Topic : « [Jesuitpill] Les Provinciales - Blaise Pascal - 1657 »

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Ce texte, issu des "Provinciales" de Blaise Pascal, est une série de lettres qui s'attaque violemment aux doctrines morales et à la casuistique * de certains Jésuites et de théologiens associés. L'auteur, se présentant comme un observateur naïf interrogeant un Père jésuite, dénonce une morale relâchée et accommodante concernant des sujets comme la grâce (en opposition au jansénisme), l'aumône, le vol, et surtout l'homicide, justifié par la direction d'intention et la restriction mentale. Ces écrits polémiques visent à exposer les paradoxes et les dangers de ces doctrines, notamment en rapportant des citations choquantes de casuistes * comme Escobar et Bauny, tout en défendant la rectitude théologique de ses propres amis. Finalement, l'auteur accuse les Jésuites d'imposture et de calomnie pour décrédibiliser leurs adversaires, notamment en les traitant d'hérétiques pour des points de fait plutôt que de foi.


* Les Casuistes sont des théologiens dont les études ont pour objet de résoudre les cas de conscience, c'est-à-dire de décider si telle action est bonne ou mauvaise.

Ces fonctions difficiles ont été l'occasion de quelques abus, plusieurs théologiens ayant avancé des opinions fort relâchées en morale, entre autres Antonio Escobar y Mendoza, Luis de Molina, Hermann Busenbaum... Blaise Pascal a de fait combattu ces excès dans ses Provinciales.

Dans un sens plus général, les adversaires des Jésuites les ont souvent traités de casuistes, leur reprochant une trop grande acceptation du péché en l'expliquant par son contexte.
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Comment la casuistique jésuite a-t-elle subverti les principes moraux chrétiens, notamment concernant le péché, le meurtre, et la restitution ?


La casuistique jésuite a subverti les principes moraux chrétiens principalement en introduisant des doctrines qui permettaient d'adapter les exigences de la foi aux désirs et aux faiblesses des hommes, afin de s'assurer le contrôle des consciences,.

Cette subversion reposait sur plusieurs piliers doctrinaux, notamment la **doctrine des opinions probables** et la **méthode de la direction de l'intention**,.

### I. Subversion générale : Le Probabilisme

La doctrine des opinions probables (probabilisme) est considérée comme la "source et la base de tout ce dérèglement".

* **Définition et Autorité:** Une opinion est jugée probable lorsqu'elle repose sur des "raisons de quelque considération," ce qui signifie qu'un seul docteur "fort grave" peut rendre une opinion probable,.
* **Choix Moral:** Il est permis de suivre l'opinion probable, même si l'opinion contraire est "plus sûre".
* **Flexibilité des Confesseurs:** Un docteur consulté peut donner un conseil non seulement probable selon sa propre opinion, mais aussi un conseil contraire à son opinion s'il est jugé probable par d'autres, particulièrement si cet avis est "plus favorable et plus agréable à celui qui le consulte". Il peut même donner un avis qu'il "s'assurerait être absolument faux".
* **Mise à l'écart de la Tradition:** Les casuistes modernes sont préférés aux anciens Pères de l'Église pour les questions de morale, car les Pères "sont trop éloignés pour celle du nôtre". Par exemple, Diana choisit l'avis des nouveaux casuistes qui dispensent de la restitution plutôt que l'avis contraire des anciens.

### II. Concernant le Péché (Sin):

La casuistique jésuite a minimisé la notion de péché imputable en modifiant les critères de l'action volontaire et en assouplissant la gravité de nombreux vices.

* **Grâce Actuelle et Imputabilité:** Une action n'est imputable à péché que si Dieu a donné, avant l'acte, la connaissance du mal et une "inspiration qui nous excite à l'éviter". Si cette "grâce actuelle" manque, le péché ne peut être imputé.
* Cela signifie que les péchés commis par surprise ou dans l'oubli de Dieu ne sont pas imputables. Cette doctrine est moquée, car elle justifie les "francs pécheurs, pécheurs endurcis" qui, par leur oubli constant de Dieu, se trouveraient dans "l'innocence du baptême",.
* **Action Volontaire:** Pour qu'une action soit volontaire, il faut qu'elle procède d'un homme qui "voie, qui sache, qui pénètre ce qu'il y a de bien et de mal en elle" (selon le Père Bauny citant faussement Aristote). Cette interprétation est critiquée car elle rend la plupart des actions de la vie (comme les jurons, les excès) involontaires et, par conséquent, "ni bonnes ni mauvaises".
* **Vices Véniels:** De nombreux péchés sont relégués au rang de péché véniel :
* **Ambition :** L'appétit désordonné des grandeurs n'est qu'un péché véniel, sauf si l'on désire ces grandeurs pour "offenser Dieu ou l'État plus commodément".
* **Avarice :** Les riches ne pèchent pas mortellement en ne donnant pas l'aumône de leur superflu dans les grandes nécessités des pauvres (Escobar). De plus, ce que l'on garde pour relever sa "condition et celle de ses parents n'est pas appelé superflu" (Vasquez), ce qui permet aux plus riches de n'avoir "presque jamais" de superflu,.

### III. Concernant le Meurtre (Murder):

La casuistique a permis l'homicide et le duel en cas de menace sur l'honneur ou les biens, en utilisant la méthode de la **direction de l'intention**.

* **La Direction de l'Intention:** Cette méthode consiste à détourner l'intention du désir de vengeance (qui est criminel) pour la porter sur un objet permis, comme le "désir de défendre son honneur",. Cela permet aux individus de satisfaire le monde (par l'action violente) tout en satisfaisant l'Évangile (par la pureté de l'intention).
* **Homicide pour l'Honneur:**
* Il est permis de poursuivre immédiatement celui qui a blessé l'honneur, même "à coups d'épée," non pour se venger, mais pour conserver son honneur (Reginaldus, Lessius),.
* On peut même tuer celui qui a donné un soufflet, même s'il s'enfuit, pourvu que ce ne soit pas par haine. La raison est qu'un homme qui a reçu un soufflet est réputé "sans honneur, jusqu'à ce qu'il ait tué son ennemi".
* Il est permis de tuer pour éviter un soufflet ou un coup de bâton si c'est le seul moyen de l'éviter, car l'honneur est "plus cher que la vie",.
* **Duel:** Le duel est permis si un soldat ou un gentilhomme risque de perdre son honneur ou sa fortune, et qu'il l'accepte "pour se défendre". Sanchez va plus loin et permet d'offrir le duel pour sauver son bien ou son honneur.
* **Tuer Secrètement (Guet-Apens):** On peut tuer son ennemi "en cachette," plutôt que par duel, pour éviter d'exposer sa propre vie.
* Tuer par embuscade (*per insidias, aut a tergo percutiat*) n'est pas considéré comme tuer "en trahison" si la victime est un ennemi, car la trahison ne s'applique qu'à celui qui "ne s'en défie en aucune manière" (Escobar).
* **Protection des Biens et des Personnes d'Église:** Il est permis de tuer les faux témoins et même le juge corrompu qui conspire contre vous.
* Les ecclésiastiques et les religieux peuvent tuer pour défendre leur vie, leurs biens ou ceux de leur communauté. Le Père Lamy a soutenu qu'un ecclésiastique peut tuer un calomniateur qui menace de publier des scandales sur lui ou sa communauté s'il n'y a pas d'autre moyen, car il lui est permis de défendre son honneur comme aux gens du monde.
* Molina fixe la valeur matérielle pour laquelle il est permis de tuer un voleur (même s'il s'enfuit) à six ou sept ducats, ou même un écu,.

### IV. Concernant la Restitution (Restitution):

La casuistique a grandement réduit l'obligation de restitution, même pour les biens acquis par des moyens criminels.

* **Gains Criminels:** Les biens acquis par des voies criminelles, comme le meurtre, l'adultère, ou une sentence injuste, sont "légitimement possédés, et on n'est point obligé à les restituer".
* Si un juge reçoit de l'argent d'une partie pour rendre un arrêt injuste, il n'est pas obligé de le rendre, car il ne devait pas la justice (l'injustice) et peut donc en recevoir le paiement,.
* Molina résume cela en déclarant que si l'on reçoit de l'argent pour faire une mauvaise action, on n'est pas obligé de le rendre si l'action a été commise.
* Même un sorcier "habile" qui gagne de l'argent par l'art diabolique n'est pas obligé de le restituer, car sa diligence peut être "estimée pour de l'argent" (Sanchez),.
* **Absolution de Responsabilité:** Le Père Bauny soutient que celui qui prie un soldat de battre un voisin ou de brûler sa grange n'est pas tenu de restituer les dommages, car le soldat restait "libre de l'octroyer ou de le nier". Le commanditaire du crime n'a violé aucune loi de justice.
* **Banqueroute:** Un individu qui fait banqueroute peut retenir une partie de ses biens, même s'ils sont acquis par "injustices et crimes connus de tout le monde," pour permettre à sa famille de subsister "avec honneur",.

En conclusion, ces maximes, notamment en matière de meurtre et de gain, sont considérées comme l'aboutissement d'un "mystère d'iniquité", permettant de concilier la vie de péché avec l'assurance du salut, au mépris des lois divines et des principes naturels de l'Église,,.
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