Le Conservateur. La révolution opérée par ce journal fut inouïe : en France, il changea la majorité des chambres ; à l’étranger, il transforma l’esprit des cabinets. Son influence fut telle que son nom a survécu à son existence : les Tories ont pris le nom de Conservateurs, nom qui n’est pas dans la langue anglaise ; l’anglais dit Preserver.
Je savais que la démocratie triompherait à la longue ; mais pensant que la légitimité était encore nécessaire à la France et que l’aristocratie était plus analogue à la légitimité, je voulais d’abord faire exercer la liberté par l’aristocratie. J’avais raison pour sauver à la fois le trône, la chambre des pairs et la propriété. Les passions et l’inintelligence firent avorter ce projet.
Ainsi les royalistes me durent l’avantage de sortir du néant dans lequel ils étaient tombés auprès des peuples et des rois. Je mis la plume à la main des plus grandes familles de France. J’affublais en journalistes les Montmorency et les Lévis ; je convoquai l’arrière-ban. Je fis marcher la féodalité au secours de la liberté de la presse. Cela tenait du prodige et ne se reverra jamais… Mais il arriva qu’après avoir mené mes chevaliers à la croisade constitutionnelle, aussitôt qu’ils furent devenus princes d’Edesse, d’Antioche, de Damas, ils s’enfermèrent dans leurs nouveaux Etats avec Léonore d’Aquitaine, et me laissèrent me morfondre au pied de Jérusalem dont les infidèles avaient repris le saint tombeau. [Mémoires d'outre-tombe, Troisième partie – Livre 1– Chapitre 9].
Je savais que la démocratie triompherait à la longue ; mais pensant que la légitimité était encore nécessaire à la France et que l’aristocratie était plus analogue à la légitimité, je voulais d’abord faire exercer la liberté par l’aristocratie. J’avais raison pour sauver à la fois le trône, la chambre des pairs et la propriété. Les passions et l’inintelligence firent avorter ce projet.
Ainsi les royalistes me durent l’avantage de sortir du néant dans lequel ils étaient tombés auprès des peuples et des rois. Je mis la plume à la main des plus grandes familles de France. J’affublais en journalistes les Montmorency et les Lévis ; je convoquai l’arrière-ban. Je fis marcher la féodalité au secours de la liberté de la presse. Cela tenait du prodige et ne se reverra jamais… Mais il arriva qu’après avoir mené mes chevaliers à la croisade constitutionnelle, aussitôt qu’ils furent devenus princes d’Edesse, d’Antioche, de Damas, ils s’enfermèrent dans leurs nouveaux Etats avec Léonore d’Aquitaine, et me laissèrent me morfondre au pied de Jérusalem dont les infidèles avaient repris le saint tombeau. [Mémoires d'outre-tombe, Troisième partie – Livre 1– Chapitre 9].