Topic : « La Fontaine based »

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La Fille


Certaine fille un peu trop fière
Prétendait trouver un mari
Jeune, bien fait et beau, d’agréable manière.
Point froid et point jaloux ; notez ces deux points-ci.
Cette fille voulait aussi
Qu’il eût du bien, de la naissance,
De l’esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir ?
Le destin se montra soigneux de la pourvoir :
Il vint des partis d’importance.
La belle les trouva trop chétifs de moitié.
Quoi moi ? quoi ces gens-là ? l’on radote, je pense.
A moi les proposer ! hélas ils font pitié.
Voyez un peu la belle espèce !
L’un n’avait en l’esprit nulle délicatesse ;
L’autre avait le nez fait de cette façon-là ;
C’était ceci, c’était cela,
C’était tout ; car les précieuses
Font dessus tous les dédaigneuses.
Après les bons partis, les médiocres gens
Vinrent se mettre sur les rangs.
Elle de se moquer. Ah vraiment je suis bonne
De leur ouvrir la porte : Ils pensent que je suis
Fort en peine de ma personne.
Grâce à Dieu, je passe les nuits
Sans chagrin, quoique en solitude.
La belle se sut gré de tous ces sentiments.
L’âge la fit déchoir : adieu tous les amants.
Un an se passe et deux avec inquiétude.
Le chagrin vient ensuite : elle sent chaque jour
Déloger quelques Ris, quelques jeux, puis l’amour ;
Puis ses traits choquer et déplaire ;
Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire
Qu’elle échappât au temps cet insigne larron :
Les ruines d’une maison
Se peuvent réparer ; que n’est cet avantage
Pour les ruines du visage !
Sa préciosité changea lors de langage.
Son miroir lui disait : Prenez vite un mari.
Je ne sais quel désir le lui disait aussi ;
Le désir peut loger chez une précieuse.
Celle-ci fit un choix qu’on n’aurait jamais cru,
Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse
De rencontrer un malotru.

La Fontaine le Chad qui clash déjà l'hypergamie... comme quoi notre siècle n'a rien inventé...
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Citation de RoyAlectrona
Chad ou puceau frustré de la cour royale ? :monoeil:

Un épicurien jouisseur des plaisirs de la vie
Sa contemporaine Mademoiselle de Scudéry, auteure du roman fleuve Clélie publié en 1656, nous dresse ce portrait flatteur : « un homme de bonne mine et d’un air noble et enjoué, […] qui a une imagination si galante, un esprit si délicat, et des expressions si naturelles ; qui aime tous les plaisirs en général et qui en particulier ne hait pas trop les festins »… ni les femmes ! Le poète galant se révèle constamment séduit par les « grâces du sexe enchanteur » et le triomphe de la beauté : « Sous les cotillons des grisettes / peut loger autant de beauté / que sous les jupes des coquettes ».

« Je dois trop au beau sexe »
Bien sûr, il y eut Nicolas Fouquet auquel le poète versa une « pension poétique » de 1659 à 1661. Mais La Fontaine eut tout au long de sa vie des « protectrices » à qui il « se donna » (selon l’expression de son temps) et grâce auxquelles il a écrit la magnifique œuvre qu’il nous a léguée. À Château-Thierry où elle s’ennuie ferme, la jeune duchesse de Bouillon – Marie-Anne Mancini, nièce de Mazarin – devient dès 1662 la première lectrice-auditrice des Contes qu’elle juge extrêmement divertissants. À la ville, la « vieille Madame » – Marguerite de Lorraine, veuve de Gaston d’Orléans frère de Louis XIII –, installée dans le Palais du Luxembourg, accorde un brevet de « gentilhomme de la duchesse douairière d’Orléans » au poète qui en profite pour fréquenter assidûment les cabarets parisiens en compagnie de ses amis Molière, Racine et Boileau. À la Cour, il est protégé par Madame de Montespan et la sœur de celle-ci, Madame de Thianges, qui l’engage pour écrire un opéra.

La correspondance de Madame de Sévigné à sa fille témoigne combien ce lectorat féminin lettré et mondain – dont la marquise et son amie Madame de La Fayette, fidèles lectrices, font partie – aimait La Fontaine.

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