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Texte d'anticipation.

Paris, France, 12 juin 2056.

Malgré mon legging rose et mon débardeur en dentelle, je me suis fait attraper dans la rue par la milice anti-homme. J'ai pris une décharge de taser et douze coups de fouet. Motif: encore trop viril. Forcément: quand on a été maçon, qu'on a fait de la boxe et qu'on mesure 1m90, on a du mal à paraître efféminé. Je passe en comparution immédiate au TFCMH (Tribunal des Femmes Contre les Méchants Hommes) et suis condamné à six mois de cachot au terme d'un procès de 8 minutes.
Depuis qu'une fonctionnaire du Commissariat à la question Masculine m'a surpris en train de regarder Rambo 4, je suis dans le viseur des autorités.

J'ai eu beau me marier avec un transsexuel roumain socialiste pro LGBT, ça n'a pas suffit à les berner. J'ai reçu des mini-sécateurs dans ma boite aux lettres rose, avec écrit en lettres de sang: "pour te couper ta petite bite, sale homme".
Beaucoup de mes amis, je l'avoue plus courageux que moi, sont morts depuis bien longtemps.

Bébert, un copain de chantier. Pendu avec une écharpe en plumes violettes en haut d'un char de la gaypride. Bébert avait commis l'affront de demander à sa femme de lui apporter une bière: elle l'a dénoncé aux autorités et il a été jugé dans l'heure après avoir été presque battu à mort avec un gode géant rose fluo.

Alex, mon pote de toujours. Il avait dit "bonjour Mademoiselle" au lieu de "bonjour Madame", à une fille de 19 ans. Il a été inculpé pour incitation à la haine sexuelle envers une communauté opprimée, jugé et émasculé à la tronçonneuse en place publique.

Et Antoine, éventré au talon aiguille puis étouffé avec un canard vibrant (c'était très sale) pour avoir proposé une levrette à sa copine.

En sortant du fourgon de police, derrière lequel quelques opposants politiques sanguinolents et agonisants sont attachés par les couilles avec des collants en licra (lycra, pardon), j'aperçois un père de famille promené en laisse par sa femme. Il est maigre et tremblotant, sa maitresse lui donne des coups sur la nuque avec un bâton. Avant que la milice me jette dans le couloir menant au cachot, il me regarde intensément, peut-être deux ou trois secondes, puis hurle "CREVEZ, SALOPES!" avant de sauter au cou de sa femme et de lui arracher la jugulaire. Elle s'effondre en beuglant comme une truie, tandis que les miliciennes se ruent vers le mari pour l'abattre d'une soixantaine de balles en criant "liberté! Liberté! Liberté!"

Profitant du désordre, je m'enfuis. Au terme d'une course poursuite avec la milice, je saute dans une benne à cadavres et me cache sous les corps (le meurtre gratuit des hommes par les femmes étant autorisé depuis la loi anti-sexiste de 2045, l'Etat a fait installer des bennes un peu partout dans le pays, afin d'éviter que les corps ne jonchent les rues).

Paris, 14 juin 2056.
Après deux jours passés dans la benne à cadavres, je suis sorti et me suis auto-amputé la bite et les couilles avec un couteau récupéré dans le cul d'un mort.

J'espère que ça leur suffira.

Marsault