est de la région d'Amhara sont désormais coincées entre l'enclume des rebelles du Tigré du nord et de l'ouest et le marteau des insurgés du Front Oromo du sud et de l'est comme le montre une carte interactive du compte « Ethiopie Map » sur Twitter.
Ainsi, il est devenu difficile pour les forces gouvernementales de lancer une contre-offensive pour récupérer Dessie et Kombocha, mais il est probable que ces forces tentent de desserrer l'étau dans cette région avant de s'orienter vers la libération des deux villes stratégiques.
- Les rebelles du Tigré changent leur tactique militaire
Au mois d'août dernier, les rebelles du Tigré ont ouvert plusieurs fronts de combat dans l'est, l'ouest et le sud, mais l'attaque surprise lancée par l'armée fédérale a stoppé leur avancée et les forces gouvernementales ont réussi à récupérer de vastes zones de la région d'Afar, contraignant les rebelles de battre en retraite, loin des villes de Baher Dar et de Gondar. L’armée fédérale était même sur le point récupérer Lalibela.
Au mois d’octobre dernier, l'armée éthiopienne a exploité sa domination incontestable du ciel pour lancer des raids aériens contre les bases-arrières des rebelles dans la région du Tigré.
L'armée a renforcé, également, le siège de la région qui compte 400 mille habitants en proie à la famine, selon des rapports d'organisations de droits humains.
Dans une tentative de briser ce blocus et de transférer le combat dans l'autre camp, les rebelles du Tigré ont axé et focalisé leurs attaques sur le front sud au lieu de combattre sur plusieurs fronts.
Ils sont ainsi parvenus, en date du 17 octobre, de prendre le contrôle de la localité de Woshal, et tout en progressant vers la ville de Dessie, plusieurs localités et villages sont tombés dans leurs mains.
À la fin du mois d'octobre, les rebelles sont arrivés aux abords de la ville de Dessie et se sont engagés dans divers combats féroces face aux unités fédérales et aux milices de la région d’Amhara.
Les informations étaient contradictoires entre l'affirmation par les rebelles de leur prise de contrôle de Dessie et le démenti gouvernemental. Cependant, en date du 2 novembre courant, la chute de Dessie aux mains des rebelles a été confirmée, tout particulièrement après l'annonce par le gouvernement de l'élimination par les rebelles de 100 jeunes à Kombolcha, ce qui signifie une reconnaissance implicite de la chute de Dessie.
Avec la fusion des rebelles du Tigré avec leurs alliés de l'Oromo, le prochain objectif des insurgés sera de bloquer la route internationale vers Djibouti.
De même, les rebelles d’Oromo n'ont pas caché leur volonté de prendre le contrôle de la capitale Addis-Abeba « d’ici quelques mois, si ce n'est des semaines », selon un porte-parole du FLO.
Au cours de cette période, il est attendu qu'une alliance se nouera entre les rebelles de tout bord pour encercler la capitale du nord, de l'est et de l'ouest, où se positionnement de manière éparse les insurgés du Oromo, qui sont les plus proches de la capitale Addis-Abeba.
En effet, plus qu'une seule ville, celle de Debre Berhan (58 mille habitants) et quelques petites localités, séparent les rebelles du Tigré et de Oromo de Addis-Abeba.
- À la recherche d’un appui international
Le gouvernement d'Abiy Ahmed se trouve dans une situation extrêmement critique face à la progression des rebelles du Tigré, en direction de la capitale et à leur fusion avec l’armée de Libération d’Oromo.
Bien que le gouvernement fédéral ait formellement démenti la chute de Dessie et de Kombocha, il n’en demeure pas moins que l’état d’urgence a été décrété et approuvé par le parlement, ce qui reflète la situation délicate qui prévaut dans la capitale.
Le gouvernement vise à enrôler le plus grand nombre de jeunes capables de porter les armes afin de faire face à la progression des rebelles.
Toutefois, et bien que cette approche ait réalisé un certain succès auparavant, l'on constate que les milliers de jeunes, à l'expérience limitée dans les combats, ne seront pas suffisants pour faire face aux rebelles du Tigré, qui avaient déjà engagé des guerres des gangs contre le régime de Mengistu Haile Mariam (1974-1991) et dirigé le pays pendant près de 3 décennies (1991-2018).
Ainsi, l’armée éthiopienne s’emploiera à intensifier ses raids contre les positions des rebelles, en particulier, dans leurs bastions et centres de groupement, ainsi que sur les entrepôts d’armes et de munitions dans le nord pour rompre leurs lignes d’approvisionnement, distantes de centaines de kilomètres de leur capitale Mékélé.
Il n’est pas exclu qu'Addis-Abeba recourt à s’allier, à nouveau, avec l’Erythrée pour lancer une contre-offensive depuis le nord sur la région du Tigré, afin de pousser les rebelles à battre en retraite et à défendre leurs fiefs et leur capitale Mékélé.
L’armée de l’Erythrée avait, en effet, joué un rôle important, au mois de novembre 2020, dans la chute rapide de la région du Tigré aux mains des forces gouvernementales, avec le moindre coût, mais a choisi, aujourd’hui, d’épouser la posture de spectateur, ce qui a permis aux rebelles du FLPT de progresser vers le sud.
L’autre scénario consiste à ce que Addis-Abeba recourt à des mercenaires étrangers ce à quoi Abiy Ahmed avait fait allusion, même s’il le refuse publiquement.