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Nietzsche posa le même problème en l'inversant. Il vécut cruellement le destin du Fils souffrant, et il le vécut suffisamment pour maudire le Père et réclamer le triomphe de Dionysos sur le Crucifié. Pourtant, il ne pouvait être Dionysos. Dionysos était pour lui le Dieu re-unifié, mais il ne pouvait y atteindre, lui non plus que par le mariage androgynique avec cette Ariane qu'il appela toute sa vie sans l'obtenir et sans se l'avouer à lui-même. Car Ariane, sous le nom de Cosima ou de Lou-Andréas Salomé, ne fut jamais que le symbole de la connaissance, et Nietzsche était, comme Kierkegaard et Kafka, un agnostique. Or, la gnose est la seule intensification possible de l'angoisse et sa seule résolution, le seul moyen de constituer le Fils en nous. Nous serons sans cesse renvoyés à la fonction gnosique de Fils et à la montée en lui de l'intelligence, qui correspond à sa féminisation transcendentale, au mariage à la fois perpétuel et final de l'Epoux et de la Sophia, l'ascension de l'un étant l'assomption de l'autre.

La structure absolue - Raymond Abellio