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Avatar de MaoMeth MaoMeth
Fic réalisée suite au toast de Poulpe :
36 à 40 :d) Réalisez une fic d'au moins vingt-cinq lignes avec pour protagonistes Raoul, :FLAQ:, :mo: et vous-même se déroulant aux îles Fidjis.

Je reposte la fic depuis le début parce qu'en écrivant la suite, j'ai remarqué plusieurs bourdes assez gênantes dans les dialogues du chapitre 1 tel qu'il avait été posté sur le topic d'origine (supprimé) du 21 février.
Ce sera l'occasion pour ceux qui l'avaient raté de la lire :noelok:


Acte Ⅰ : Celui dont nul n'imaginait qu'il pût trépasser.

Le soleil se couchait sur les plages de la plus occidentale des îles Kandavu. En cette fin d'automne, le vent humide balayait les cocotiers dont la silhouette se détachait à la lumière du crépuscule. Je marchais d'un pas calme sur l'une de ces plages de sable immaculé qui faisaient tout le charme de l'archipel des Fidji. Les poussières minérales y virevoltaient furieusement, illuminées par les rayons écarlates de l'astre solaire agonisant.

Les serpents, insectes et autres animaux aquatiques nocturnes étaient légion dans ces exotiques contrées, il me fallait rentrer à l'hôtel au plus tôt. Pressant le pas, j'aperçus bientôt les lumières chaleureuses du Napilitan Paggaya, le confortable établissement qui m'hébergeait le temps de mon séjour.

À l'exception de ce modeste hôtel, nul bâtiment habité ne se trouvait sur l'île. Le bateau qui ravitaillait l'hôtel une fois par semaine y amenait ainsi régulièrement des voyageurs en quête d'un peu d'isolement. Nous étions cinq clients à profiter de la modeste auberge que tenait seul un brave homme d'origine philippine que nous surnommions affectueusement "chef".
"Sans doute nous a-t-il encore préparé ce teriyaki de cheval aux amandes dont il a le secret", songeai-je en poussant la porte, jetant mélancoliquement mon dernier regard de la journée en direction de notre étoile dont la lueur laissait deviner de terribles nuages orageux.

« Il risque d'y avoir un typhon ! » annonçai-je en franchissant le seuil. Un silence de mort m'accueillit à l'intérieur de l'établissement.
Au sens propre, puisque l'un des clients gisait sans vie au pied de la table où nous étions supposer souper tous ensemble.
Son sang absurdement mauve s'était épandu sur le parquet, et ses tripes vertes déchiquetées çà et là faisaient écho au dernier regard stupéfait qu'offraient ses yeux exorbités.

« Mazette ! » m'exclamai-je. Le monocycle qui transperçait le nez de la malheureuse créature était enfoncé si violemment que le plancher s'en trouvait éclaté. Le cadavre de Flaq, atrocement mutilé, me fixait de ses yeux vides.

« Mais que diable s'est-il déroulé en ces lieux ? » questionnai-je les autres individus présents. Tous semblaient aussi abasourdis que moi, et ne dirent mot.

Après quelques jours passés à leurs cotés, je connaissais un peu ces bougres :
Pour commencer, Raoul : c'était un brave homme, malgré son accent particulièrement pittoresque. Lui et son accordéon se plaisaient à ambiancer nos soirées par quelque burlesque chanson. Sans doute cherchait-il en ces lieux isolés une inspiration neuve afin de rafraîchir son âme d'artiste ? Le regard perdu dans les rayons luisants de la roue désormais voilée du monocycle, il affichait une mine bien sombre à l'ombre de son béret gris.
Ensuite Cédric, arborant une grasse chevelure noire et des lunettes, ce quarantenaire avait un visage reconnaissable entre mille, avec son énorme nez crochu, et son large sourire qui s'était dissout face aux gerbes informes des fluides corporels de Flaq.
Il y avait aussi le Chef : sa virile moustache parfaitement taillée épongeait les larmes qui coulaient de ses yeux humides. Flaq était un de ses clients réguliers, ils étaient bons amis depuis si longtemps...
Enfin, Le Morse. Malgré le drame, il demeurait impassible, mais aussi féroce, provocateur, orgueilleux et supérieur, comme à son habitude. Avec dignité et gravité, il s'exprima d'une voix calme et comme toujours pleine de sagesse :
« Il semblerait que le décès de Flaq soit la conséquence assez directe d'un meurtre. Et tout meurtre qui se respecte nécessite au moins un meurtrier. »

Les rafales terribles de l'ouragan en approche firent frémir l'hôtel.
Ce meurtre n'avait guère que quelques suspects, et il s'agissait de nous cinq. Mais ce meurtre, nous serions aussi les enquêteurs qui en résoudraient l'énigme.

« Est-ce que parmi nous, certains ont un alibi ? risqua timidement Cédric.
- Ne vous précipitez pas monsieur Siré, nous ne connaissons même pas l'heure du trépas !
- Depuis quand avez-vous découvert le corps ? demandai-je alors.
- Le Morse et moi on est rentré ya à peine 5 minutes, vous autres êtes arrivés pas longtemps après, répondit Raoul en faisant l'effort de parler un français intelligible.
- Il est 19h, et j'ai aperçu Flaq se baigner dans le lagon aux alentours de l'hôtel alors qu'il était 17h, répondit le Chef.
- À voir la coagulation du sang, il est mort depuis au moins une demi-heure. Impossible d'être plus précis, la nature méconnue de cette créature nous empêche d'étudier plus en détail l'heure de sa mort...
- Bien !, m'exclamai-je, que chacun explique ce qu'il faisait entre 17h et 18h30 aujourd'hui ! »

Le poids de la suspicion alourdissait l'atmosphère déjà orageuse.

« J'arpentais la montagne avec Raoul, lui cherchait quelque inspiration poétique, quant à moi je cherchais encore le... enfin... bref, je cherchais ce qui m'a amené ici ...
- Mais enfin général-
- Enfin Chef, appelez-moi Morse voyons.
- Mais enfin Morse, allez-vous enfin nous dire ce que vous cherchez sur cette île ?
- Il faut admettre que tous ces mystères autour de votre quête vous rendent suspect, Morse ! Mais au moins possédez vous un alibi... »

J'avais prononcé cette phrase en fixant Cédric, qui suait à grosses gouttes. Était-ce à cause de l'atmosphère tropicale ?

« Je... J'étais avec le chef, on était à quelques centaines de mètres de l'hôtel et on cueillait des feuilles de bananier pour cuisiner un machin avec du poisson là...
- Respectez un peu la gastronomie traditionnelle, enfin ! Chef, confirmez-vous ses propos ?
- Oui. Vous êtes donc le seul à ne pas avoir d'alibi monsieur Meth. »

Merde.

« Personne de sensé ne commettrait un tel acte de barbarie sans s'être préparé un alibi ! Parlons donc plutôt des mobiles...
- Belle astuce rhétorique. Bravo, rétorqua Cédric alors que les flots de sa sueur gouttaient toujours de son nez.
- J'sais bin qu'Mao et moi on n'connaissait pas assez Flaq pour avoir une quelconque raison de l'éliminer, précisa Raoul.
- Si il existe pour certains d'entre nous un mobile, nous ne nous connaissons de toutes façons pas assez pour les mettre à jour à ce stade de l'enquête. Je propose qu'on étudie avant tout les indices de la scène de crime. »

Tout le monde était d'accord avec Le Morse. Chacun s'approcha doucement du corps au son des bourrasques qui balayaient maintenant l'hôtel.

« Mais on va abîmer les preuves non ? »

Raoul venait de soulever un problème qu'il convenait de régler avant de commencer l'investigation.

« Cédric, votre accoutrement de touriste contient-il un appareil photographique ?
- Bien évidemment !
- Allez donc le quérir au plus vite ! »

Nous fixions le corps empalé, cherchant sans trop nous en approcher un quelconque indice. Les organes internes de Flaq semblaient avoir réagis bien étrangement à l'agression. Ils semblaient littéralement se liquéfier sous nos yeux ébahis.

Fort de son passé de chercheur en physique fondamentale et en mécanique des substances étranges, Le Morse afficha sa stupéfaction :

« Ses organes... il s'agit d'un fluide non-newtonien ! »

En temps normal, je n'en aurais rien eu à foutre, mais là, ça risquait de nous gêner dans notre enquête. Cédric redescendait le tortueux escalier en bois en réglant son ustensile numérique.

« Vite, photographiez tout, avec la baisse obvie de sa pression sanguine, il est en train de se liquéfier ! »

Cédric s'empressa de photographier la scène sous toutes ses coutures. Le corps flétrissant, le monocycle qui le transperçait, le parquet entaché de sang mauve, les détails de la pièce comme les poignées de portes et de fenêtres et les mains et les vêtements de chacun au cas où de morbides projections y fussent visibles.

En à peine 10 minutes, le surprenant processus était terminé, et seul demeurait le monocycle, hélas désormais inutilisable, trônant au cœur d'une purée verdâtre souillée de sang mauve, qui gouttait lentement à travers le parquet fracturé par la violence de l'assassinat.

« J'aurais tant voulu lui offrir un chant d'adieu... »
Comme nous tous, Raoul était effondré. Plus jamais nous ne verrions Flaq se réjouir des petites choses de la vie, plus jamais nous ne l'entendrions émettre ces fameux "blop" qui faisaient tout son charme, plus jamais nous ne profiterions des cris de joie démesurés, lorsqu'il hurlait "FLAAAAAAAAAAAAAQ" en gambadant sur la plage à chaque fois qu'il remportait d'un point à peine une partie de pipopipette.

Quel que fût l'identité du meurtrier, il devait payer pour cette atrocité !
#111542